gruyeresuisse

08/04/2017

Les arrêts indéfinis de Marion Tampon-Lajarriette

Tampon Lajariette.jpgMarion Tampon-Lajarriette, « Le beau et la bâti », Galerie La Ferme de la Chapelle, Grand-Lancy, du 1er au 13 avril 2017.

Certains arrêts sur image et des sortes de plans de coupe donnent à voir une image fixe dont la valeur n’est pas seulement celle de la pose. Le continuum est entravé par effets de cadre. Existe un affaissement prémédité du mouvement de l’image : tout demeure sous tension là où s’abandonne néanmoins la certitude vue.

L’observateur semble démuni. Il aspire à une homogénéité de contemplation et de sens mais ce qui tient à la fois d’un rythme et d’une arythmie l’emporte. Demeure une musique (charnelle ?) en suspens. Sur place elle se déplace et fait claudiquer le regard. L’allure est faite d’arrêts indéfinis. Un courant énigmatique se produit selon une modalité cinétique poétique et mystérieuse.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/04/2017

Sylvie Aflalo : réserve et abandon

 

Aflalo 4.jpgDans les photographies de Sylvia Aflalo demeure toujours une part de désir. Par effet de béance entravée l'indicible garde tout son sens. Les dessous-chics sortent de l'état de simple gaine, fourreau ou étui. Ils redeviennent des signaux et échappent à la seule fonction de communication et de référence. Ils atteignent un rôle supérieur en ouvrant l’imaginaire par ce que chaque œuvre de la créatrice remet en jeu avec un goût de la caresse implicite qui avance masquée selon à la fois une feinte d’abandon et réserve.

Aflalo 3.jpgL’œuvre crée une immense métaphore de la féminité. La femme devient le symbole d’une existence privée qui connaît la force de ses charmes tout en se contentant de les suggérer. La photographe montre combien l’existence est habitée de noir et de blanc là où la solitude est omni présente en une forme de pénitence et d’ascèse dans des hybridations potentiellement volcaniques. Nul ne peut dire si la créatrice s’amuse ou cicatrise certaines blessures. Reste la semi-nudité dégagée de la pitoyable comédie des mâles. Leur absence souligne subtilement peut-être leur cynisme, leur vulgarité, leur pusillanimité.

Aflalo.jpgDans chaque portrait demeure un doute et un vertige. Il existe des trous de lumière dans les vêtements qui s’entrouvrent. Mais au sein du passage esquissé rien n’est jamais possible ou du moins reste en suspens. La femme demeure exposée à la vacance de sa propre vacance. Elle ne connait que l’isolement. Elle y accomplit pénitence comme s’il fallait payer pour l'inconsistance de mâle vers lequel la passion pourrait peut-être la porte. Mais à ce point le critique exagère, extrapole. Toutefois chaque modèle se retrouve peu à peu tendue sinon en un appel du moins vers une attente. Vers le sacré absolu de l'amour ? Ou son idée ? L'artiste semble en connaitre le poids et l’opacité.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/04/2017

Catherine Perrier : montages/démontages

 

Perrier 2.jpgChez Catherine Perrier l’art devient roman mais loin de sa manière habituelle de raconter. Dans un travail de mémoire implicite l’artiste monte et démonte par coupages et assemblages de diverses matières afin de suggérer du non montrable selon une fausse ingénuité de vestale. Celle-là se fait l'intrépide chez la servante zélée de « turpitudes » pour la gestation d'une lumière tendre et ironique au sein même des dérives de la chair. Il se peut que l’âme se consume en ce feu qui brûle mais le corps trouve ainsi un passage. Il devient parfois un étrange matelas qui se titille, s'enfle et finit par exploser, si bien que ses images se disséminent sur une grande surface.

Perrier.jpgEn dépit de la radicalité, l’humour garde ses raisons. L’artiste avec à propos mêle l'âme blanche aux noirceurs fascinantes du sexe. Elle devient notre semblable, notre soeur puisque c'est toujours dans l'équivoque que nous jouissons. L’œuvre se veut une succession des « fautes » commises sciemment selon une vision romanesque qui ne peut être clairement identifié. Mais c’est bien ce qui en fait tout son intérêt puisque l’artiste déplace les règles par divers corpus où se mêlent abstraction et figuration.

 

 

Perrier 3.jpgExistent la manière et la matière afin de mieux réintégrer un espace mémoriel. Bourgeade et Danielle Mémoire ne sont pas loin. A la différence près que le texte est remplacé par des « coquilles » recueillies au fil du temps. Si bien que l’artiste renverse le bain romanesque pour le remplacer par un « liquide » visuel où se mêlent différents niveaux de fictions et de références : enfances corpusculaires, fictions « frictionnantes » qui se réfléchissent sans cesse dans leur propre miroir et dans d'autres. Jaillissent aussi les passerelles entre un contre monde et ce monde-ci. Elles sont construites selon des lois rigoureuses et soumises à un puissant système d'octroi ; des corps y patrouillent de jour comme de nuit. Nul code, toutefois, n'en est établi par écrit.

Jean-Paul Gavard-Perret