gruyeresuisse

15/09/2014

Les passages de Marie-Louise von Arx

 

 

 

arx.jpgPour Marie-Louise von Arx créer  des personnages c’est désarticuler les apparences avec un regard en dedans. Celui-ci ramasse les insectes de la pensée qui volent de tous côtés avec des étirements, des prolongations de matière, saisit l’agir des êtres selon une transmission qui n'a pas besoin de courroie. La sculptrice met donc au point une figuration en balance  pour peser le deuxième sang, la vie qu’on cherche, l’incendie de la douceur - et de l’angoisse aussi. Formes et couleurs incarnent des idées, des secrets même si tempête dans le crâne émet  un « ça n’a pas d’issue ». Soudain celui-là se réveille et signe au registre de l’avenir par effet de passages. 

 

 

 

arx2.jpgL'imaginaire ose des déformations salutaires là où la créatrice ne joue pas les voyeuses. Parlons plutôt de voyance grâce à un œil reculé, physiologique et spirituel. Il pénètre le ventre du destin dans un paquetage figural  drôle le plus souvent. L'idée n'est pas d'érotiser ce qu'il y a dedans en une  représentation du fantasme.  Tout s'articule selon une circulation dont seule la créatrice vaudoise possède sinon la clef du moins la maîtrise. Ses têtes hautes refusent la débine. Les mains de l'artiste module la matière pour  donner au corps trop lourd des ailles et au visage une bouche de cratère. Son creusement ouvre à la vie à l'intérieur de ce "cercle". L'art s'engouffre en un tel anneau de feu.  Il faut la lenteur pour aller aussi loin. Et parfois la vitesse.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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13/09/2014

Kathrin Kunz et les états „passant“

 

 

Kunz 2.jpgKathrin Kunz „Zwischenzeit“, Galerie Gisèle Linder,  Bâle,  23 septembre - 1er novembre 2014

 

 

 

 

 

Le titre même de  l’exposition de Kathrin Kunz « Zwischenzeit » (Intervalles) souligne l’importance de la frontière et de sa transgression dans l’œuvre de l’artiste. Le passage marque un temps de méditation sur l’espace et le temps là où l’imaginaire semble creuser un abîme. Entre l’image et le support le front se floute et le regard se perd à travers des formes minimales en dégradés de poudre de graphite. Passant de la photographie au dessin la « peinture »-  au tampon de ouate qui applique le graphite en poudre – crée des expériences perceptives inédites entre aveuglement et évidence là où l’ombre joue à cache-cache avec la lumière.

 

Kunz 3.jpgL’  « entre » propose des espaces temporels non fixes retenus selon de mystérieux stigmates. Ils jouent sur l’instabilité des états de la matière là où l’artiste est toujours à la recherche d’un lien avec la mémoire,  la trace et divers types d’empreintes. D’où le surgissement archaïque en apparence. Mais il embraye directement sur le temps là où le rôle de l’artiste reprend une valeur essentielle face aux effets de nature comme de civilisation. Créant des états  «  passant » l’œuvre témoigne moins  d’une déliquescence et d’une ruine que d’une métamorphose. Elle « secoue » autant le mental que l’apparence. Loin de toute subjectivité narcissique, « l’instabilité » de l’œuvre propose une aventure perceptive et intellectuelle (ce jeu n’est pas interdit). Elle vient prendre à revers les concepts de temps et de délais comme celui d’image et de percept.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

12/09/2014

Laura Vazquez : la lame nue

 



 

Vazquez.jpgLaura Vazquez, « Le système naturel et simplifié », Editions Derrière la Salle de Bains, 10 €, 2014

 

Que faire avec les images sinon les transformer en mots lorsque là seule vision possible ne peut plus passer par elles. C’est pourquoi Laura Vazquez peut appeler son système « simplifié »  dans la mesure où il présente le plus complexe de la lutte entre dehors et le dedans  et entre les genres : la femme devient lame nue – donc objet contondant). Avec tout ce qui rentre et dépasse, tombe et qui appartient au corps autant qu’il ne lui appartient pas. Avec – donc – la maladie de l’amour et le mal de ventre. Ce qui l’habite dans la douleur sourde parfois et dans le plaisir qui mord. D’autant que les mots inventent l’image par leur musique. Une musique de nerfs plus que de sentiments.

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Une musique du corps sans forcément la sueur, sans un processus larvaire mais dans ce que toute essence du corps possède de mental. Bref c’est une musique de tête qui arrive moins du dehors que de dedans. Dans ce qui tient de la fugue dont le corps reste autant le départ que celui d’arrivée. Les corps s’y appellent sans nom dans l’incarnation du souffle.  Quelqu’un parle, quelque chose à travers ce système du fait (pas si  naturel que ça) où le lecteur se fraye un chemin  là où les mots relient, divisent, rameutent de leur brin d’acier des scènes redoublantes. L’écriture est la visiteuse, la marque d’une ouverture secrète, d’un passage étranger. Laura Vazquez le montre au plus profond, plus loin : c’est la marque jusque là manquante du mystère.

 

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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