gruyeresuisse

13/08/2020

L'immobilité qui déplace les lignes : Lea Avital

Avital.pngLea Avital est une des grandes artistes de la scène israélienne. Elle crée à travers ses sculptures aussi minimalistes que baroques - ce qui paraît un paradoxe - des présences qui intriguent. Entre torsions, plis comme à travers des ready made le monde est inquiétant là où jouent le mouvement et l'immobilité.

 

Avital 2.pngRiche de tout un background culturel, l'artiste crée des pièces qui génèrent de nouvelles connexions avec la réalité. Le travail et sa structure sont parfois mis en évidence mais parfois les oeuvres parlent par elles-mêmes pour distiller des sensations mystérieuses d'un fort potentiel que l'artiste active.

 

Avital 3.pngChaque pièce dans sa torsion, son élasticité et des mouvement épouse l'espace sans s'y enchainer. Tout reste léger là où la plasticienne crée un monde dont la "tonalité" ne cesse de surprendre par une telle poésie de l'espace.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/08/2020

Monika Herceg en route ou les sarments de résistance

Herceg.pngFace au carcan de la guerre, la mort et l'exil, Monika Herceg fait monter son écriture pour éventrer le vide peuplés d'abcès morbides. Elle invente des angles aigus pour en venir à bout. Face à tout ce qui "l'obstacle", elle redevient sujet sans s'arrimer à ses blessures ou aux superstitions.

Sa tête (bien faite) n'est pas un bilboquet qui perd sa boule même si elle connut dans son enfance les spasmes de la peur au fond de ses entrailles. La présence du deuil est là, mais l'auteure ne pleure pas, elle s'acharne, refuse les agonies du passé.

Herceg 2.pngLa poésie devient un mouvement entre imaginaire et réalité. L'auteure y introduit la poussière de lucioles pour parcourir la houle des veines et briser les lignes de vie qui ne sont que de mort. Le texte devient une conquête face aux mixtures des noirceurs d'une époque qui - sous une autre forme - peut revenir encore.

Jean-Paul Gavard-Perret

Monika Herceg, "Ciel sous tension", traduit du croate par Martina Kramer, L'Ollave, 2019, 82 pages, 15€..

09/08/2020

Nécessaires manipulations des images : Keren Cytter

Cytter.jpgL'artiste américaine née à Tel-Aviv Keren Cytter est vidéaste et performeuse de premier plan. Elle a créé entre autres des narrations à travers plus de 60 films en ces dix dernières années. Sa reconnaissance internationale passe aussi par ses dessins et photographies. Elle est enfin une écrivaine  caustique auteure de trois romans (en particulier "The Seven Most Exciting Hours of Mr. Trier’s Life in Twenty-Four Chapters", de poème, d'un journal intime ( "White Diaries).

Cytter 2.jpgPour Keren Cytter la femme demeure implicitement considérée par une idéologie machiste telle une copule sans sujet, ni attribut (sinon celui de ses formes qu'elles doit offrir à son alter si peu égal et qui la soumet à ses quatre volontés), un corps compulsif en perte de pensée, une tête semblable à un bilboquet et à la merci des cerveaux "malins" (qu'elle fait néanmoins disjoncter). L'artiste s'élève contre une conception du "néant de l'être féminin fait de spasmes, d'entailles ou blessures". Dans ce but elle renverse les codes autant esthétiques que politiques.

Cytter 3.jpgToute une réalité sociale est là dans un travail expérimental. Il met à mal les habituelles visions ou histoires là où existent des clins d'oeil ou rappel des univers d'Alfred Hitchcock, John Cassavetes, Roman Polanski, Tennessee Williams et Samuel Beckett. Rien de linéaire ou de chronologique dans ses montages et montrages expérimentaux. Et ce afin de casser les schémas classiques d'interprétation là où se mêlent des éléments autobiographiques à une imagination des plus fertiles. Les personnages sont imbriqués dans des situations compliquées afin de souligner différents types d'aliénations dont la femme subit les conséquence. Cytter fait s’épancher des possibles à l’illimité vertige de la provocation toujours habilement programmée. Cythère n'est plus ici.

Jean-Paul Gavard-Perret

Keren Cytter, Noga Gallery, Tel-Aviv, été 2020.