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16/02/2015

Carol Bailly : Légendes et présences

 

 

 

 

Bailly 2.jpgEn bonne fée la Lausannoise Carol Bailly propose le plaisir de songes agréables.  Ses princesses ont besoin de bruissements. Mais l’’horizon ne leur est plus nécessaire. A coups de graffiti, de croquis et de structures chers à l’artiste surgissent leurs trajets et  contre trajets, l’histoire de leurs histoires plus ou moins tordues. Existent l’immense et l’intime, le ferme et le fluctuant, le furtif et évident. Couleurs acidulées, fins tracés et faufilés de cousette, architecture de déliés, espaces interposées : tout devient frontière fragile. Se créent un maillage et un charivari où les personnages sont des sentinelles immobiles mais égarées. 

 

 

 

Bailly.jpgTout retient et grésille.  Un monde est réincarné de façon qu’on puisse le voir et l’aimer. S’y absorbe sa fugacité cyprine, dessus, dessous, sur les côtés soufflés d’une mouvance contagieuse.  Carol Bailly sonorise l’air et les éléments qu’elle déconstruit. Les femmes montent subrepticement selon une énergie légère. Restent entre d'étranges meurtrières (douces) bien des châteaux en Espagne - même lorsqu'ils sont valaisans. Personne d’autres que de tels personnages pour innocenter les songes. Minuit dépassé ils déroulent les draps de leurs Princesses, passent sur leur nuque, les emportent dans le chas et le tourbillon de leur rêve où chaque pensée est brûlure.  Et soudain au milieu de leurs propres songes elles dérivent sur le Léman. Une voix d’enfance se rappelle à elles tandis que sur leur table de chevet veille encore la lampe du soir.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:39 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

13/02/2015

Cindy Sherman : le crime parfait

 

 

 

Sherman.jpg« Cindy Sherman », ed. Ingvid Goetz, Karsten Löckemen, Sammlung Goetz, Hatje Cantz Verlag, Otsfildern, 184 pages, 30 E., 2015.

 

 

 

Ennuyée  par la peinture  « …il n'y avait rien à dire de plus. Je me contentais de copier méticuleusement d'autres œuvres, et j'ai réalisé qu'il aurait alors suffi d'utiliser un appareil photo et de me consacrer à d'autres idées » écrivit celle qui s’orienta vers une radicalité photographique dont Pierre Molinier fut le pionnier. A travers – principalement des autoportraits – l’artiste porte l’équivoque dans les genres sexuels en faisant du couple artiste et modèle le criminel et la victime : l'une est  le produit de l'autre et vice versa.

 

 

 

Sherman 2.jpgLe corps de la femme émerge loin de son statut de machine à fabriquer du fantasme ou d’écrin à hantises. « Le passé ne passe plus dans mes œuvres, elles sont créées contre lui  pour des extases négatives» explique-t-elle.  L’artiste pastiche souvent l'univers de tableaux de maîtres, s’y approprie un grand nombre de genres visuels  (extraits de films,   magazines de charme, etc.). Le livre propose  une synthèse qui éloigne de tout artifice par l’artifice lui-même. L'activité mimétique de la photographie capote.  Et comme dans le " Portrait ovale " de Poe la vie passe intégralement de la réalité à l'art, mais avec Cindy Sherman ni l’une ni l’autre sont, à la fin, laissés pour « morts ». Et le meurtre restera métaphorique. Ce qui n’exclut pas pour autant sa violence.

 

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

09:21 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

12/02/2015

Les portraits « bougés » de Miriam Cahn : l’être et le temps

 

 

 

cAHN.pngMiriam Cahn, « körperlich – corporel », 24 janvier – 12 avril 2015, Aargauer Kunsthaus, Aarau.

 

 

 

Les personnages de Miriam Cahn ont souvent des « têtes » d’ampoule » comme on le  dit des surdoués. Mais ici l’expression doit être prise dans la seule radicalité de figuration. Il faut donc arracher à l’expression tout symbole. D’autant que c’est par la peinture elle-même que de tels personnages sont des lumières (ce qui ne veut pas dire que par eux-mêmes ils soient idiots !).  Mais ils fascinent par ce qu’ils irradient grâce à la peinture et le mystère de l’aura qu’elle dégage non sans – parfois – une ironie acerbe.

 

 

 

CAHN é.jpgA ce titre il existe toujours chez Miriam Cahn une volonté implicite de changer le monde, de s’opposer à tout nihilisme sans pour autant oublier les affres du passé.  Formes et couleurs marquent une volonté de présence contre  vents et marées de l’Histoire.  Si bien que la douleur vient toujours, en une telle œuvre, après la volonté et la joie.  D’où le désir de mettre en forme, de créer par delà l’état tragique dionysien mais en en tenant compte. Se découvre  une profondeur d’être et de vie dans un travail qui ne cesse de « gratter » la même veine. Par effet de plat surgit une vocation perspectiviste là où le portrait « bougé » devient l’espoir d’une sur-vie ici-même, un surcroît d’être. La peinture devient un mouvement transformationnel et opératoire. Elle rejoint les « rêveries de la volonté » que Bachelard appelait de ses vœux.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret