gruyeresuisse

28/06/2018

Viviane Sassen : phasmes et fastes

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Viviane Sassen ouvre la photographie par ses montages, démontages et parfois collages. Au réalisme fait place un surréalisme « paysager ». Un genou de femme devient totem chez celle qui traverse le monde non en reporter mais pour donner accès à une autre vision ou apparition.

 

 

 

Sassen 3.pngUne telle ouverture reste par essence paradoxale puisqu'au moment où la photographie découvre elle induit (et enduit) "une dissimulation". Mais c'est à travers elle que l’artiste hollandaise donne accès - par exemple avec l’ensemble « Hot Mirror » - à l'envers du monde, à ce qui en lui est la région de la dissemblance.

 

 

Sassen 2.jpgNéanmoins, en leurs écarts, de telles images nous regardent et touchent sans que nous en saisissions les tenants et les aboutissants. Cela tient du rêve plus que du cauchemar même si certains linceuls inquiètent. S’y tisse en secret l'ombre de l'ombre. Fidèle à de telles images nous pouvons parfois nous estimer coupables de fautes énormes que nous n'avons pas commises. Sans doute parce que la photographie - dans ses fragmentations et ses déplacements - nous laisse orphelin autrement an cachant des destins qui restent des énigmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/06/2018

Foutsing

Fouts.jpgNancy Fouts - Américaine d’origine britannique - reste dans le registre parfait des irréguliers belges de l’art type Jan Fabre. Elle ne cesse de proposer des photographies et des sculptures humoristiques voire désopilantes. Elle combine à la fois des situations et des matières disparates plus pour le plaisir d’amuser que d’offrir un contenu strictement politique ou anti-clérical.

 

 

 

Foots 3.jpgL’interprétation du monde passe par la fabulation comique de diverses imageries culturelles ou religieuses. Et au moment où la fake news devient vérité pourquoi ne pas croire aux plaisanteries de l’iconoclaste ?

Face à divers processus d’embrigadement et de manipulation de masse en milieu démocratique, Nancy Fouts sait combien une image vaut mille mots. Et elle ne s’en prive pas en ses processus de déprogrammation. Des images officielles il ne reste que leurs détournements. La médiasphère retient son souffle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

25/06/2018

La double vie de Claudine Gaetzi

Gaetzi.pngClaudine Gaetzi, « Grammaire blanche », Editions Samizdat, Le Grand Saconnex; 2018.2018

Claudine Gaetzi transforme l’écriture en poétique de l’effacement. Elle refuse à sa pensée une fabrication rhétorique où l’image viendrait à point venu illustrer ce qui a été déjà perçu ou perdu. Dans une éthique de l’amenuisement pour celle qui - comme pour Duras - «écrire est ma raison, mon recours », nul besoin de métaphore ou d'anomalie sémantique. Et l’objectif quand la fin approche reste de s’inventer tant que faire se peut.

Gaetzi 2.jpgL’auteure cherche la meilleure formulation possible d'une réalité à la fois « in abstentia » mais dont elle est inséparable et avec laquelle seulement elle prend sens. Ce réel est le lieu d'avènement et le producteur d'un langage où Claudine Gaetzi met sa vie « entre parenthèse », oublie les détails : « l’essentiel se réduit à rien ». Toutefois il reste un tout là où « Grammaire blanche » représente le phénomène d'être (celui spécifique de l'être parlant) pour celle qui finalement, dans un rappel implicite à Bachelard « habite sa maison ».

Gaetzi 3.pngEntre apparition et disparition, le réel et le passé sont rétifs : ils gardent la vie dure. Les yeux ne suffisent pas pour leur échapper si bien, et à force, la mémoire « sauve » l’auteur et son chagrin «crée une sorte d’équilibre. » Claudine Getzi laisse passer ce qui arrive, lâche ce qui est passé. Mais pas tout. Elle rassemble ce qui reste de manière poignante et sans emphase dans son comment dire en compagnie d’aucunes circonstances mais où pourtant un récit paradoxal se construit. Car ce peu devient un mode de vie - et de vie intégrale - en évitant à la fois que l'affectivité joue un trop grand rôle et que le symbolisme intellectuel discursif fasse barrage à cette nudité du discours noué aux « Belles saisons imparfaites ».

Jean-Paul Gavard-Perret