gruyeresuisse

03/06/2018

Portraits baroques et bruts – Rebecca Campeau

Campeau 3.pngRebecca Campeau cherche les métamorphoses du portrait par l’éclosion d’une forme de fantasmagorie parfois monstrueuse mais le plus souvent baroque. Proche de l’art brut sa figuration est tamisée en bonne distance entre le rêve et le réel. Tout devient drôle ou inquiétant.

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En primitive du futur la créatrice imagine qu’elle ne doit son salut qu’en sombrant dans une schizophrénique visuelle pour faire face à un monde lui-même mentalement et psychiquement affecté. Au leurre répond le simulacre. L’artiste coud, dessine, assemble, découpe, modèle, peint, surpique, empiète sur le passé.

 

Campeau.pngChaque modèle incarne au mieux le pire, le monstre grâce à l’alchimie de la création. Elle pousse la folie plus loin comme si le corps y est engagé de manière frontale. Tout est captivant, fantastique. L’univers de « Delicatessen » n’est jamais loin mais en bien plus onirique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rebacca Campeau, « Trognes & Creatures », Coll . « Séries d’artistes », Editions L’œil de la femme à barbe, 96 p., 2018.

 

02/06/2018

Carla van de Puttelaar : transparence de la volupté

Puttelaar.jpgCarla Van Puttelaar associe nus et portraits de jeunes femmes à d’autres éléments. Fleurs et femmes, femmes fleurs se transforment en « paysages » étranges et familiers là où tout est « luxe, calme et volupté », affaire de délicatesse, de vulnérabilité et de fragilité dans un monde entre chien et loup.

 

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Le nu prend un aspect pictural et mystique. Il est chimère et densité. Il se caresse du regard. La femme y demeure aussi réelle que fantomatique entre sainteté et abandon programmé là où la photographe insère un leurre dans le leurre : le corps joue des ambiguïtés cause/effet, essence/apparence.

 

 

Puttelaar 2.jpgModèles aux peaux diaphanes ou aux peaux noires créent une présence de l’infra mince. Le but reste d’atteindre ce qui échappe dans l’immobilité programmée des silhouettes vives. Existe un cheminement vibrant mais silencieux. Il permet le saut au-delà des apparences. D’un côté quelque chose de minimaliste et de croqué, de l’autre subtile sophistication qui accorde à chaque personnage ou fleur à la fois une valeur de buée mais aussi un champ de gravité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carla van de Puttelaar, « Adornments »,

31/05/2018

Les albums de Mère Castor ou les si monades de de Beauvoir

Beauvoir.jpgSimone de Beauvoir aura été tout compte fait l’auteure d’un seul livre. Certes, pas n’importe lequel. L’un des rares à faire bouger les lignes, modifier le monde et le secouer encore. Son « Deuxième sexe » reste un ouvrage d’exception. Mais hors de ce livre phare combien de déchets.

Le verbiage des « Mémoires » ne mène qu’à des plaidoyers pro-domo et à des visions narcissiques. Plus l’auteure croit s’en échapper, plus elle tombe dedans dès les « Mémoires d’une jeune fille rangée» et par ses suites jusqu’à l’apologie sartrienne terminale où l’auteur veut préserver sa place éminente.

Beauvoir 2.jpgSi bien que de tels écrits sont intéressants par ce qu’ils cachent. Tous les épisodes ambigus et gênants sont édulcorés dans un art de la litote instinctive. Le tout dans écriture compassée et bourgeoise qui manque cruellement d’ironie et de poésie. La vraie. Pas celle de la d’Ulm ou des vacances chez papi où Beauvoir écrit: « Je sentais sur mes paupières la chaleur du soleil qui brille pour tous et qui ici, en cet instant, ne caressait que moi »…

L’auteure n’a ni la force sourde de Duras, ni la violence poétique de Cathy Acker. Tout chez elle est encalminé dans un chemisier de bon aloi signé par un couturier des bons quartiers parisiens (rive droite comme rive gauche). Nulle question effrayer le lecteur par trop d’acidulé. Si les appétences marxistes sont mises en exergue, les profondeurs lesbiennes demeurent édulcorées. Preuve une fois que de plus qu’il ne faut jamais chercher la vérité d’un auteur dans ses écrits intimes sauf à se transformer comme le fit Stendhal en Henri Brulard.

Jean-Paul Gavard-Perret

Simone de Beauvoir « Mémoires I et II », Édition publiée sous la direction de Jean-Louis Jeannelle et Éliane Lecarme-Tabone Chronologie par Sylvie Le Bon de Beauvoir, La Pléiade, Gallimard, 1616 p. et 1696 p. "Album Simone de Beauvoir" (même collection).