gruyeresuisse

24/12/2018

Présence factieuse du paysage - Marion Barat

Barat 2.jpg

 

En choisissant l'image "pauvre" qu'induit le polaroïd, Marion Barat évide une évidence au profit d'une autre : celle que J-L Nacy appelle "l'évidence du distinct, sa distinction même". Dès lors, en se frottant à la seule nature, donc au paysage, la créatrice évite tout écueil de décoration ou d'illustration.

 

 

Barat.jpgL'image touche à une présence d'un distinct créé par le regard de la photographe et la technique même de l'outil. Perdant en précision et en naturel, celui-ci offre une poésie qui n'appartient plus aux ficelles de la transmission du paysage. D'où une déliaison ou un délié par rapport à la réalité.

Barat 3.jpgSi bien que les oeuvres ne rendent pas la nature visible comme un objet. L'image offre sa totalité par la variation qu'elle opère sur la "chose" vue en décolorant sa surface-peau. Chaque prise est donc un déroutage en dévers des images léchées et scénarisées si fréquentes dans la photographie contemporaine. Par le polaroid l'image semble ici celle "des jours passés" mais - et c'est essentiel - Marion Barat n'y cherche jamais la moindre nostalgie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marion Barat, "Polaroids", Editions Corridor Eléphant, Paris, 2019. Prévente sur le site Corridor Elephant.

21/12/2018

uLes narrations érotiques de Dasha & Mari

Dasha & Mari.jpgVenues de l'Est, Dasha & Mari travaillent à Londres plus particulièrement dans le domaine de la mode. Mais chacune de leur photographie raconte une histoire voluptueuse. Les amours fugaces ou non se distillent sans distinction de genre. Bien des passages sont possibles même si les narrations demeurent en suspens.

 

Dasha & Mari 2.jpgLes corps gardent leur mystère, leurs désirs, leur attente. Ne restent souvent que le noir qui fascine et le blanc qui ne tue pas forcément. L’objectif de l’appareil ne saisit pas seulement des corps, mais la part de désir enfoui au plus intime de l’être. Demeurent la sensation qui perdure, l’énergie du mouvement - même s’il semble presque arrêté.

 

Dasha & Mari 3.jpgDans cette ménagerie de verre aux étreintes passagères les jumelles créent  un  monde empreint d'un sens de la cérémonie. Leurs belles de jour remontent du fond des nuits. Leurs corps se déplient en divers types «d’avancées». Il devient la présence silencieuse entre l’obscurité et la lumière, l'abandon et la retenue. L’unité de temps tient à l'instant de la prise. Le corps renaît de sa cendre neigeuse en ondes suspendues. Les oscillantes restent indestructibles dans le chaloupé d'une danse lascive.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15:07 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

18/12/2018

Leah Schrager : le voyeur pris au piège

Schrager 2.jpgArtiste Instagram, Leah Schrager modifie la "réalité" des fantasmes voyeuristes. Elle transforme l'exhibitionnistes en ligne afin d'explorer d'autres possibilités des médias sociaux. Elle les questionne tout comme ceux de la beauté féminine et des stéréotypes qui les nourrissent en présentent un point de vue féminin sur le voyeurisme et ses attentes.

Schrager.jpgEt si à l'ère du numérique plus que jamais certains fantasmes fleurissent, ils peuvent être soumis soit à une décepticité soit à un biais ironique où la fleur prend tout son sens. Leah Schrager se moque du regard masculin en offrant des images de charme qui ne répondent plus aux attentes espérées. Exhibant la sexualité elle la biaise par ses recherches plastiques et ses peintures numériques. Elles troublent le principe de visibilité basique.

Schrager 3.jpgLes selfies et autres pratiques d'ostentation de l'artiste montrent qu'il peut exister une autre voie que le simple registre de la réponse aux attentes masculines. A la"viande" nue fait place son recouvrement ou son découpage selon des critères de différenciation. Le plaisir qui fascine habituellement est remplacé contre toute attente par un autre. En un processus de reprise en main de la femme par elle-même apparaît, plus qu'une fin d'un non recevoir, une vision renouvelée aussi ironique, enjouée que poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leah Schrager, "Virtual Normality : Women Net Artists 2.0"