gruyeresuisse

21/10/2017

Gérard Berréby : l'inconsolé(e)

Berreby bon.jpgGérard Berréby , « Comme une Neptune » avec 6 photographies extraites de la série Nomad Shrine, 1996-2015 » de Marisa Cornejo, art&fiction editions, Lausanne,, 2017, parution début décembre.

 

 

 


Berreby bon 2.jpgGérard Berréby par un  subtil jeu de renvoi entre Méduse du moins ce qu’il en reste « Dans un habit aux multiples /couches », et celle dont il dresse un hommage particulier,  perd le lecteur en un sortilège surréaliste. Les œuvre de Marisa Cornejo le ramènent (partiellement) à la raison à l'aide d’extension de cheveux, trophée, T-shirt, etc. Demeure l’éloge de la princesse Marisa via un double du l’auteur : une autre femme plus ou moins inconsolée plaquée « à une falaise collante » de la maison vide de l’être. Econduite, dans son chant d’amour elle ose un « Je rêve que nous étions égaux ». Mais sans dire vraiment avec qui, ni pourquoi.

BERREBY Bon 3.jpgDans le tempo d’habile déca-danse le poème brasse plus large qu’il n’y paraît. L’aimante « Les seins en patience : Dans la salle d’attente » prend la parole, fait le bilan sachant que son véritable amour était fait pour quelqu’un d’autre. Mais à l’âge qu’elle atteint, désormais la messe semble dite : « Je crois que je ne cuisinerai plus/ Je voulais être utile /Je suis/Tu vis depuis quatre cents ans / Des personnages inachevés ». Elle s’en dit surprise. Mais le doute est permis. Car la femme, lucide, reste Méduse plus que Mélusine. Fidèle à l’esprit situationniste de Berréby, elle usine à plein temps dans l’intarissable équarrissage pour tous - et même pour les artistes. Pour eux aussi à l’impossible nul n’est tenu. Reste un amour quasi "lesbien". Dans les épluchures de l’art et du monde, « Scorpion dans la lumière / Je rêve de gravure dans un /hôtel /Les rêves de Marisa ». Là le dernier et frêle esquif en hommage à l’aimée.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/10/2017

Flux et ressacs d’Ariane Courvoisier

Courvoisier.jpgAriane Courvoisier, « Carnets », Coffret de 10 carnets, coll « Varia », art&fiction éditions, Lausanne, 2017, CHF 60 / € - Parution le 25 novembre 2017

 

Courvoisier 2.jpgCe coffret dans sa simplicité d’apparence saisit de vertige. Il est constitué de sept carnets de dessin en fac-similé d'Ariane Courvoisier et complété de trois autres. La premier contient un essai de Bruno Rudolf von Rohr sur la posture éthique d’une l'artiste dont le but est autant de créer que de transmettre. Il est complété de citations d'artistes et de critiques qu’elle a retenu de ses lectures. Le deuxième présente quatre témoignages: sur la question de la transmission de la dimension filiale. Le troisième est vierge. Comme une invitation au partage. L’ensemble devient livre-objet de Diego Bontognali réalisé par son atelier de graphisme «Bonbon».

Ce parcours « livresque » reste une fête étrange, un plaisir visuel particulier aussi brut que précieux. Chaque œuvre au lieu de s’emmurer d’avoir été « rapporté » s’ouvre à la dissémination spatiale à mi-chemin entre la méditation et la fascination. Des mouvements donnent sens et accordent implicitement à regardeur le sentiment (plus que la sensation) d’être présent au monde.

Courvoisier 3.pngLe pouvoir des rythmes qu’Ariane Courvoisier impose, crée un vertige. Comme elle l’écrit: « L’œil suit ce qui est tracé, se frotte à la matière, s’effraie de la noirceur du brou, fraternise avec le vert de Piero, sent le souffle froid des blancs du nord, jouit de la force du bleu, se heurte aux pleins, plonge dans les vides, et ralentit, - se fait regard ». Ariane Courvoisier renonce aux systèmes, aux grilles, aux codes qui subordonnent l’art. Tout est fait pour l’échange là où la peinture devient un journal intime, un carnet de bord. Y sont « consignées » des impulsions construites, déconstruites dans une forêt de lignes et de pans. L’art retrouve quelque chose de primitif et d’ailé.

Courvoisier 4.pngPar ce qu’elle nomme son « emportement » l’artiste cherche une vérité à transmettre et infuser par le tracé de gestes rapides, simples, radicaux, vifs. Se constituent des states et des vibrations en rapports colorés, afin qu’entre chaos et sérénité jaillissent un espace neuf et « sacré ». Chaque image devient le « vitrail d’une chapelle imaginaire. ». Elle est un pur objet de sensation mais aussi de méditation sur l’indicible qui habituellement échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/10/2017

Les lucioles d'Ursula Biemann

Biemann bon.jpgFace à l’approche apparemment descriptive des vidéos et photographies de la zurichoise Ursula Biemann, nul ne peut dire qui du temps ou du paysage se métamorphose. Les prises donnent chair aux lieux en un énoncé mental et sensoriel. Soudain nous appartenons, par la persistance de telles lucioles, à la même terre que l’auteur.

Biemann bon 3.jpgL'artiste nous rappelle ce que le monde risque de devenir à force d’ "oublis" ou d’erreurs. Il reste bien sûr les « merveilleux nuages » chers à Baudelaire. Tous ne sont pas noirs : mais cela suffit-il à faire un monde ? L’artiste, lutte, expérimente afin que cette couleur n’ait pas le dernier mot. Elle rameute des images premières afin que le paysage ne s'estime pas qu'à l'aune du néant.

 

 

 

 

Biemann Bon 2.jpgMultipliant des prises Ursula Biemann croit en une autre histoire. Elle crée des images « avènementielles » empreintes de sobriété radicale, incisives et poétique. La photographie et la vidéo permettent de rappeler les offenses faites à la nature afin d'espérer un temps à l’état pur. Formes et couleurs lévitent dans le paysage. Il prend à témoin le regardeur afin qu’une lumière de limbe ou de nuée coule sur lui pour une extase nue. Il faut lutter afin qu'elle persiste afin de trouver l'or dans la nuit : il demeure ce qui reste du soleil de vie

Jean-Paul Gavard-Perret