gruyeresuisse

25/03/2018

Linda Bachammar Clerget et le sens du rite

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Par ses autoportraits Linda Bachammar Clerget crée une image diffractée de la figure féminine. A la fois elle la « réinterprète » en reprenant à sa main des figurations qui rappellent des postures classiques dans la peinture tout en adressant des clins d’œil à Cindy Sherman, Bettina Rheims mais selon une figuration personnelle en un cérémonial grave, insidieusement grinçant et ironique.

 

 

 

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Certes la créatrice illustre un thème traditionnel (a priori) : celui des Pénélope et des "saintes" de tous les temps et de toutes les cultures. Mais d’une certaine manière la photographe apprivoise la solitude par divers types de variations en créant son propre grain de sel voire son piment.

 

 

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Ces fenêtres sur l’intime - à la fois renforcées par l'autoportrait mais distanciées par les mises en scène -  créent une poésie aussi drôle que grave. L’espace balisé de la solitude féminine est  recomposé selon diverses postulations. La nature des femmes se reconstruit de manière plus "assermentable" que celle offerte par les artistes hommes. Souvent en les sublimant de manière passive, ils leur accordaient une aura qui n’était pas la bonne. Linda Bachammar Clerget remet la femme en une perspective plus vivante en se jouant des "vieilles" images.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.linda-bachammar-art.com/

24/03/2018

Pavlina : de Montreux à Moscou

Pavlina 1.pngPavlina, « art visionnaire suisse », Maison des Artistes de Moscou, du 27mars au 1er avril.

Pavlina a été choisie en tant qu’artiste et présidente de l’Association Art Visionnaire de Montreux pour représenter la Suisse au « Visionary Art Award » de Moscou. La créatrice y prouve une nouvelle fois la majesté et la profondeur de son art « cérémoniel » et discrètement intime. Elle met au clair et devant les yeux de grandes ombres passionnées dont l’attrait charnel et mystique harcèle.

Pavlina 2.jpgExiste toujours une gravité dans une telle peinture d’exigence qui à la fois cultive un certain classicisme et son écart. L’artiste restaure le premier de manière oblique et personnelle pour atteindre des éthers et le déchiffrement de l’infini par ses figurations mythiques et mystiques. Elles élèvent plus haut que l’autorise les théologies.

Pavlina 3.pngL’artiste, par un tel sens du rite, sait créer son propre univers, s’engage dans l’affirmation d’un retour mais aussi d’une avancée. La transgression prend donc ici un sens particulier. Elle s’élargit en de telles visées où tout ce qui est référentiel trouve une dimension inédite. Elle privilégie l’élévation faces abîmes dans une majestueuse indépendance de création. La clarté en des camaïeux subtils efface l’obscur en une quête des recommencements. Au désordre du monde répond l’ordre de la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret

Astrid Chaffringeon et Claire Morel : les oursins dans le caviar

Chaffringeon.pngIl est des régions où l'on vient a priori jouir du bonheur de vivre dans des paysages édéniques. Mais c'est là où les choses se gâtent. Tout est possible. Même le pire. Et Astrid Chaffringeon le dénonce - avec l'aide des dessins superbes et métaphoriques de Claire Morel et dans un roman politique - une volonté liberticide de pouvoirs politiques, immobiliers, maffieux qui se moquent de l'humain.

Entre pleins et déliés l'auteur choisit une radicalisation pour dénoncer les jeux de dupes qui font le bonheur des profiteurs. Avec son écriture précise, descriptive, l'auteure dénonce la réalité du monde tel qu'il est au sein de magouilles. Elles ne sont pas propres à la Corse. Mais le lieu devient une sorte de microcosme d'un mal plus général des sociétés. L'anéantissement de la plus élémentaire justice  et du respect de l'humain au nom d'intérêts répugnants.

Chaffringeon 3.pngPour ceux qui créent implicitement la mort d'un monde, il n'existe néanmoins pas d'oursins dans leur caviar. Sans cornes et oreilles pointues ils sont "actés" par des motivations qui s'arrêtent à leur pure satisfaction sous forme le monnaie (c'est peu dire) rarement trébuchante dans leurs poches. Leurs intérêts sont meurtriers mais ils en ont cure. Ils ignorent les communautés (ilotes ou non) mais s'ils s'en servent parfois pour se chauffer la gorge comme leur propre planche à billets.

Jean-Paul Gavard-Perret

Astrid Chaffringeon et Claire Morel, « Chambre avec vue », Editions EDL (Eléments de langage), Bruxelles, 2018.