gruyeresuisse

15/03/2018

Les attractions presque immobiles : Lara Gasparotto

Gasparotto 3.jpgAu fond de l'ennui, l'ennui lui-même est donné comme présence absolue au moment où la photographie devient un presque rien essentiel dont - qui sait ? - nul ne se remet vraiment du moins pas en totalité. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la photographie ne renvoie pas à la réalité. Entre pluie d’hiver, pluie d’été demeurent des cheminements sans but ou une incertitude de chemins fait de « restes » imprévus en diverses errances.

Gasparotto 2.jpgL’image n’est plus simulacre, relique ou écran mais objet de connaissance d’une proximité ignorée et qui se délite. Et soudain la photographie ne se quitte pas : elle enchante paradoxalement même si elle ne sauve rien. Son labyrinthe se parcourt en toute sa surface et ses moindres recoins pour essayer non de s’en sortir mais d'estimer de quoi nous sommes « faits ».

Gasparotto.jpgL’ennui est toujours là. Mais parfois l’extase n’est pas très loin. Puisque de chaque prise quelqu’un en sort sans dire qui comment. Chaque prise sort de la sphère du document afin d’entrer dans la poésie pure. L’humain demeure central même lorsqu’il n’est pas « dans » l’image de celle qui capte le réel afin de lui donner sinon un sens ou du moins sa consistance défaite mais toujours à reprendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/03/2018

Les jeux de l’amour et du hasard de Kelly Beeman

Kelly Bidman bon.jpgKelly Beeman, « Window shopping », Editions Patrick Frey, Zurich, 2018, 72 p, 52 E.,

« Window Shopping » est le premier ouvrage consacré au travail de l'illustratrice de mode et artiste Kelly Beeman. Vivant et travaillant à New York et Los Angeles, elle puise son inspiration dans les lookbooks et les défilés de créateurs pour créer par ses peintures un univers fantasmé, subtil, légèrement ironique et sulfureux qui font d’elle plus qu’une illustratrice de mode.

Kelly Bidman 2.jpgL’artiste sait articuler le langage pictural du jeu et de l’amour. Il se trame dans des tissus précaires et le corps vibre de manière lascive mais distanciée. Il faut alors aller chercher chaque fois un peu plus loin les émotions cachées pour faire la part du faux et du vrai là où parfois un voile se soulève dans des gestes les plus simples.

Kelly Bidman.jpgMais les « modèles » ne sont jamais chez l’Américaine d’une argile facile qui se laisse pétrir. Elles semblent vivre souvent dans un désert - certes chic - mais d’ennui. Elégantes presque parfaites, cela n’empêche en rien qu’elles semblent aussi endurcies qu’indifférentes. Leurs gestes, leurs regards et même leur corps s'effacent et d'une certaine manière rien ne bouge : elles semblent à la fois en un lieu et hors du temps. Aussi lointaines que proches là où la proximité n’est plus agissante.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/03/2018

Fanny Gagliardini : Nue(és)

Gagliardini 3.jpg« Eros, Le nu dans tous ses états », Galerie ArtDynasty, Genève, à partir du 15 mars 2018.

Fleur de sein, colline de chair laiteuse deviennent des dons opiniâtres qui se donnent là où Fanny Gagliardini gomme en partie leurs contours. Le minimalisme crée un tout est possible et un rien n’a lieu : dès lors prendre corps n’est pas forcément le saisir mais se mettre en état de questionnement à son égard en des états potentiels et une curiosité des possibles.

Gagliardini 2.jpgPrendre corps c’est aussi faire que rien n’emprisonne le temps entre surgissement et effacement. Mariant douceur et énergie la Genevoise invente en conséquence un modèle de volupté paradoxale. La créatrice les pousse - par concentration et exercice mental et spatial - plus loin au cœur d’une émotion paradoxale en un rituel quasi religieux à certains égards.

Gagliardini 4.jpgExiste dans l’œuvre la lumière des cœurs autant que des corps ; celle du regard aussi. Les profondeurs du réel se désignent autant par ce que l’artiste vide que ce qu’elle projette. Demeurent val, brume, dentelle, morceaux d’inoubliables absences et une sorte d’apesanteur ou l’intime devient transparence.

Jean-Paul Gavard-Perret