gruyeresuisse

07/03/2016

Les inconnues dans la maison - Vivienne B.



AAvivienne B.jpgVivienne B., " Le Chant des Oiseaux est Libre ", 2016.

 

Les photographies de Vivienne B créent une atmosphère féerique. Elles offrent un regard différent sur la femme en des scénographies subtiles où l’érotisme esquissé tranche avec celui concocté par les photographes hommes. Ses modèles, devant son appareil, osent s’abandonner car elles ne sont plus réduites au rang d’objets. Existent une humilité et une simplicité dans la sophistication. Un désir d’approcher par delà la peau au plus près du corps mais sans forcément le mettre à nu.

 

AAvivienneB 2.jpgLes mises en scène ne sont plus des artifices mais des artefacts. La transgression passe toujours par cette théâtralité de la théâtralité de l’arabesque. Les femmes y sont rêveuses, espiègles, sexy, intelligentes. Jamais vulgaires, les photos accordent aux modèles une liberté : elles ne sont plus des oiseaux en cage, elles semblent prendre du plaisir à afficher à leur fenêtre leur côté provoquant et mystérieux sans se prendre forcément au sérieux.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:39 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

05/03/2016

Les cosmos de Claire Guanella

 

Guanella.jpgClaire Guanella, « Montagnes de vagues, vagues de montagnes », Galerie Marianne Brand, Genève et Epep, Carouge, 27 février - 19 mars 2016.

 

Claire Guanella propose une vision particulière : elle quitte de l'ordre du simple point de vue pour glisser vers une mise en rêve du paysage et du rébus qui l'habite. L'œil se cherche en lui comme on disait autrefois que l'âme se cherche dans les miroirs. Il y a là concentration mais aussi ouverture du champ. La peinture dans sa richesse et finesse plastique fait fonction de labyrinthe oculaire. Elle est fenêtre à la fois du dehors et du dedans. Au brillant factice de l'illusion fait place la rêverie « intelligente ».

 

Guanella 4.jpgClaire Guanella transforme chaque œuvre un cosmos constitué de formes et de couleurs. Elle prouve ce qu’Oscar Wilde écrivait « l’art invente la nature » dans un parcours initiatique entre les vagues des montagnes. Il provoque un ravissement au sein d’une confusion organisée : fluidité et pétrification s’y confondent et se co-fondent. La peinture crée le lieu où le visible transfiguré se trouve livré au vertige en une forme de contrat virtuel là où Claire Guanella cultive le paradoxe. Franchir le seuil de chacune de ses « images » ne revient pas à trouver ce qu'on attend car un tel travail ne risque pas de rameuter du pareil, du même. Le regard devient comme l’espace : agent d’unité. Une unité dont la perception libère mais n’est jamais acquise 

Jean-Paul Gavard-Perret

24/02/2016

Un printemps suisse pour Marnie

 

Marnie 3.jpgMarnie Weber, « Once Upon a Time in Forevermore », Mamco, Genève, Printemps 2016.

 

La plasticienne américaine Marnie Weber est issue de la scène musicale underground californienne entre autre avec le groupe punk rock « The Party Boys » puis "The Spirit Girls », collectif féminin et féministe. Pluridisciplinaire l'artiste crée photomontages et sculptures à l'univers onirique décalé empli de contes de fées pervertis et pervers. Marnie Weber puise son inspiration  dans la contre-culture, le néo-gothisme, le  surréalisme comme dans le western, le spiritualisme. Tout ce monde doit beaucoup au cinéma Bis hollywoodien et à la culture populaire made in USA. L'excès de zèle gothique noir doit être compris comme une plongée aussi ironique qu’éperdue dans la métaphore angoissante mais aussi cathartique de notre monde.

Marnie 2.pngEn surgissent un bestiaire fantastique et une peuplade de créatures féminines au visage masqué et à la dégaine farfelue. L’exposition du Mamco met particulièrement l'accent sur les collages, sculptures, costumes, vidéos de l’artiste. Le malaise y est une constante au sein des jeux d’oppositions entre l’enfance et l’âge adulte, le féminin et le masculin, l’humain et la bête, la vie et la mort. La porosité des pratiques est au service d’un monde parallèle  dont les lois sont dictées par les délires de l’inconscient. Marnie.jpgLe décor réalisé pour Genève (inspiré de « Sing Me a Western Song » (2007) est celui d’un western dont les édifices sont réduits à des façades de fête foraine. Aux cow-boys sont substitués des clowns, des animaux, des poupées ventriloques et des épouvantails dignes d’une soirée d’Halloween et d’un univers de « freaks ». Le mystère naît d’un « Bricol-bat » hors de ses gonds : s’y promener est vivifiant.

Jean-Paul Gavard-Perret