gruyeresuisse

24/01/2015

Céline Cadaureille et le néant

 

 

 

 

 

celine-cadaureille.jpgIl y a une béatitude immense à n’être rien. Mais ce n’est pas si simple. Si tout  commence à l’approche du néant nul ne sait ce que peut être le rien qui est forcément quelque chose  - même Raymond Devos l’avait souligné dans un de ses sketches. Et si chacun sait qu’en supprimant la négation on invalide le langage en aucun cas on l’abolit. Ainsi le rien est la négation absolue qui appelle ce qu’il nie dans le monde comme chez les êtres. Céline Cadaureille le prouve. Dans ce travail le seuil marque le passage de ce qui est nié à ce qu’il faut pour qu’il le soit. C’est là son fondement. Il affiche la belle mais précaire assurance de ce qui nous habite mais qui ne va qu’à sa fin.

 

celine-cadaureille 2.jpgEvoquer le rien qui n’est rien implique donc qu’on puisse le montrer encore. Dès lors le seuil de l’œuvre n’est pas ce que l’on croit : par lui on n’entre pas dans le néant on le devient. Dans ses amas, ses prisons, ses suicides l’œuvre de Celine Cadaureille touche à une extase inversée. L'art n’a de sens que par les « déprogrammations » offertes. Elles donnent  la valeur la plus haute à la vie comme aux images. Les deux nous font signes en nous empêchant de croire à leur éternité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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23/01/2015

Tripodes de Monique Duplain

 

 

 

 

 

Duplain.jpgAvec Monique Duplain la terre tremble comme en un vieux film italien. Tandis que dans le ventre de l’argile lors de la cuisson «  le poisson tourne » elle ajoute du cirage pour lui cirer ses pompes. Les surfaces sont donc souvent irritées dans les céramiques. See crée à la fois étrangeté et proximité. La seconde tient à l’aspect pratique des créations. La première à « l’élévation » poétique que l’artiste leur accorde. A l’aide de pigment et d’éléments composites qui imprègnent la terre l’artiste ne cesse de se surprendre elle-même. Elle tente diverses expériences dont le résultat n’est visible qu’à la fin de la cuisson et de ses aléas toujours possibles.

 

duplain 2.jpgLes pièces évoquent souvent d’étranges fusées ou vaisseaux à trois pieds. Phalliques et féminines à la fois elles permettent d’imaginer des coordonnées spatiales imprévues. Chaque objet devient sujet  d’aimantation et de propulsion. Par ses moulages et ses cuissons la créatrice fait de ses œuvres des « animaux » étranges ou des « aîtres » auprès desquels il est bon de se réfugier. Le regard semble les pénétrer et n’offre plus seulement une contemplation de « façade ». Il peut découvrir une autre façon de voir et – qui sait ? – d’échapper à des pensées culs-de sac. D’autant que les créations dégagent une puissance érotique sourde et un retour à l’antique pour des hypothèses d’avenirs. Au cœur de l’hybridation des matières, les formes rondes mais ailées plongent au sein d’une communauté étrange. Surgit néanmoins une tranquillité apaisante.  En ce sens issue de la terre et de ses minerais l’œuvre demeure toujours céleste  en pesant de son poids de chair sur les arpents de vie.

 

Galerie Filambule, Lausanne jusqu'en février 2015.

 

15:24 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

20/01/2015

Lnor : les égéries et leur dramaturge

 

 

 

Lnor.jpgLnor, « Sang froid », Les Ames d’Atala, 144 pages.

 

 

 

Portant la plus grande attention à des modèles Lnor conforte la feinte de monstration de la féminité dans une étrangeté fonder sur une certaine « trivialité » de la prise et du quotidien.  Une radicalité intestine résonne là où le noir et blanc traverse (ou non) le textile léger où sont assemblés des vestiges de l’intimité entre ombre et lumière. Les « fées » de Lnor suggèrent un secret par déboîtement de sornettes. Le voyeur achoppe en un cirque de pétales. Que de lunaisons, que de nuits à attendre la légende sur la piste des souvenirs comme des phantasmes. 

 

 

 

Lnor 2.jpgLes égéries ne seront sera pas pour autant croquées.  Elles ont pour but de créer des instantanés de vie en tentant de les faire partager à travers des signaux  souvent ironisés et jouant sur les notions d’érotisme et/ou de sainteté. Et si le voyeur ne dort jamais loin de l’intimité promise à son réveil il sera forcément « déçu ». Des gréements de fortune travestissent l’attente quant à son droit de « cuissage ». Et si Lnor laisse poindre çà et là une transparence elle ne permet plus de prendre l’entre-jambe pour une spéculation libidinale. Le creux n’implique pas le moindre incendie d’un pompier pyromane ou d’un hussard objectif.  Ce que l’artiste fait germer n’a rien à voir avec un simple exercice mécanique de la chair. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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