gruyeresuisse

18/12/2018

Leah Schrager : le voyeur pris au piège

Schrager 2.jpgArtiste Instagram, Leah Schrager modifie la "réalité" des fantasmes voyeuristes. Elle transforme l'exhibitionnistes en ligne afin d'explorer d'autres possibilités des médias sociaux. Elle les questionne tout comme ceux de la beauté féminine et des stéréotypes qui les nourrissent en présentent un point de vue féminin sur le voyeurisme et ses attentes.

Schrager.jpgEt si à l'ère du numérique plus que jamais certains fantasmes fleurissent, ils peuvent être soumis soit à une décepticité soit à un biais ironique où la fleur prend tout son sens. Leah Schrager se moque du regard masculin en offrant des images de charme qui ne répondent plus aux attentes espérées. Exhibant la sexualité elle la biaise par ses recherches plastiques et ses peintures numériques. Elles troublent le principe de visibilité basique.

Schrager 3.jpgLes selfies et autres pratiques d'ostentation de l'artiste montrent qu'il peut exister une autre voie que le simple registre de la réponse aux attentes masculines. A la"viande" nue fait place son recouvrement ou son découpage selon des critères de différenciation. Le plaisir qui fascine habituellement est remplacé contre toute attente par un autre. En un processus de reprise en main de la femme par elle-même apparaît, plus qu'une fin d'un non recevoir, une vision renouvelée aussi ironique, enjouée que poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leah Schrager, "Virtual Normality : Women Net Artists 2.0"

14/12/2018

Marguerit Burnat-Provins : Mongolie intérieure des émotions cachées

Burnat 3.jpgMarguerite Burnat-Provins, "Pour Elle", Co-édité par ECAV – École cantonale d’art du Valais / Manoir de la Ville de Martigny / Musée d’art du Valais, Sion Sous la direction de Anne Jean-Richard Largey et Federica Martini.Textes de Anne Jean-Richard Largey, Federica Martini, Céline Eidenbenz.

 

La créatrice Marguerite Burnat-Provins (1872-1952) affectionnait le Valais et y travailla entre 1898 et 1907. Cette étape de sa vie marque le point de départ de ce livre qui prolonge l’exposition du même nom présentée il y a deux mois au Manoir de la Ville de Martigny. Il met en évidence la difficile acceptation d'une auteure et peintre rebelle à toutes étiquettes et adepte de l’expérimentation libre autour des beaux-arts, des arts appliquées et de la poésie.

Burnat.jpgHuit artistes de notre temps (Noor Abuarafeh, Valentin Carron, Christopher Füllemann, Gilles Furtwängler, Robert Ireland, Sofia Kouloukouri, Nathalie Perrin et Alexia Turlin) partagent les mêmes interrogations que la créatrice oubliée et réévaluent son oeuvre et - par delà - la position des femmes dans l'histoire de l'art.

Burnat 2.jpgLe travail d'une telle artiste mit à mal un certain ordre. Mais un silence coupable accueillit l'oeuvre. Ce livre le désenclave. Le langage plastique et poétique de la créatrice effacée des stèles de l'histoire de l'art osa presser le fruit d'un désir de spiritualité et de sensorialité. Elle en recueillit les saveurs acidulées, sucrées-salées. L'ouvrage fait enfin de la place pour celle qui en a toujours manqué. Artistes et analystes volent au passé ce qui y demeura caché. Il existe dans cette œuvre un espace de dégagement en un rêve non réalisé mais non irréalisable : celui, par le jeux des formes, de la Mongolie intérieure de nos émotions cachées.

Jean-PaulGavard-Perret

12/12/2018

Selina Hersperger : alacrités

Hersperger 2.jpgSelina Hersperger, "Noir et blanc en couleurs", Nidau Gallery, Nidau jusqu'au 9 décembre 2018.

Le style des dessins de Selina Hersperger est très particulier. Au sein d'une forme de naïveté, de multiples détails et en divers types de montages les  personnages vivent une vie décalée pleine d'humour et de charme. L'artiste "dévisage" avec drôlerie son univers : maisons, véhicules, animaux entourent des silhouettes influencées par le monde de la mode.

hersperger.jpgL'artiste se transforme au besoin en rêveuse. Ses images deviennent le palimpseste de sa vie en sauts et gambades dans un bain de jouvence que n'aurait pas renié le célèbre Abbé Soury. La vie est à la fois défaite mais reprisée - façon parfois haute couture dégingandée. Les dessins couvrent moins qu'ils ne dévoilent, éloignant et rapprochant celles, ceux et ce qui nous entourent. L'intimité ne se remodèle pas selon nature : elle s’enrichit par superposition de strates parfois incompatibles et enfantines.

Hesperger 3.jpgSelina Hersperger invite à une fouille archéologique douce et légère. C'est comme une stance surréaliste. Elle habille d'impudiques fioritures des situations humaines qui se moquent au besoin du trophée lumineux du phallus de cristal de l’orgueil masculin. Il est remplacé par l’épanouissement éphémère de roses du matin. Et ce jusqu’au crépuscule.

Jean-Paul Gavard-Perret