gruyeresuisse

02/02/2017

Anne Wiazemsky de Godard à goDeau


Wiazemsky.jpgPour « la pauvre petite fille riche » que chantait Claude François les périodes se suivent mais ne se ressemblent pas. Celle qui a longtemps cherché dans ses amours un père eu égard aux repères que son géniteur ne put lui offrir et après avoir pensé les trouver auprès de Godard (« Jeune fille », Gallimard) change de cap. Le père revient un religieux qui, car nul n’est parfait, fut son professeur de français en institution privée. Elle le retrouve par incidence après son épisode helvétique. Entre eux se lie une relation intellectuelle propre à recadrer la sauvageonne.

Wiazemsky 2.pngDans une époque plus ancienne, quittant le désordre, elle aurait pu rentrer dans les ordres. Néanmoins elle n’ira pas si loin même si l’autofiction, en cultivant un parfum d’encens plus religieux que psychédélique, penche vers l’édification. Il ravira amateurs et mateuses de livres à la sagesse mâtinée aux ressorts d’une époque historiquement marquée. L’auteure y fait ses classes du côté du féminisme et vers une construction mentale jusque là bringuebalante.

Wiazemsky 3.pngReprenant la problématique beckettienne du "je qui ça » Anne Wiazemsky met un nom dessus dans un langage aux nomenclatures codées. La mémoire suit son cours sans éviter le piège de la banalité. Le roman se tricote dans sa veine bourgeoise classique. Exit les escapades intempestives, éros se fait plus calme. Loin de l'insouciance joyeuse il s'agit pour Anne Wiazemsky de rassembler le moi en vrac et d’estimer son parcours par voie Deau (puisqu’il s’agit du nom du « Saint homme »).

Anne Wiazemsky, "Un saint homme", Gallimard, 2017

31/01/2017

Nan Goldin : femmes au bord de la crise de nerfs


Goldin 3.jpgEn 700 diapositives de 1985 retravaillées 20 ans plus tard, Nan Goldin propose son installation la plus célèbre à New York. L’œuvre est une sorte de journal intimiste et libre où les femmes sont montrées sans fard dans leur quotidien parfois très rude (euphémisme). Goldin 4.jpg

L’ensemble est aussi critique, caustique que sourdement nostalgique. S’y retrouve le coup d’œil spontané et incisif de la photographe.

Goldin.jpg

 

L’artiste découpe sa vie  en thématiques accompagnées de diverses musiques. Détachées du discours féministe pur et dur les œuvres se rapprochent parfois d’une forme particulière de fantastique quotidien voire d’un certain grotesque aussi involontaire que programmé. Goldin 2.jpgLes failles du monde occidental sont mises en évidences. La femme n’est plus montrée comme sujet à fantasmes. Elle est « l’objet » mal mené des hommes et de leurs désirs prédateurs.
Jean-Paul Gavard-Perret

Nan Goldin, "The Ballad of Sexual Dependency", MOMA, New York, du 11 juin 2016 au 12 février 2017.

16:47 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

30/01/2017

Ayline Olukman et le refus de l’hypocrisie

 

Olukman 4.jpgA l’inverse de tant de peintres qui cachent le fait que leurs œuvres ne sont qu’un barbouillage de photographies, Ayline Olukman revendique cette origine. Elle reste donc autant photographe que peintre. Elle joue sans cesse des résurgences de l’image première à peine rehaussées de quelques traits ou volumes d’où se dégage simplement l'exprimable pur.

Olukman 3.jpgIl s’agit de mettre en exergue le seuil de la visibilité photographique par quelques éléments capables de créer une évaporation. Elle va jusqu'à la transparence et où rien ne peut être réel que l’image originale dans ses « magasins de curiosité ».

 

 

 

 

 

 

 

Olukman.jpgLes œuvres d’Ayline Olukman sont donc bien autre chose que la possession carnassière des apparences. L’artiste se barricade contre l'invasion d’une illusion jugée illégitime. L’art devient la preuve que la photographie comporte des rondeurs qui s'enveloppent les unes dans les autres : la peinture, en rebond, les érigent de la manière la plus ténue possible mais non sans une discrète sensualité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l’artiste  et exposition  actuelle à la galerie Bertrand Gillig, Strasbourg.