gruyeresuisse

03/03/2017

Sarah Carp la discrète

Carp.jpgSarah Carp, « Lac sensible », Musée d'Yverdon et région., du 19 mars au 1er octobre 2017.

Carp Bon.jpgSarah Carp prouve comment tout paysage peut en cacher un autre. La vie ne cesse de déborder là où la subjectivité orphique suit son cours. Le paysage le plus simple devient chimère car l’artiste retient ce qui en échappe. Si bien que ces photographies deviennent le pendant visuel à la « Fantaisie militaire », le plus bel album de Bashung. Comme lui Sarah Carp rappelle qu’il est inutile de se jeter à l’eau pour apprécier la profondeur. D’autant que la photographe n’est pas de celles qui cultivent des tendances suicidaires.

Carp bon 3.jpgElle préfère le recueillement discret le long des rives. Et chaque prise précipite dans le tourbillon de pensées et de sensations. Les mots sont inutiles. Il suffit de suivre des images. Elles trouvent racines dans une histoire personnelle. Le paysage répond aux états d’âme de la photographe. mais donnent à chaque regardeur un sentiment de paix et de liberté par une successions de détails à priori « anodins ».

Carp bon 2.jpgL’émotion reste de l’ordre de la caresse en des lieux et situations où tout devient délectable et cérémoniel. Divers types de réconciliation trouvent leurs assises sourdement, petit à petit. Chaque photo délimite un périmètre de sensations aussi intimes que générales. Elle n'ajoute rien, ne retranche pas plus mais ramènent à une méditation. Il suffit pour cela qu’une artiste telle que Sarah Carp ne cherche pas l’effet mais une poésie optique en pudeur, tendresse et gravité. Le monde y respire en ce qui tient d’un cahier du retour au pays de l’enfance.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

02/03/2017

Jessica Craig-Martin : cool frénésies de Dora l’exploratrice


Martin.jpgJessica Craig-Martin poursuit un travail de rébellion et d'exorcisme. La thématique érotique est métamorphosée selon deux axes :oser des images où la femme n’est plus forcément un stéréotype de beauté juvénile et mettre à mal les règles de présentations des magazines de mode en parodiant au plus près leur « glamour ».

Martin 4.jpgPar des gros plans coupés de manière transgressive l’artiste reste la pionnière d'une génération postmoderne dans lequel le photo-réalisme se mêle la dérision d’une prétendue élite jet-set qui repose sur l’apparence. Les plans hybrides scénarisent des soirées aussi mondaines que kitschissimes. La photographe s’en fait la « Dora l’exploratrice » capable de montrer les défauts dans la cuirasse des apparences.

Martin 3.jpgLes prises sont remplies d’éléments inattendus. Il faut prendre le temps de les apprécier en passant, comme le fait la photographe, de la vue d’ensemble aux détails. Sous le strass et le maquillage, le jeu de l’exhibition dévoile ses failles. Seins refaits, visages remodelés passent par le filtre de photos retravaillées afin de remplacer la culture du fantasme voyeuriste par la présence d’éclats plus sombres et dérisoires sous le strass - ce qui n’empêche pas un certain charme carnavalesque là où se montre le dessous des cartes du théâtre de l’ostentation.

Martin 2.jpgLibre avant tout, Jessica Craig-Martin donne forme à ses douces frénésies en des traversées où tout se met à craquer là dans où tout est sacrifié à l’apparence si bien qu’elle devient un religion. Les femmes people, protagonistes de ces parades, subissent un asservissement mais peut être une consolation à un certain vide de l’existence. Pour elles comme lecteurs et lectrices qui en font leur nourriture terrestre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jessica Craig-Martin, Galerie Catherine et André Hug, Paris

 

28/02/2017

Sonia Kacem : habiter le monde

Kacem.jpgSonia Kacem, « Carcasse », Centre Culturel Suisse, Paris, du 4 mars au 2 avril 2017


Seules des structures de bois et de métal délimitent l’univers - sans totalement en remplir le « vide » - que propose à Paris la Genevoise Sonia Kacem. De couleurs troublantes proches de la carnation humaine et nommées selon des prénoms, ces « carcasses » deviennent d’étranges « personnages ». L'artiste crée une forme d’apparition paradoxale, de présence en creux. L’image crée ni la possession carnassière des apparences, ni la mimesis dont le prétendu "réalisme" représente la forme la plus détestable.

Kacem 2.jpgL'ébranlement du regard réclamé à cette très vieille chose qu'est l'Art passe ici par des structures qui jouent du dedans et du dehors. Surgit un cérémonial hallucinatoire et dérisoire. L'imaginaire trouve la possibilité de faire émerger non une simple image au sens pictural du terme mais à une interrogation fondamentale sur l'art et l'existence à travers ce qui devient l'image de rien et de personne. La négation que l'artiste expérimente n’est donc qu’apparente. De tels « squelettes » créent de l'exprimable pur par la mise en abyme du réel.

Jean-Paul Gavard-Perret