gruyeresuisse

30/07/2016

Adèle Nègre et l'impossible de la représentation

 


Adèle Nègre 6.jpgChez Adèle Nègre, la photographie produit une émergence paradoxale. Elle engage l'être mais surtout son impossibilité. L’artiste abolit tout autant un "deviens qui tu es" qu'un "sois qui tu deviens". D'où la fascination qu'un tel engagement suscite. Elle renvoie à une limite de l'être et à ce que cette limite garde d'irreprésentable et d'insupportable.

 

 

 

 

 

Adèle Nègre 4.jpgJusque dans leur douceur les photographies créent un théâtre de la cruauté plus ou moins déliquescent et nocturne. Le spectateur doit devenir nyctalope pour l'approcher et tenter de la saisir au moment où tout se dématérialise. La photographie devient une « dissolving view». Le corps n'est plus en concrétion. Au contraire, il espère la disparition par transparence. Il chute, pulvérisé de manière moléculaire.

 

 

 

Adèle Nègre.jpgLe ressort poétique de la photographie crée une cérémonie au ralenti. Elle rappelle celles de Carolyn Carlsson et Bob Wilson. L'être n'a plus ni à se plaindre, se réjouir. Ni même se dévoiler. Ne lui reste qu'à attendre au sein d’un d’effacement qui signale l'affaissement, la distance. Les alternances finissent : après la trace vient la distance.

 

 

 

 

Adèle Nègre 3.jpgLe corps ne s'amasse plus, ne se constitue plus en entité. Demeure une esthétique de l'apurement et de la transparence. N'émergent que des spectres proches de l'impossibilité de la représentation dans un présent sans présence. Par ce biais Adèle Nègre force le sens à se définir dans sa lutte contre une forme « théâtrale » tout en conservant son souffle délétère mais sidérant.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:22 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (1)

29/07/2016

Jacqueline Veuve la vagabonde

 

veuve.pngSensible aux choses de la vie, reconnue très tôt par Jean Rouch, la Vaudoise (installée à Payerne) Jacqueline Veuve a redonné de la Suisse une vision ouverte. Sans doute parce que la documentariste était elle-même sensibles= aux diverses cultures rhizomatiques - ouvrières ou bourgeoises - du pays « objets » implicites de son œuvre .

veuve3.pngElle a créé plus de 60 films. Ils interrogent souvent les exploités - loin de toute idéologie ou engagement fléché. La documentariste est sensible à la vie telle qu’elle est. Remplaçant les ethnologues trop bavards elle a su filmer son pays : « être Suisse n’est pas simple, c’est même assez lourd » dit-elle mais, face à un ostracisme diffus (façon « coucou et chocolat »), elle montre un terroir éloigné du paradis comme de l’enfer. Elle exclut le «spectaculaire» au profit de l’évocation de communautés locales dont la culture disparaît. L’empathie est toujours là. Fidèle à Rouch, Jacqueline Veuve ne démontre jamais : elle montre.

veuve 2.pngPartant d’enquêtes de terrain elle y revient pour construire avec précision maniaque et obsession chaque film. Le rythme lent crée une poésie contemplative pleined’émotions, de sensualité. Souvent productrice de ses réalisations elle préserve sa liberté de choix et reste - tout en s’en défendant - une réalisatrice féministe. Elle a ouvert bien des voies même si elle fut exclu du « nouveau cinéma suisse » tant lui fut reproché son « apolitisme » - il l’a soustraite toutefois à bien des errances.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/07/2016

Sokolombine ou la colonie pénitentiaire d’Apolonia


Apo.jpgOpaques comme le marbre, translucides comme l'ambre, les portraits d’Apolonia Sokol sont à la fois des fenêtres et des murs. Des attentes aussi.... Surgissent un "réalisme" particulier et une « fiction » du même ordre. Chaque portrait tient en respect le voyeur. Pas de séduction : ni dans les lignes et les formes. Pas plus dans l’aspect des visages. Ils deviennent une présence étrange et obsédante. L'artiste y cultive l'éphémère, le fragile, le désir, la vie. Elle fuit tout ce qui est établi, stable : les certitudes, les habitudes en des rituels qui permettent de toucher à un seuil de l’intime sans forcément le franchir.

Apo2.pngIl n’existe plus de pudeur ou de crainte : juste l’incertitude des êtres. Le désir - si désir il y a - se fonde sur un défaut, une absence face aux représentations héritées qui habitent encore l’esprit des hommes et même des femmes. L’acte de création s’élève contre toute mondanité et interroge ce qu’il en est de l’amour. Il échappe autant à l’illusion qu’à la métaphysique et l’animalité. Ce qui hantait jusque là la vision est déplacé de manière hallucinatoire et réaliste.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:26 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)