gruyeresuisse

13/03/2016

Les fugues d’Amanda Charchian

AACC.jpgLes égéries d’Amanda Charchian s’intègrent aux paysages sans pour autant s’y fondre. Elles en défont les contours codés et remettent en jeu la vie. Chaque photographie emporte la nuée des figures en un labyrinthe optique afin que le mimétisme soit mis en abîme. La femme est autant odalisque hiératique que temple d’un monde idéal sophistiqué et minéral. Non sans humour l’artiste fait tomber au fur et à mesure bien des illusions affectives. A cela une raison majeure : le goût des mises en scènes et des fantasmagories.

AACC2.jpgAmanda Charchian remplace les artifices rhétoriques afin d’en créer d'autres - décalés et opposés aux rituels constitutifs du culte de la femme conjugué par les mâles. Elle offre à l’image féminine un passage étranger en ce qui tient de la fugue : le corps reste autant lié à son départ qu’à son arrivée. Au regardeur de se frayer un chemin là où les images relient, divisent des scènes parfois étranges où le tellurique remplace l’évanescence. C’est la marque jusque là manquante du mystère.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

12/03/2016

Maya Zeller : passacailles



AAZeller.pngMaya Zeller, « Station Show », Lausanne, 29 février - 17 avril 2016.

Le travail de Maya Zeller donne le beau rôle à l’intelligence comme à l’émotion. L’artiste invente une légèreté qui détache les apparences. Existe un retour à une forme de simplicité où en filigrane se retrouve un sensibilité en fragrances. Tout est subtil dans les jeux que l’artiste propose au sein de ses projets "poétiques". La créatrice repose la question récurrente : l’idée que l’on se fait du monde est-elle la bonne ? Maya Zeller y répond sobrement mais de manière complexe en mêlant figuration et une forme d’ « abstraction » ou de stylisation.

AAZeller 2.pngL’art n’est plus un objet : c’est la vie. Il la pénètre mais avec douceur et couleurs. Le paysage semble se modifier de l’intérieur, comme si l’artiste le piratait dans un geste salvateur pour qu’on sache le voir. Elle rend à l’art ce qui lui appartient : de la légèreté apparente. Mais s’y grattent les couches de faux-semblants. Sous couverture d’imbroglio le travail de la créatrice de Vevey est un symbole de la simplicité retrouvée afin de réinventer la réalité à la façon d’un magicienne. Elle dévoile ses secrets.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11/03/2016

Elisabeth Llach et les "stéréo-types"

AALLA 3.jpgElisabeth Llach, « Totchic », Centre d'art contemporain, Yverdon, du 29 mars au 29 mai 2016.

 

AALLAch.jpg« Totchic » (« Chic à en mourir ! ») montre combien Elisabeth Llach pratique une théâtralité impertinente de la féminité par le dessin, la performance, la peinture et l’installation. A partir de magazines féminins ou de l’histoire de l’art elle trouve matières et formes adéquates afin de subvertir l’attention classique. Le simple glissement d’un média à un autre crée un imaginaire énigmatique, inquiétant ou drôle. Entre verve et obsessions se produit la révélation parfaitement intériorisée d’une féminité qui trouble moins la vertu que les principes de macération pervertie. Eve dans cette paradoxale Genèse se substitue insidieusement à Dieu. Il ne s’agit pas forcément de faire l’apologie des plaisirs charnels ni de valoriser des capacités mystiques mais de changer les donnes.

AALLA 2.jpgComme l’année dernière avec son exposition « A-t-elle le droit de montrer ses extrémités ? », l’artiste fait de son travail une « police » ou une politique de caractère bien trempé. Aux femmes auxquelles on demande quasiment de s’excuser d’être - sinon de tenir leur rôle d’objet - l’artiste défend une forme de féminisme actif, provocateur et drôle. La contrebandière des images joue des stéréotypes de manière orgiaque mais distanciée et fait feu du sarcasme. L’art est donc venimeux. Les œuvres sont des délices empoisonnés. A la « souffrance » des femmes fait place par la bande la « contemplation » ambiguë de ceux qui les vénèrent pour les réduire à des ustensiles sexuels.


Jean-Paul Gavard-Perret