gruyeresuisse

26/06/2015

Bethan Huws : Les mots dans l’art

 

 

 

Huws bon.jpgReprésentée par la galerie Tschudi à Zuoz (Suisse) Bethan Huws propose « Zone » à la Maison d’Art Bernard Anthonioz de Nogent sur Marne jusqu’au 19 juillet.

 

 

 

Huws.jpgBethan Huws vit joue des connexions intempestives entres mots et images à travers divers médias où le langage est saisi parfois au « pied » de la lettre, parfois capté selon divers types de glissements de sens qui trouvent dans l’art une matérialisation, une construction ou une déconstruction et différents types de métamorphoses. Citations, notifications, mots valises ou voisins sont imbriqués au sein de l’univers plastique afin de souligner les contradictions que mots ou formules génèrent ou dégénèrent : « épouse, épouser, épousseter », etc. par exemple. Dans sa série « Vitrines » des corpus textuels sont scénarisés au sein d’un mobilier «administratif» qui pousse à définir de fait le sens d’une œuvre non sans rapport avec l’esprit de  Marcel Duchamp


Huws 2.jpgL’influence de celui-ci est capital. Elle s’enrichit des croisements répétés avec différents poètes dont surtout Apollinaire grand amateur comme Duchamp de  calembours. Ses références sont réunies dans Research Notes (2007-2008) où Bethan Huws met en exergue les relations entre les œuvres et les textes des deux créateurs. Cette double influence se retrouve dans "Zone"  vidéo réalisée en 2013 à partir d’un poème d’Apollinaire et monté en un collage de séquences «ready made» issues de films documentaires animaliers. Le récitatif du poème est orienté vers l’image et le film vers le texte sans redondance ou pléonasme. Celle qui se plait à rappeler que «les artistes interprètent le monde et, ensuite nous interprétons les artistes»  veut se situer telle une médiatrice entre les deux. Elle accomplit bien plus : étant elle-même artiste et poétesse elle devient médium.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

21/06/2015

Les Spice Girls de Laura Callaghan

 

 

 

Callaghan 2.jpgLaura Callaghan  sans aucun didactisme mais avec un sens du plaisir crée une série de transferts implicites du monde hétéro vers un monde au lesbianisme doux. La femme devient le rempart de l'avenir et le dessin un processus actif capable de laisser naître les sensations les plus diverses et simples au sein du quotidien. L’Anglaise ne met pas vraiment son travail au service d'une idée, d'un projet conçu préalablement : cela vient naturellement car il n’existe pas de plan de création, si ce n'est l’appel à la liberté de la sensation et de l’imaginaire au sein de l'étreinte nécessaire  de la féminité plus que du féminisme.

 

Callaghan.pngL’œuvre acquiert une vibration mentale tout autant charnelle. Il ne s'agit plus de la mettre au service de quelque chose. Il ne s'agit pas non plus de lui attribuer une simple grille de lecture symbolique. La forme poétique se génère par elle-même à travers la force "intérieure" dont témoigne la créatrice.  En  parfaite liberté elle métamorphose le monde selon une vision  aussi ironique que douce, empreinte d’une volupté sans abandon. Il y a là des rires, de la jovialité, de la camaraderie sans la moindre provocation de façade.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07:55 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

17/06/2015

Stefanie Schneider : La lumière offusquée

 

 

 

 

Schneider Stephanie.jpgDe situations anodines prises dans l’Ouest américain, Stefanie Schneider transforme le réel en une sorte de marge scintillante et surexposée afin de créer des ambiances fantomatiques et presque irréelles. Le travail avec le Polaroid propose une explosion particulière de couleurs propre à inventer une forme d’indétermination des lieux : le réel s’évapore jusqu’à offrir de mystérieux motifs où le réel se confond avec le rêve, le désir, la fiction. Dans une fausse esthétique « trash » l’artiste allemande  crée des engloutissements et des dilatations des corps. Elle dégrafe des cordages jusqu’à ce que ses photographies deviennent de la nacre diaphane.

 

 

 

Schneider Stephanie 2.jpgDu corps féminins jaillissent des accords de volupté toujours distanciés. Tout se joue selon  méandres du montré/caché. Reste l’évidence de ce qui s’offre ou se révèle plus ou moins consciemment sous effets de lumière. Souvent flottante elle garde une  puissance débordante. La sensualité y dépasse sa fonction première. Elle est périmètre qui détermine mais aussi indétermine l’espace, le lieu, l’attente. Le contexte fonde une unité plus de non-lieu que lieu. Chaque femme est, au milieu des déserts californiens,  une algue caressée ou une eau à boire  à pleines lèvres taillées à la meule du songe creux.  ace à de telles femmes improbables au sein de leurs prises paradoxales il faut se réserver leur image  pour se consoler de leur présence diaphane qui n’est plus qu’un mirage.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Stefanie Schneider, Galerie Walter Keller, Zurich, Galerie De Re, Los Angeles