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06/02/2015

L’Enfer au Paradis - Laure Gonthier

 

 
Gonthier.jpgLaure Gonthier, « La tendresse des pierres », Milkshake Agency,  Genève,  du 5 février au 22 mars, 2015.

 

Sans trahir Dante - bien au contraire - Laure Gonthier propose des sculptures aussi nocturnes que lumineuses. Elles prolongent les apparences en les métamorphosant selon divers assemblages. Percent des échos noirs et sombres qui semblent sortir des cercles de l’Enfer pour les monter en suites au paradis grâce à leur puissance de dilatation. Le corps lui-même sort de ses soies et de ses larves. De tels cadavres exquis, surgit le signe d’une ivresse sans dieu en cet étrange Eden.  Un soleil paradoxal creuse parfois les ventres, gonfle des poitrines. Des bruits semblent claquer dans un flot qui brise la mort et la punition par ruissellements de lumières noires. Existent ça et là des carpes étranges qui se lovent comme des serpents. Avec délicatesse et tendresse la Lausannoise Laure Gonthier tire la brute hors des eaux. Elle couche le halètement sur des berges fiévreuses de brumes. Demeure l’étrange hypnose des désirs qui ne se sont pas tus : le regardeur y épouse des corps prisonniers de pierre, d’os et de chair, il se couche contre eux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/02/2015

L’œuvre sans œuvre de Florence Jung

 

 

Florence Jung, Scénographie réalisée par Lucas Uhlmann, Circuit, Lausanne, 14 février – 14 mars 2015.

 

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Née à Sarreguemines Florence Jung a découvert sa vocation artitique en Suisse : Berne, Zurich et surtout Lausanne où elle  revient en 2015 invitée par le centre d'art "Circuit". Tout commença pour elle de manière improbable. Ignorante des théories et des techniques plastiques qui auraient pu l'emmener vers un point précis c'est à la bibliothèque qu'elle a découvert l'histoire de l'art par ordre alphabétique… Pour ses examens reproduisait ce qu’elle avait vu dans les monographies. Cette manière « brute » d’aborder l’art ne fut pas sans influencer sa manière de « produire » une œuvre  tout en validant son cursus académique.  Mais elle  trouva sa voie en s’intéressant aux artistes créateurs d’expériences au sein du réel. « La forme ne m'a jamais vraiment intéressée » dit-elle et c’est dans l’esprit des  Ian Wilson, Maurizio Cattelan qu’elle s’est lancée en un actionnisme particulier.

 

 

Là encore le hasard fit bien les choses. Invitée par une amie sportive et photographe à créer un texte  ,  la performance ne put avoir lieu (le ring ne pouvant entrer dans le musée…). Florence Jung -  les invitations à la performance étaient envoyées - accepta de réaliser « pour de vrai » l'utopie d'un art accessible à tous. S’emparant du listing de la chambre d’agriculture du lieu elle invita par téléphone les fermières au vernissage. L'unique condition était de porter le parfum que l’artiste leur offrait : Eau de Campagne de Sisley. Quelques femmes répondirent présentes et contre toute attente - lorsque l’artiste précisa son projet lors de l’inauguration - les gens ont commencé à se renifler les uns les autres. « D'abord discrètement et au bout de dix minutes, c'était la chasse aux sorcières (ou aux fermières) » dit l’artiste. La performance et un art olfactif naissaient presque à son corps défendant sous ses yeux.  « J'ai réalisé qu'impliquer les humains pouvait se révéler rudement efficace ». Le pli de travail de l’artiste fut donné. Depuis son « œuvre sans œuvre » avance entre actionnisme et méthode contre une certaine idée élitiste de l'art.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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03/02/2015

Isabelle Monnier la vagabonde ailée

 

 

 

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Isabelle Monnier s’attarde dans les rues comme dans ses rêveries : des femmes y rôdent, des animaux exotiques aussi dans un réel hybride lorsqu’elle fait des retours au pays mais sans savoir lequel au juste. Née en Afrique la Lausannoise se sent bien du bord du Léman. Et les névralgies de nostalgie ne sont pas de son fait. Mais il lui arrive d’arpenter les congères et les plaques de verglas comme les déserts. Sensible au va et vient du monde elle le reprend, y vagabonde et en fait son jardin aux mille cachettes.

 

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Dès que la pluie cesse elle sort et savoure longuement de longs moments de solitude. Sur le quai de Lausanne tout lui paraît clair et semble suivre son chemin. Et c’est d’un pas neuf qu’elle rentre dans son atelier où s’entassent photos et dessins. Dans chacun d’eux une narration lave des peines et des amertumes. La pensée s’y fait discrète, à peine palpable. Mais c’est pourquoi de telles œuvres charment. Petit à petit un univers se dévoile. L’émotion suit son cours : le présent la réclame. Le poème plastique s’écrit de presque rien. Du vide vidé de son vide. Chaque image invente un grand livre du regard. La brume sur le Léman ne limite jamais l’infini au carreau de la fenêtre chez la créatrice.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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