gruyeresuisse

18/07/2018

Les « je suis » de Géraldine Lay

Lay top.jpgDu réel en haillon, Géraldine relève la donne. Elle retient le e muet ou le h aspiré d’une enseigne lumineuse. Elle saisit les impasses et les quais, les parcs au lever du matin, des être aux ans presque fanés quel que soit leur âge ou leur sexe.

Lay bon.jpgIl y a sans doute parmi eux des porteurs de hallebardes, des sans voix parmi les voies, des belles au bois endormies dans les bus , des supporters, des baptisés, des circoncis, des Méphisto fait d'aises, des fantômes, des hallucinés, des chauves à l'intérieur de la tête, une nyctalope, un insomniaque rêveur.

Lay bon 2.jpgPour autant la photographe crée une succession de rideaux sur tout ce qui serait impudique même si son travail tourne autour de l’intime. En off peut imaginer s’entendre une chanson des Beatles ("Let it Be") ou une des Rolling Stones ("Let it Bleed). Le monde est là sans fragrance mais avec acuité. C’est la poésie de l’existence. La femme n’est plus abstraite. L’homme idem. La première n’est plus traitée en complément indirecte du second ou en danseuse de claquette. Chacune, chacun sont nos sosies et notre doute suprême.

Jean-Paul Gavard-Perret

Géraldine Lay, « North End », Editions Actes Sud, «Impromptus », Editions Poursuite.

 

 

17/07/2018

Le Barbie World de Kate Ballis

Infra realism.jpgL’Australienne Kate Ballis avec “Infra Realism” transforme Palm Spring (Ace Hotel & Swim Club, the Palm Springs Tennis Club, etc.) et les déserts du sud de la Californie à travers les spectres et les filtres de son appareil photographique. Tout est bleu Magenta, rouge sang et rose bonbon afin de transformer le paysage en une fantaisie drôle et mystérieuse. La substance imaginaire des couleurs remplace le réel.

infra realism2.jpgLa photographe - par effet de frontalité - introduit néanmoins le regardeur de l’autre côté du miroir. Et la topologie prend consistance et sens (ou non sens) avant tout par la couleur. Elle fait tourner le réel sur lui-même dans une suavité bubble-gum. La couleur « fait » l’espace en le déplaçant du côté d’un conte étrange. L’espace y est plus ou moins accueillant comme le sac du Moi de Freud où le ventre maternel : les choses y macèrent jusqu’à interroger implicitement la substance du monde et des choses.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/07/2018

Jo Ann Callis ou le cynisme photographique

Callis.jpgJo Ann Callis s’amuse avec les images pour proposer ses fictions et ses complots pour surplomber des abîmes.. Elle revisite entre autres la saisie de la nudité en relevant deux « erreurs » majeures de l’art : considérer l’image comme une peau et en tant que culture idéale de la visibilité. Son décodage - dans la lignée de Bellmer et Molinier - voile et dévoile l’illusion et restituer le jeu des forces élémentaires de l’image au-delà même du vraisemblable parfois à travers des Betty Boop des années 50.

 

Callis bon.jpgIl ne s’agit pas de créer une irréalité monumentale mais d’inventer un étrange espace cynique ici même, ici bas en éliminant le révolu qui encombre le présent. Le corps vit par exemple en se renversant enflée d’un souffle de recomposition là où la décomposition de la représentation nourrit l’essence du spectacle ou plutôt de sa transgression ironique. L'œuvre reste en ce sens un seul immense poème optique où en des parades la réalité se dissout.

Callis 2.jpgDécouvrant progressivement la puissance de l’image à 33 ans, la créatrice désormais septuagénaire trouve à travers elle d’autres manières de répondre à son utopie première, générique et à une angoisse du même type. Elle refuse de s’abandonner au vide toujours présent et au chaos même si pour Sam Francis «c’est une sorte de perfection. Il n’en est pas d’autre ». Pour Callis il faut à l'inverse un ordre. En débordement. Mais ordre tout de même. . De la sorte l’artiste américaine prolonge le destin de l’image, de la femme, du réel en un sens particulier là où des artifices plus ou moins "exotiques", établissent une poétique agissante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jo Ann Callis, « How they run », Over The Influence Gallery, Los Angeles, du 12 août au 5 septembre 2018.