gruyeresuisse

10/09/2018

Paul Armand Gette n’est pas un égoïste

Hug.jpgPour tourner le dos à la violence et la vulgarité, Paul Armand Gette a réuni ses complices en sensualité plastique et poétique. Avec Dodeline Auger il partage le goût de certains coquillages, avec Tamina Beausoleil il se fit laveur du Portugal et Marie Breger lui fit partager des fentes telluriques. Pour Farrah Brule il se fit couturier en fil rouge et pour lui Enna Chaton devint Artémis. Avec Cristina Esseliebée il traversa des miroirs et Claudie Dadu lui tendit l’éventail des vapeurs. Cécile Hug offrit au toréador des oreilles et des intimités que Catherine James suggéra au mâlin. Pour lui Bianca Lee Vasquez se fit nymphe de la forêt amazonienne et Anne Sophie Maignant écrivit des pillow-books pour le poète et Camille Moravia des histoires qu’il prolongea au bord de la Baltique avec Tuula Närhinin.

Hug 2.jpgL’artiste en compagnie de ses grâces prouve combien l’intime suscite des images qui se répartissent sur plusieurs plans ou en grappes. Chacune est creusée d’un sillon ou une légende qui raconte par exemple qu’on trouva un jour échoué sur une plage une oreille. Ses osselets avaient roulé pour former une grève. Mais ce n’est là qu’un des mystères que Paul-Armand jette… Sans excès de visibilité outrancière le lancinant est présent, les contrastes chargés de leur relief, le granité d’un téton de texture. Un imaginaire aussi simple que fou se dégage de tout.

Jean-Paul Gavard-Perret
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Paul-Armand Gette ; « Intimentissima » Avec Godeleine Auger, Tamina Beausoleil, Marie Breger, Enna Chaton, Claudie Dadu, Cristina Essellebée, Farrah Brule, Cécile Hug, Catherine James, Bianca Lee Vasquez, Anne-Sophie Maignant, Annette Messager, Camille Moravia, Tuula Närhinen, Aline Part, Ghislaine Portalis, Léa Sotton, Elisabeth Verrat, Wenjue Zhang, Galerie de la Voute & Eter SDF du 21 septembre au 20 octobre 2018.

Photo 1 : P-A Gette et Cécile Hug.

 

08/09/2018

Thierry Smets : devine qui vient dîner ?

Smets 2.jpgThierry est bien plus intéressant que Jean-Philippe Smet(s) dit Hallyday. Il est aussi célèbre que le braillard puisqu’il est « mondialement connu dans son petit village de Boneffe (Belgique), la capitale de … de … heu … des champs de blé de sa région ». Agrégé en érotisme il accumule les prix photographiques « le grand prix du 69 » auto-remis à lui-même dans son salon, « la Palme d’or du Concours Brigitte Lahaie de la photographie érotique qui n’existe pas » et le « Grand Prix du public du Festival international de la photo de nu de sa rue en cul-de-sac ».

 

Smets.jpgIl fait donc autorité en manière de blagues et appartient d’emblée aux grands irréguliers de la photographie belge dont le marrant Marcel Marien fut le curseur voire le précurseur. Il pense publier de nombreux ouvrages dont “comment photographier en cachette votre belle-mère quand elle prend sa douche ?” dès qu’il aura convolé en juste noce ou juste en une noce de paille.

Smets 3.jpgMais qu’on ne s’y trompe pas ce Thymthym dont le tee bée, au lieu de jouer avec Milou à la baballe ou - et lorsque son oral est au plus bas - de s’étendre sur un clic-clac avec de belles femmes, préfère que le déclic de son appareil claque. La lumière filtre sur ses ondines aux chandelles dans le plus simple appareil. Les coussins se meurent, les draps s’évaporent. Restent les belles de cas d’X dont l’image défie les paupières. Pas besoin d’enlever leur serviette pour savoir si elles sont filles ou garçon. Le doute n’est pas permis. Dans le creux de leurs hanches coulent une rivière sans retour. Et dès qu’elles font un break, le photographe plutôt que danser le hip-hop, tire leur portait. Ce qui est bien mieux que de se jeter dans le vide lorsqu’elles regardent à la fenêtre.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://thierrysmets.myportfolio.com/

Marie Bette : le mou et le dur

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Marie Bette crée des pièces étranges, entre la sculpture et la peinture, posées à même le sol ou accrochés au mur. Elle invente des pièces flottantes, coulantes voir qui se dissolvent. Au besoin elle les immerge pour qu’elles redeviennent une pulpe qui se détend sous l’humidité et se contracte au sec et la chaleur. Chaque pièce est à modéliser de nouveau.


C’est sans doute pourquoi Marie Bette opte pour la cellulose et la gomme arabique pressée dans un moule. « C’est un matériau pratique et léger, qui ne coûte rien et absorbe la peinture, la graisse et la cire » précise l’artiste. C’est aussi une matière poétique dont les couleurs créées par des encres offset d’imprimerie diluée dans de l’huile végétale absorbent la lumière.

 

Bette 2.jpgMais l’artiste ne s’arrête pas là elle explore actuellement du néoprène, du fil réfléchissant, de l’aluminium, de la cire de Babybel, de la toile de jean. Jaillissent des objets toujours singuliers et étranges qui, quoique rigides, peuvent changer de forme pour raison « météorologique ». Une baudruche noire ressemble aux restes d’un divan ou d’un canot de sauvetage. Et le titre de l’œuvre (« Tous les spécialistes du sujet ont disparu ») crée autant une précision qu’un doute.

Bette 3.jpgQuant au monstre marin « Sea Lion Foot » il devient une excroissance organique en céramique. Ce lion de mer - ou ce pied de nez - luit dans l’ombre lorsque la nuit revient à l’aide de pigments phosphorescents. L’artiste trouve là une manière de raconter des histoires énigmatiques aussi féériques que réalistes propices à de nombreuses interprétations.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Bette, « Pneumate », Galerie Mezzanin, Genève, du 14 septembre au 5 octobre 2018.