gruyeresuisse

22/12/2014

Kosta Kulundzic et les femmes de tête

 

 

 

 

 

Kosta-Kulundzic.jpgLes œuvres de Kosta Kulundzic sont des manières d'habiter les marges, d'inscrire les mirages, de célébrer la solitude. Marges, mirages et solitude  représentent d’ailleurs la trinité dont les incessantes variations de tonalité font tout le « charme » d’une œuvre où les  confidences autobiographiques alternent avec des analyses plus distantes sur l'amour, l’humiliation dont sont victimes depuis toujours les femmes. Il trouve à travers elles de quoi alimenter sa liberté de penser, sa passion de comprendre par les images. L’artiste n’a qu’un souci : faire tomber les masques à travers ses propres masques et mascarades.  Il atteint une force qui permet de penser l’événement de manière plus profonde qu’une lecture anecdotique ou même historique.  Chez lui la liberté rime avec passion et création, violence et légèreté. Il passe avec délectation du registre de la « pure » littéralité à celui de la fiction à travers les personnages qu’il met en scène.

 

 

 

Kosta-Kulundzic 3.jpgLes femmes y reprennent le « beau » rôle. Elles sont les agissantes dans les meurtres qu’elles fomentent ou contemplent. Kosta Kulundzic revendique une subjectivité qui peut parfois choquer. Il s’en moque : il montre combien certaines figures sont abandonnées à une solitude irréductible. Et peu d'artistes donnent une idée aussi immédiate de la liberté iconoclaste.  A travers son  travail il fait de la morale en la tournant en dérision. A ce titre il est proche des libertaires (et non des libertins) qui firent de la liberté le risque même de leur idéal. Et même s’il sait que la liberté n'est qu'un leurre, un mot propice aux bouffées d'imaginaire et aux élans trompeurs,  son travail fourmille de paradoxes stimulants mis en exergue par son goût du détail, de la couleur et de scénographies qui dépotent par leur fulguration.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/12/2014

Suzanne Kasser entre présence et absence

 

kasser.jpgSuzanne Kasser interroge les conditions d’existence de la peinture, ses chances de survie mais aussi elle la porte à son point de rupture. La Lausannoise persiste dans l’incorrection d’exprimer un regard sans chercher à le mouler dans le canon des références. Ses créations sont des gestes poétiques. Ils « tracent » son entêtement à observer l’étrange. Divers types de noir permettent de contempler l’incendie des étoiles voire des pierres de feu dans la bouche de ceux qui dorment.

Un tel travail joue entre une masse confuse et les signes qui s’en dégagent. Il consiste aussi à rendre une absence présente. Le deuil est moins ce qui s’efface que ce qui s’inscrit. D’où ce jeu entre proximité et éloignement. La recherche exerce sur l’esprit et sur la perception une fascination. Emerge une lumière noire et tramée sur laquelle on ne peut mettre de nom. L’étrange magma ne crée pas du chaos mais un ordre. Et ce même si devant chaque toile ou dessin le regardeur repart à la dérive, chaque empreinte désigne l’être sans le nommer en des transpositions « graphiques ». Elles deviennent des surface qui se refusent à la platitude. A l’immobilité fait place le défilé d’impressions fugitives que nous ratons si nous passons trop vite. L’envoûtement est là : il porte à proximité de la disparition mais aussi dans l’imminence d’un retour.

Jean-Paul Gavard-Perret

07:23 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

18/12/2014

Emma Barthère l’excès l’usine

 

 

 

Emma-Barthere.jpgHéritière implicite de  l’œuvre de Joël Peter Witkin, Emma Barthère transgresse bien les codes. Immobiles dans le tintamarre de l’univers industriel ses femmes nues dissolvent les apparences sans pour autant faire le lit du voyeur.  Elles sont les odalisques de la féminité assumée parfois dans d’ultimes réverbérations crépusculaires et en un équilibre précaire mais jusqu’au triomphe d’un féminin cosmique. Le corps nu jette une froideur  indifférente ou provocatrice sur le voyeur qui le fixe. Supposée « proie » ce corps transperce le chasseur là où l’espace et le temps perdent leurs repères classiques par les décors industriels en ruine.

 

 

 

Emma-Barthere 2.jpgIl n’y a ni geste, ni bien sûr de mots. Seul un regard mutique  déchire le nœud des fantasmes et porte le nu en un propos coruscant. Entre le modèle et l’objectif surgissent un face à face, un  corps à corps de deux vertiges qui ne peuvent que décevoir les langoureux rêveurs. Restent en ellipse ou énoncé -  des moments de grâce. L’attendu est décalé loin des folies érotiques à la triste opulence.  Reste un envoutement glacé. La femme devient le point d’impact d’un sublime isolement dans le royaume écorché de machines devenues célibataires.  Elle est aussi  fragile que forteresse. Sirène d’elle-même elle ose ce que les mâles ne font pas : avancer à découvert. Face à l’obscur et le gravat elle est l’aurore qui invente les couleurs.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Emma Barthere,  "Pieds Nus", portfolio, collection Espaces, éditions Chez Higgins.

 

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