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26/02/2017

Barbara Polla : principe d’autonomie générale

 

Polla 3.pngBarbara Polla poursuit sa lutte. Elle apprend aux femmes (et par jeu de bande aux hommes) à ne pas subir l'amour pour les unes et le faire supporter pour les autres mais à le créer. Tout pourrait donc se résumer à un "je veux que tu soi et non pas je te veux". On aura beau jeu de taxer l’auteure de féminisme, d’humanisme, d’idéalisme pour autant il reste toujours comme disait une romancière à « trouver des mots pour le dire ». « Le » : à savoir LA femme.

Polla.jpgLa Genevoise, médecin, galeriste, écrivaine poursuit donc une utopie nécessaire : l’appel de l’autonomie des femmes au quotidien. L’"autonormie" pour toutes. C’est pourquoi ces exemples de « femmes hors normes » sont là afin de prouver la certitude qui l’anime : l’autonomie et l’incarnation sont possibles pour chaque femme. Elle les revendique comme le respect que tout être - masculin ou non - doit accorder à la femme.

Il y eut bien sûr des pionnières dans ce combat. Mais chaque femme peut trouver et revendiquer qui elle est en se devenant. Elle doit apprendre aussi « à sortir de la norme beauté tout en gardant la beauté ». Cela n’est pas facile. Le monde médiatique, social, politique regorge de « corps-image formaté » si bien que le corps devrait répondre à une norme aussi prévisible qu’uniforme. L’auteur demande à « l’individuer » afin de donner à chaque femme la puissance d’affirmer ses propres marqueurs de la beauté.

Pollla 2.pngCe livre est donc capital : le propos en est clair, percutant, vivifiant. L’auteur sort le sexe de l’ornière du couple et du devoir qu’on appelle conjugal. Contre la soumission masculine Barbara Polla accepte que pour une femme AUSSI l’histoire de la sexualité puisse être autant magnifique et peut être paradisiaque que « dégoutante ».

Polla 4.png"Femmes hors normes » devient ainsi le manifeste pour faire du sexe tout sauf « une affaire d’homme et que nous le subissons parce qu’il le faut bien » mais une manière de trouver la liberté des femmes non pas contre les hommes mais avec eux. C’est pourquoi un tel livre s’adresse autant aux mâles qu’aux femmes. Plus même !

Jean-Paul Gavard-Perret


Barbara Polla, "Femmes hors normes", Editions Odile Jacob, Paris, 2017.

 

Photosde deuxfemmes"hors normes" citées par l'auteure : la Genevoise Grisélidis Réal et Brigitte Lahaie

 

 

24/02/2017

Monologue de l’ombre : Antoinette Rychner

Rychner bon 2.jpgAntoinette Rychner nous fait glisser sur un texte accidenté. L’héroïne éponyme y acquiert une psychologie délicieusement absurde qui s’articule dans diverses directions au point de laisser le lecteur tétanisé. Avec une barbarie subtile l’auteure amasse des troubles au sein d’une vie devenue réversible. Mais ce système de rupture est magnétique. Les phrases s’insèrent dans les vides qu’ils fabriquent afin de proposer une image brouillée.

Rychner BON.jpgNéanmoins les aberrations se moulent avec sérendipité. Il s’agit avant tout d’émettre une suite concertée de pertes de repères. Ils délectent le lecteur là où - qui sait ? - son propre chaos se réanime. Les lignes chavirent comme l’héroïne. Elle s’éloigne de son existence sans pour autant entrer dans celle des autres. La tour d’ivoire se double d’une défense d’y voir. Un vide sociable s’instruit et s’épanouit au sein d’une forme d’isolement. Existe le fond d’une course qui ébruite la solitude, capte la mise en abyme d’un cas désespéré. On le sait depuis Musset, celui-là est toujours le plus beau.

Jean-Paul Gavard-Perret

Antoinette Rychner, « Arlette », Editions Les Solitaires Intempestifs, Paris.

 

Tamina Beausoleil la Nyctalope


Tamina2.jpgTamina Beausoleil crée la « radiologie » de l’inconscient à travers pégases, ours, etc. de nos propres ténèbres. Elle lève des « couleuvres » d’une sexualité particulière. Manière d’ouvrir une nouvelle fois le corps. Mais, ici, de façon métaphorique. Exit la représentation humaine. Les jeunes filles n’auront pas besoin de fard et de rouge à joue qui maquillent les vieillesses de Goya ou de Velasquez. Une chaleur fauve monte dans le mitan de la nuit. De diurnes nous devenons nocturnes. Mais elle nous rend comme elle nyctalope : les animaux qui nous hantent nous les voyons

Tamina 3.jpgLa créatrice « image » la perte de conscience dont l’animal seul peut dessiner le lieu. Celui-ci différencie le travail du deuil de celui de la mélancolie. Il permet de reconnaître ce qui a été perdu, où le sujet se creuse, se mange du dedans. Dessiner le bestiaire qui nous habite revient à tatouer notre vide, à le "grogner". L’art se doit donc à la bête et au risque de sa féminité. Elle est dictée par la concentration d’une infinité de monstres. Elle opère la coagulation de nos fantasmes, de nos fantômes même si a priori les animaux nous affectent sous le mode de l’incompréhension sidérante.

Tamina 4.jpgL’artiste nous rappelle aussi qu’avant même et après la parole, au début comme à la fin de l'être il y a la bête. Chacune nous fait à son image : un loup, un ours, une hyène. Elles sont les étrangères qui, femmes ou hommes, nous lient au peu que nous sommes. Nos animaux créent donc l'espace qui nous sépare de nous-mêmes tout en nous rapprochant de qui nous sommes. Ils rappellent la vie d'avant le jour et d'avant le langage.

Tamina 6.jpgIl convient d’entrer dans l’épaisseur où nous nous débattons avec eux non sans ambiguïté et hérésie. Mais préférons l’impureté du zoo qui nous habite à la caserne de notre prétendue pureté. Nos bêtes ne sont pas que des repères grammaticaux (même si l'artiste prend soin de leur adjoindre certains indices verbaux). Elles fabriquent une perspective que nous voulons ignorer. Chacun de nous, en se couchant, se couche en elles. Ecrasant la pensée elles permettent à l’inconscient de percer sa peau fuyante pour qu’apparaisse la forêt sauvage où nos fauves demeurent tapis.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tamina Beausoleil, « Autour de la Source », Galerie de la Voute, Paris (à venir). Et actuellement « On ne dormira jamais » Exposition collective, même lieu.