gruyeresuisse

04/02/2019

Sandy Skoglund : Brrrrrrrrrrr

Skoglund.jpgAvec Sandy Skoglund l’image crée un miroir étrange. Ce miroir est l’image de l’image. Certains jours il faudrait y renoncer parce qu'existe une terreur en son fond. Et une autre à la surface. Entre les deux : le vertige du possible auquel nul ne voudrait être tenu. Et ce par une mise en scène spectrale centrée sur la reproduction photographique de scènes de fiction modifiées par des colorisations sidérantes. Elle font partie du langage de la jeune artiste pour créer des photographies énigmatiques, comme dans "The Green House" avec les trente-trois statues grandeur nature de chiens de différentes races.

 

Skoglund 2.jpgAvec ses "Visioni Ibride" et en particulier "Winter" (2008 - 2018)" il s’agit d’une représentation de paysages artificiels faisant écho aux émotions produites par les saisons. Ils appartiennent au cycle du "Projet des Quatre Saisons", toujours en cours. Les images sont accompagnées de sculptures créées pour les installations afin de souligner encore plus une imagerie qui joue de la réalité et l'artifice.

 

Skoglund 3.jpgDans ce but Sandy Skoglund utilise divers processus analogiques : des flocons de neige sont "coupés numériquement", des images imprimées sont produites avec de l’encre durcie aux ultraviolets. Mais ce ne sont là que deux techniques parmi d'autres pour célébrer artificiellement les qualités "belles et effrayantes" (dit-elle) de la saison froide et par laquelle elle veut exprimer la peur primordiale (qu'animent parfois des chats radioactifs) et la secousse des corps livrés à l’éternel retour de ce joueur de flûte de Hamelin qui se nomme Hiver.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sandy Skoglund, "Visioni Ibride", Camera - Centre italien de la photographie, Turin du 24 janvier au 23 mars 2019.

03/02/2019

Le La du Les : Anna Bambou

Ana 2.jpg"Les" Anna Bambou se mèlent à l'image de leur modèle. Elles ont eu envie de prendre sa place. De savoir ce que cela faisait d’être une autre femme, avec cette voix monotone et ces yeux d’une incomparable tristesse. Tout pourtant semble reprendre place.  Mais un étrange ménage à trois se met toujours en place : il y a les deux femmes qui se font face - l'une écrit l'autre pas - mais aussi l'ombre de celle qu'elles cherchent. Parfois - comme ce 3 février 2019 - l'écriture se fait lasse et les images sombres ;:"Le temps passe, je broie du noir, je touche presque le fond, je me relève, encore, toujours, d’espoir, d’envie, de désir. Je me promène sur la plage, je regarde la mer, j’implore un signe, je fais une prière… je fais quelques pas, la réponse est là : une énorme libellule vole lentement devant moi". Ce qui est rare à cette saison. Ana 3.jpgMais tout arrive alors comme si la beauté de certains oiseaux n'était visible que depuis une cage. Le temps qui a passé n'est même plus une excuse et les trois femmes vivent sans qu'elles le sachent sous un même ciel ou sous un même toit. Si bien que la vérité de l'amour devient dans ce roman photographique, en ce roman de gare une collection de choses incroyables. La persévérance est pour la photographe l'échelle atteignant le ciel même si une fois touché il semble fait de poussière et d'égarements.Anna.jpg Mais c'est alors un mal nécessaire, un pont de pierre. De ceux que les amantes franchissent fortes de ce qu'elles ont dans le coeur lorsque le désir les traverse. Preuve que parfois, pour le passer, il faut fermer les yeux.

http://www.annabambou.com/

01/02/2019

Sasha C. Bokobza : le réel et ses oscillations

Bokobza 3.jpgSasha C. Bokobza provoque un éloignement du réel sans l'oblitérer. Se dissociant du leurre réaliste elle prouve que voir ce n'est plus percevoir mais d'une certaine façon un "perdre voir" (tout autant un « sur voir ») puisqu'un tel choix viole les lois de la représentation et le matérialisme pour donner au réel une chair vivante et inédite.

Bokobza 2.jpgCet art transforme chaque objet en sujet. Se crée un dialogue entre l'artiste et le monde.. Elle renoue avec les forces non seulement primaires de la force des choses mais avec celles que l’art lorsqu’il n’est pas dévoyé peut proposer et en premier lieu cette fameuse beauté convulsive que l’époque a fini par oublier.

Bokobza.jpgLa peinture a pour visée de sortir de l’enfer terrestre et de lutter contre la part du corps martyrisé par son absence de spiritualité ou par la présence de la misère. Et Sasha C. Bokobza invente une peinture aux multiples facettes qui scrutent les intérieurs des lieux entre réel et fusion .

Les œuvres deviennent des zones de fouilles capables d’atteindre le vortex de la machinerie du réel pour figurer des jaillissements. L’artiste récupère diverses traditions pour les adapter à sa propre affectivité et sa mentalisation. Tout est poussé au paroxysme mais sans la recherche de l'effet pour l'effet. La peinture devient l’acte de faire non un discours mais un corps qui bouge, sort, s’use, recommence. S’y éprouve l’action du sens et de l’émotion. S’y ressentent différents degrés d’ouvertures ou d’étranglements.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.