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24/05/2014

Roswhita Hecke : l’étrange "objet" du désir

 

 

 

 lady shiva 3.jpgRoswhita Hecke, « Irène », nouvelle édition , Editions Patrick Frey, Zurich, 2014.

 

 

 

 

 

Les Editions Patrick Frey proposent une nouvelle version du livre culte de Roswitha Hecke la « vie amoureuse » (1978) sur  l'artiste-muse et prostituée suisse Irène « Lady Shiva ». Cette nouvelle édition révisée présente notamment des photographies inédites de celle qui rencontra son modèle grâce à Werner Schroeter. Irène était alors la star occulte et sulfureuse de la bohème zurichoise où elle travailla comme prostituée de luxe jusqu'à sa tragique mort accidentelle.

 

 

 

lady shiva 2.pngRoswitha Hecke l’avait suivie un mois à Zurich mais aussi à Rome où Lady Shiva célébrait toujours son anniversaire. Le portrait est sublime : L’icône y est montrée dans un mixte d’érotisme et d’élégance mais aussi de naturel et de simplicité. La photographe la définit ainsi : « Irène voulait être jolie, être une femme, être libre. Elle était directe et capricieuse comme une enfant. Elle aimait le flirt plus que le mariage. La tension plus que l'harmonie. L'envie plus que la satisfaction. Et la distance plus que le contact. Elle a vécu sa vie de cette manière, advienne que pourra. ».

 

 

 

Saisissant gestes quotidiens et poses de la femme, la photographe prouve que la sensualité ne provient pas de la seule nudité.  Les photos font naviguer entre un état de vision et un état d’évanescence. Elles témoignent d’une vie spéculaire et fantomatique. Preuve que la réalité pour Irène ne pouvait être qu'une hypothèse vague là où le noir et le blanc de « sa » photographe créent une intensité. L'image conduit lentement au secret par le travail de ses  surfaces qu’elle apprivoise afin de les transformer en intimités.  Tout est de l’ordre de la caresse et du frôlement. L’immobilité appelle le vent avec l’illusion que dans tout ce qui se défera rien ne s’abîmera de l’immortalité d’une âme pour beaucoup damnée.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

23/05/2014

Les paradis terrestres de Myriam Boccara

 

 

 

 Boccara oui.pngMyriam Boccara, « La tendresse des collines », Galerie LigneTreize, Carouge, 17 mai – 26 juin 2014.

 

 

 

A six ans Myriam Boccara rêvait de se marier au « nom » de la robe de dentelle qu’elle confectionnait pour une marionnette. Depuis ce temps fidèle à cette composition de figure l’artiste décompose le géométrisme fixe pour lui donner plus de légèreté. La surface plate du support devient  épaisseur diaphane et temps soulevé. Chaque œuvre ressemble à  un aquarium d’air, à un étirement dans l’espace là où se crée la débandade des horizons afin de montrer des confins. S’y s’amorce la fragilité d’une danse. Tout bascule, s’échappe, s’envole. Néanmoins chaque œuvre tient parfaitement en équilibre dans  les suspens et les glissements de niveaux.

 

 

 

Boccara 3.jpgMyriam Boccara parvient à ne rien figer par la forme « fixe » de la peinture et quel qu’en soit la technique. Le monde devient pénétrable, fertile, hospitalier. Mais surtout poétique. Le figuratif dans sa (relative) stylisation géométrique reste charnel en diable. Une volupté se déploie mais avec sobriété. Les couleurs avivent l’esprit dans une atmosphère qui ignore le déchet et la ruine. Le précipité du monde ne se fait plus par sédimentations poisseuses mais en divers types d’assomptions. Plutôt que de trancher, le dessin qui charpente les œuvres retire toute rugosité revêche. L’émotion délicate est là pour accorder nouvelle douceur du monde sans la moindre mièvrerie. La peinture permet donc de franchir le seuil où se brise l’obscur. L’Eden est à portée de mains en un moins du monde qui fait son intégralité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/05/2014

Sabrina Biro : indices et stratagèmes

 

 

 

Biro oui.jpgLors de l’exposition « La belle contrainte » Sabrina Biro  proposaitune intervention éphémère où elle ouvrait à l’épreuve de la rue des images « anodines » et pourtant très intimes dans le choix retenu :  oiseau mort sur un mouchoir, platine d’enregistrement,  jeune fille au flash en soutien-gorge et blazer mais aussi une vache "gothique". Cette dernière fixe l’objectif imprimant chez le regardeur une sensation étrange de toucher à une image mentale. Depuis la créatrice met en scène des natures mortes fondées sur des motifs de « tatouages ». Cœurs, roses, dagues, crânes etc. sont assemblés selon les représentations qu’on trouve dans les armoiries comme dans les catalogues de studios de tatouage. Ces images amalgament les symboles et signes de l’histoire de l’art revue et corrigée par la culture urbaine underground.

 

 

 

Biro.jpgL’artiste en ses vanités garde l'odeur de sainteté en horreur. L'ostentation possède un aspect particulier : il s'agit de faire surgir les images plus profondes influencées par le religieux ou le vernaculaire des vanités ou du gothique. Néanmoins en de telles mises à jours, il existe forcément une sorte de "pornographie" si on entend par là que la Vaudoise donne à voir de la façon la plus crue ce qui échappe à la vue. Elle n’exhibe rien pourtant du cercle de l’intime : devant chaque œuvre le regardeur reste un Narcisse mélancolique interrogeant la généalogie de fantômes inconnus.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret