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18/04/2014

Viviane Rombaldi Seppey baladine du monde occidental

 

 

 

Rombaldi-Seppey.gifViviane Rombaldi Seppey, « Ici et Là », Galerie Dubner Moderne, Lausanne, du 9 mai au 2 juillet 2014.

 

Viviane Rombaldi Seppey originaire de Sion est une perpétuelle vagabonde plus qu’une exilée. Elle vit actuellement  à New York après des séjours à Melbourne et Singapour. La galerie Dubner Moderne lui consacre sa première exposition en son pays d’origine. « Dans ce monde digital, où nous sommes ni ici ni là, Viviane Rombaldi Seppey récupère l'annuaire téléphonique de son destin inévitable comme artéfact de l'âge analogique, pour représenter “ici et là” en image » est-il précisé fort justement dans la présentation de la galerie hôte. Collages, peintures, dessins et sculptures de l’artiste explorent en effet de manière originale les notions de temps, espace et appartenance.

 

Rombaldi.jpgEntrant dans un champ de rayonnement largement ouvert par les « abstracteurs » suisses (entre autre de l’école de Zurich) l’œuvre de Viviane Rombaldi-Seppey est imprégnée d'une dynamique de la sensibilité et de l'intelligence. L’artiste extrait de la multitude d'informations du fouillis visuel (où l’artiste va parfois chercher des objets) une suite de formes géométriques et de rhizomes. En émane un calme étrange. Il permet de comprendre que l’abstraction devient le lieu nécessaire à la vie de l'être. Certes la lumière que l’œuvre diffuse détient un secret peu propice à l'admiration "classique" et anthropomorphique. Mais la contemplation induite est plus intense là où la peinture réinscrit le poids du temps là où elle semble flotter vers une réalité sidérale.  Le réel ne reste plus au fond de sa grotte. Il est là mais son énergie se diffuse selon une autre clarté. L’artiste ne traite plus le monde comme un symptôme. Elle provoque des échos insoupçonnés loin de pseudo exhibitions. N’appelant ni au  sacrilège ou au blasphème, elle offre un espace d’interrogation inépuisable mais aussi de respiration rarissime dans l’art de notre époque.

 

 

 

Jean-Paul  Gavard-Perret

 

15/04/2014

Christiane Grimm : le dehors renversé

 

 

 Grimm Bon.pngChristiane Grimm, « Still, the Film - Hors-Champ, Derborence »,  4 avril - 25 mai 2014, Centre de la Photographie, Genève.

 

 

 

L’espace de la photographie devient parfois chez Christine Grimm celui du passage, de l’entre. Et pas seulement entre deux gares. « Je ne parviens à rien faire d’autre que vivre l’entre : entre-deux, entre temps » semble signifier l’artiste. Ses clichés captent le temps qui défile en images. Spacieux et fluide, décomposé comme soufflé par une mouvance presque abstraite il est fait de champs de pans et de lignes. Christine Grimm sonorise l’air et les éléments que la vitesse ou à l’inverse le statisme  déconstruit pour les recomposer. Des vies inconnues, des paysages entrevus s’envolent. Le regard de la créatrice choisit le détail qui propose une prise épiphanique dans la plus grande simplicité. De telles présences créent une énergie légère, aérienne et cèdent où la ressemblance est remplacée par la séduction nécessaires de murs, de dérives de ciel aux pylônes de septembre.

 

 

 Grimm good.jpgLa photographie épate même lorsqu’elle se floute afin de résilier l’anecdote. Elle désire avant tout ouvrir une fenêtre qui, à travers le monde que l’artiste fait entrer, lui donne vue, lui donne vie. Comme elle nous avons besoin d’un ciel, d’un bruissement. Car la conscience n’aime pas l’invisible, elle n’aime pas non plus se dissoudre, se confondre dans le pur néant. Il lui faut une présence. C’est pourquoi sans cesse chez Christiane Grimm une ère visuelle doit reprendre. A coups d’impressions, d’esquisses, de structures  l’œuvre sous son apparent désir d’  « abstraire » va vers un espace qui ne peut se manifester que par le passage. Il y a là des trajets et des contre trajets. Tout est là non seulement dans l’étendue mais dans le mystère intime de l’émotion. Un « là » immense et intime. Ferme et fluctuant. Furtif et évident.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

09/04/2014

Le « cinéma » muet de Marion Tampon-Lajarriette

 

Tampon.jpgChaque photographie de Marion Tampon-Lajarriette propose voyage par forcément exotique. Loin de cette propension lorsqu’elle pourrait être possible l’artiste cherche à détruire le silence par une découverte des lieux les plus simples comme des panoramas les plus grandioses. Elle les montre en réinventant la perspective inventée par la Renaissance ou à l’inverse réduisant le champ par divers fragments. Face à l’éblouissement demeure un travail de résistance qui ponctue la simple exaltation. De  Genève la photographe réapprend au regardeur  à ouvrir les yeux. La sensation est océanique même au milieu des terres. La perception devient le rêve au moment où l'ici-même s'éteint au profit de l'ailleurs. Mais l’inverse est tout autant présent. Photographier devient une pensée sans discours.  

 

 

Tampon 2.jpgMarion Tampon-Lajarriette se fait sorcière par intelligence et affect face à l’impact des mondes. Son théâtre est un philtre d’atmosphères, d’effluves comme des fragments histoires qui font penser à des aventures cinématographiques : ses déserts rappellent  la  Vallée de la Mort  du « Zabriskie Point » d’Antonioni et ses scènes d’intérieur celles de Duras. Tout se passe moderato cantabile.  L’espace se consume sans se consommer. Il n’est pas nu, il est dépouillé afin d’ébranler les certitudes du fantasme et  de la réalité.  L’artiste retient ce qui se passe entre les deux. Chaque image devient le fragment d’un récit au conditionnel passé  plus qu’au futur antérieur. Reste le ludique et le cru -sans  voile mais sans exhibition. Marion Tampon-Lajarriette joue la rêveuse éveillée,  l’espionne dormante (la plus dangereuse) capable de provoquer des errances programmées, des dérives assumées. On pourrait dire qu’elle fait son cinéma. Mais un cinéma particulier : fixe et muet il bouge les lignes et parler le plus parfait silence.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret