gruyeresuisse

13/06/2014

Les fleurs insurgées de Barbara Ellmerer

 

Barbara Ellmerer, Journal fur Kunst, Sex une Mathematik

 

 

Ellmerer.jpg



















Saisie par la vie  Barbara Ellmerer

 

Retrouve la genèse originelle.

 

En une constellation d’éléments en gestation

 

Le temps est  possédé par son propre désir.

 

Les femmes fleurs jaillissent des steppes

 

Pupilles hautes sous la fente d’un sexe qui sourit

 

Les hommes phallus renvoient en abîme

 

Le rire de leurs lèvres.

 

On les dirait toutes et tous

 

Sortis des charriots de l’Histoire

 

Des pistes tracées à coup de lune

 

Dans des poches sombres

 

Où les étoiles sont réduites en poudre.

 

Sous un fuseau de soie

 

Les jambes des filles d’aujourd’hui

 

Sautillent sur l’eau en une course d’oiseaux.

 

Surgissent l’amour et ses échos

 

Chaque présence vient s’ancrer comme un symbole dans le végétal

 

Mais aussi comme la résonance d’un ailleurs

 

Elle s’insurge contre l’oubli,

 

Défie le temps et renaît.

 

Ciel et puits respirent

 

Tout est simple et double,

 

S’ouvre et monte - rien ne s’écarte

 

Le souffle tient dans un cercle

 

Et fabrique un pain au levain.

  

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11/06/2014

Les bouquets piégés de Florence Aellen

 

 

 

Aellen 2.jpgFlorence Aellen, Galerie Forma, Lausanne

 

 

 

L’œuvre de Florence Aellen pourrait sembler un art apollinien de la discrétion si ne surgissait pas ce qui demeure sinon caché du moins enveloppé dans le gracile de symétries. L’évidence aérienne et florale ne cesse d’être contrariée de présences intempestives et macabres. Si l’œuvre se couture de motifs poétiques sa créatrice les habille d’autres réalités qui viennent les troubler et les éloigner de l’effet premier et attendu. La créatrice déjoue les simulacres. Sous leur dépouillement  classique d’une peinture de genre « à l’anglaise » elle bouleverse la beauté du motif tout en lui conservent sa séduction. Elle oblige la rigidité du motif à se plier vers de nouvelles perspectives. Le regardeur pense s’émerveiller là où le réel et le rêve pourraient s’accorder dans un face à face ou plutôt un accord. Mais l’artiste provoque une mise à jour sous un angle sensoriel inédit : thanatos se rappelle à l’existence en se faisant presque ellipse et vanité. Il s’ancre en morceau de squelette comme symbole et résonnance d’un ailleurs qui s’insurge contre les sources perdues de la mémoire et du rêve.


Aellen portrait.jpgExiste soudain une terrible évidence du dessin. Derrière la constellation d’éléments en attente mais sereins l’instant semblait possédé par son propre désir. Mais les éléments osseux le renvoient à l’abîme. Les diamants sertis des fleurs et insectes en ordre parfait face aux laideurs du monde ne sont plus éternels : ils deviennent le fard des illusions prêtes à trahir au moindre courant d’air. Sans y toucher la poésie florale de Florence Aellen est donc le plus subtil et pertinent exercice de lucidité devant l’hémorragie existentielle. Ronsard lui-même peut aller se rhabiller.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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10/06/2014

Isabelle Schiper : états (incertains) du monde

 

Schiper.jpgIsabelle Schiper, « restons groupés », du 13 juin au 16 septembre, galerie Kissthedesign, Lausanne.

 

La galerie Kissthedesign expose l’œuvre d’Isabelle Schiper pour la troisième fois. « Restons groupés » regroupe ses derniers dessins inédits ainsi qu’une sélection de ceux publiés dans « The Drawer vol. 6 » aux Presses du réel (2014). Les œuvres puisent dans le quotidien mais le supasse de manière critique par la richesse d’un imaginaire qui s’éloigne du calque pour en retenir ce qu’il a de diffus, précaire, fuyant, insaisissable. S’y retrouvent les thématiques chères à l’artiste qui  vit et travaille à Lausanne et à Vevey où elle enseigne les arts visuels à l’école supérieure des arts appliqués. Le regardeur découvre ce qui ailleurs demeure secret. Montagnes en lévitation, fumées, pièces industrielles, flots, implosions, chevelures créent des narrations intempestives morcelées faussement inachevées et conjuguées entre  rigueur et un certain délire. Il sort de la réalité ambiante pour mieux y revenir par des traits plus nus de n’être pas des sentences mais des avancées dont le résultat reste en suspens.

 

Isabelle-Schiper.jpgLe dessin s’empare des indices du monde tel qu’il est pour le prendre en traître plutôt que le flatter. Il sort de ses remparts et devient un théâtre d’élection comme de déjection en une mythologie faite de lumière claire ou souillée. Les traits et leurs écumes créent des ouvertures si bien que le réel semble essoré, dépecé et errant. Ses carapaces qui nous écrasent se retrouvent en suspension selon diverses incidences. Exempt de tout procédé le dessin avance avec une prudence ironique, un ménagement envers la réalité qu’Isabelle Schiper secoue en faiseuses de miracles (austères juste ce qu’il faut) ? Demeure un mélange de caresse et de violence qui ne va pas sans connivence et parfois tendre complicité là où surgissent quelques arpents de couleurs. Tout balance entre figuration et abstraction, ordre et chaos, paradis et enfer. Présence humaine et force de la nature se retrouvent en conflagration par floculations. « L’inachevé » appelle une totalité soit redoutable, soit à reconquérir avec des limites à garder entre l’ardeur des canicules et le vent froid des hivers rigoureux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

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