gruyeresuisse

11/02/2017

Fragments d’hypnose et forêt des songes : Anaëlle Clot

Clot.pngAnaëlle Clot, « Bruissement », Galerie du Théâtre du Crochetan, Monthey, du 10 mars au 28 mai 2017.

Dans les dessins d’Anaëlle Clot jaillit ce n’est pas un ordre du simple point de vue mais d’une mise en rêve du paysage et du rébus qui l'habite. L'œil semble se chercher en lui comme on disait autrefois que l'âme se cherche dans les miroirs. Par concentration et précision du dessin l’artiste crée une ouverture du champ au sein de forêts des songes peuplés d’insectes et d’animaux mirifiques. Tout se noue avec délicatesse pour produire une fantaisie et une hypnose. Le monde virevolte et se fixe entre ici et ailleurs en une extra - territorialité si bien qu’Anaelle Clot subvertit les notions habituelles de dehors et de dedans.

Clot 2.jpgCe n’est plus seulement la mélancolie transcendantale qui s'exprime dans une telle vision de la nature. Par le repérable l’artiste donne accès à une autre royaume et une transformation des éléments naturels. Les éléments à forte connotation organique et comme emboîtés les uns dans les autres créent une visualisation de la croissance et de ses perturbations « atmosphériques ». Une forme de révélation post-romantique plus ou moins féerique témoigne - par un travail de patience jusqu'à la perfection - d’une retraite où le « factice » de l'illusion devient le gage d’un parcours poétique. La célébration est majeure.


Jean-Paul Gavard-Perret

Incidences vs. saturation : Catherine Bolle


Bolle.jpgCatherine Bolle, « opaque-oblique », Graf & Schelble Galerie, Bâle, du 10 février au 8 avril 2017.

Par ses objets, peintures, dessins Catherine Bolle propose à Bâle une partie de son savoir et de sa maîtrise. La lausannoise  reste une des artistes phares de la scène suisse contemporaine en créant des propositions formelles sophistiquées. Tout semble facile chez celle qui multiplie les approches. S’en dégage toujours quelque chose de neuf autant sur le plan des matières que de l’écriture plastique. L’ingéniosité pénétrante est capable de suggérer le trouble des apparences non sans une sensualité paradoxale et toujours indirecte. Le flot obscur d’un sombre désir se métamorphose en formes et couleurs dont les structures créent de perpétuelles interrogations.

Bolle 2.jpgLes visions jouent sur l’ambiguïté et sous le sceau de « l’abstraction ». Cette dernière vient hanter le monde du réel. L’espace est toujours « borderland ». Il échappe à toute fixation précise et accorde une sorte d’éternité à cet éphémère soudain figé. Jaillit un appel à l’imaginaire par une suite de scénographique et de mise en matière essentielles. Bref Catherine Bolle explore des limites, des frontières, des indices interstitiels ou encore des « frustrations » . Ce n’est pas là pour autant une fuite devant l’art : il s’agit de transgresser la surface ou le volume comme antichambre de ce qu’il peut ouvrir.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/02/2017

Les espaces « moindres » de Juliette Roduit

roduit 3.jpgJuliette Roduit, « Turn », Stadio, Vevey, du 11 au 26 février.

 

La designer genevoise Juliette Roduit développe son travail autour de la scénographie d’expositions, du design d’espace et du design d’objet.

Roduit bon.jpgElle est sans doute une des créatrices les plus douées de sa génération. Son travail sur les processus de réductions devient une méthode. Sa fonction : agir sur la perception et une conversion du regard. L’artiste repousse hors du plan tous les présupposés, les préjugés et certains types d’illusion qui font écran à ce renouvellement de perception.

Roduit 2.jpgLa réduction est d’abord une opération de nettoyage. Réduire dégage un nouveau plan d’expérimentation et de re-présentation. Tel Platon Juliette Roduit sort les prisonniers de leur caverne, les dote d’une nouvelle paire d’yeux. C’est aussi la manière d’animer autant des lieux que des concepts. Les « matériaux » et les images originales utilisées deviennent mi-physiques, mi mentaux.

Roduit bon 2.jpgMais la réduction se transforme aussi en une succession de mises au point avec toujours un haut degré de perfection. L’artiste recharge les espaces. Composites, « bricolés » (dans le bon sens du terme) ils créent une forme particulière de perspectivisme. Chaque création instaure ainsi un plan qui lui appartient en propre dans différentes modes d’appropriation d’un espace premier : cinéma, librairie, etc.. Existe un passage du modal au transmodal en de nouvelles dimensions toujours insolites.

Jean-Paul Gavard-Perret