gruyeresuisse

05/08/2015

La photographie et ses « doubles » : Lydie Calloud (de l’autre côté de la frontière)

 

 

 

 

 

Calloud.jpgPar ses photographies la savoyarde Lydie Calloud fait planer l’aigre et le doux. En ce sens elles « appuient » sur ce que ses dessins au stylobille proposent. L’image se renverse, sa texture crée des écheveaux et des protubérances. "Portant" du réel chaque prise pénètre un lieu de sa mise en abîme. Entre gouffres et variations il existe bien des prolongements et de « mystifications » puisque l’univers semble sans dessus dessous et sans dessous dessus.  Les mouvements induits sont moins orientés que magnétisés en divers point de fuites. L’œil en est réduit au doute, au paradoxe à l'improbabilité d'un centre ou d'un fonds qui interdit la romance. Le tout en mouvements valétudinaires faits de crêtes, de creux et de germinations. Restent des reliquats rémoulades où les idées grouillent comme des asticots.

 

Calloud 2.jpgLydie Calloud fait glisser dans les coulisses des images : seule cette noblesse oblige face au fade, au frelaté. Nul besoin de glose ou de codex. Le tout par ellipses de plusieurs foyers à la frontière de l’illisible dans de géniales hémorragies de formes dont la transparence est transe lucidité.  L’être est à éjecter du cadre de la spiritualité et de l’animalité. De plus la créatrice fait de l’ego un angle plat. Son absence crée une ouverture. Elle dégage tout ce qui fait centre de gravité ou circonférence circonstanciée. Rares sont donc les œuvres aussi délivrées des verrous de brume. Ce qu’on nomme réalité coulisse dans la viscosité du mental qui s’ouvre au songe en moutonnements grimés, de macérations abstruses et de frôlements d’imprévisibles élytres en opposition aux idéologies de l’art nourries de celles des sociétés à  partir desquelles toutes les colonies pénitentiaires se mettent en marche.   Lydie Calloud quant à elle opte pour la solitude et la liberté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les œuvres (remarquables) de l’artiste sont visibles à la Galerie Jacques Levy à Paris. Elles mériteraient une galerie en Suisse.

 

03/08/2015

Diana Lui : just like a woman

 

 

 

 

 

Lui Diana.jpgLa nouvelle exposition de Diana Lui “Totem” se compose de portraits en noir et blanc et en couleurs. Ses photographies questionnent le sens de la tradition dans le monde islamiques d’aujourd’hui à travers les costumes traditionnels que les femmes modernes portent en Malaisie. Cette recherche est consubstantielle au travail de l’artiste. Elle l’a commencé au Maroc il y a quelques années et a culminé provisoirement par son exposition en 2014 à l’Institut du Monde Arabe de Paris. A l’initiation de cette recherche il y eut les propres photographies  du  psychiatre français  Gaëtan Gatian de Clérambault. Les propres travaux de l’artiste, avant de se prolonger dans son propre pays d’origine, commencèrent par une recherche sur les costumes traditionnels des femmes marocaines et tunisiennes. Y trouvant bien des similitudes avec les vêtements malais l’artiste décida d’explorer leur univers sémantique influencé par des siècles de tradition tout le long de la Route de la Soie entre la Chine et le bassin méditerranéen.

 

 

Lui Diana 3.jpgDiana Lui  après avoir grandi en Malaisie avant de vivre longtemps aux USA et en Europe (Belgique, France, Suisse) pour ses études est revenue pour un temps en son pays afin d’étudier de plus près le rôle que tient la femme. Plutôt que des discours l’artiste a choisi sa propre mise en scène et ses photographies. L’ensemble pose de manière subtile et magnifique le rôle du costume dans la société et comment une femme peut s’y insérer en associent racines et traditions d’un côté, indépendance et modernisme de l’autre. L’artiste par ses œuvres fait corps avec les femmes de Malaisie. Et ce qui pouvait être au départ une suite de totems ethnographiques devient une présentation poétique et symbolique des emblèmes d’une identification capable de générer une femme « nouvelle ». Celle qui à la fois assume ses héritages et revendique une féminité tout sauf passive. Les formes dérobées se font fébriles, se délivrent de tout renoncement à être. 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Diana Lui, « Totem », Galerie “The Space”,   Penang, Malaysia 1er au 31 Aout 2015.

 

01/08/2015

Anja Niemi : Le double et son trouble

 

 

Niemi.jpgLes déserts californiens servent d'écrin à la série "Darlene & Me". L'ensemble se veut la narration d'une histoire plus ou moins énigmatique entre deux femmes gémellaires (puisque les deux sont incarnées par le même modèle). La série est tirée d'une l'histoire de la fin des années 50 : celle d'une femme nommée Darlene esthéticienne de luxe. L'artiste a romancé ce cas dans lequel, selon la photographe, la femme avait décidé de laisser tomber une star qui s'était mis en travers son chemin. La série raconte les sentiments duels (fascination et haine) qui animaient ces deux femmes.

Niemi 2.jpgTout reste néanmoins capté de manière ironique, légère et presque irréelle. Le doux murmure  des images remplace aisément les dialogues et leurs temps de silence. L’image arrive donc pour effectuer bien mieux que ce que feraient  les mots. Reste l'écume des jours dans une stratégie d’ellipses. Et si l’humour est bien présent il ne pousse jamais jusqu’au rire sardonique - adjectif qui selon son origine rappelle que ceux qui mangeaient l'herbe de la Sardaigne  étaient pris d'un rire violent qui les conduisait à la  mort.  A l’inverse ici et au détour des courbes les désirs étouffés prennent vie comme si à coup de griffes Anja Niemi  voulait biffer le passé, trouer la peau de l’inconscient afin qu’il se vide de ses miasmes. On si l’on préfère : ensevelir l’hier et l’émoi de ses heures mauves pourrissant de nostalgie dans l'aujourd'hui où l’histoire est en quelque sorte revitalisée sous le soleil exactement.

 Jean-Paul Gavard-Perret

www.thelittleblackgallery.com