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20/01/2015

L’art tactile de Katia Schenker

 

 

 

katja schenker 2.jpgKatia Schenker, Zementgarten, Espace d'art contemporain (les halles) Porrentruy, du 16 février au 3 avril 2015. en bas , mars 2015, chez Marie Christine Gailloud-Matthieu, rue du Valentin 61, 1004 Lausanne

 

Dans ses performances, Katja Schenker emploie fréquemment des matériaux floconneux et doux. Ils peuvent suggérer le féminin de l’être même si son actionnisme créateur garde une puissance « masculine ». Dans ses performances, le rythme de l'action reste néanmoins liturgique, lent, soutenu et les travaux sont méticuleux. L’artiste trie, déchire, tisse, enroule des textiles ou des éléments colorés. Ils rappellent  les d'archétypes féminins mais sous divers types de tensions. Epousant les contraintes des lieux choisis la créatrice devient une médium qui déconstruit, reconstruit, incorpore. Le travail est à la fois conçu comme  instinctif mais aussi murement réfléchi. Ce qui pourrait être compris comme primitif ou  « archaïque »  reste très élaboré ; « anticipé ».

 

Katja Schenker.jpgKatia Schenker a par ailleurs compris combien est capitale la kinesthésie dans la construction des sensorialités des matières qu’elle choisit.  « L’inconsistance » dans son flux incessant établit un contact immédiat avec les formes majeures et leurs floculations. Et à une époque où les distances symboliques se sont raccourcies et  où il arrive dans le même temps, grâce au courrier électronique,  de se retrouver en relation virtuelle avec plusieurs continents en quelques manipulations de « souris », les retrouvailles concrètes que propose l’artiste prenne toute leur force et leur sens. L’œuvre acquiert une plus-value en s’adressant aux sens qui s’en trouvent interpelés, redéfinis et renforcés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/01/2015

L'élégance de la lumière - Anne Blanchet

 

blanchet.jpgLe travail d’Anne Blanchet est  inspiré par l'art minimal et conceptuel des années 1960. Elle l’a découvert aux Etats-Unis et la Genevoise s’est très vite située dans la suite de Donald Judd  et Carl André dont elle partage les réflexions sur l'espace, le choix de matériaux industriels et  la création plastique orientée sur la structure et non sur le geste. Proche aussi des recherches  sur la théâtralité, la blancheur (ou plutôt le "blank" de l'anglais)  et sur la disparition d’un Beckett elle propose sa propre déclinaison par l'utilisation des technologies de pointe et le mouvement. 

Blanchet 2.jpgLa neutralité supposée  lutte contre bien des doxas. L’image ni ne "s'envisage" ni  se "dévisage" : tout se passe en une froideur qui provoque paradoxalement une présence fascinante. Chaque œuvre devient une évocation "orpheline" du monde, proche du silence mais où le vide n’est pas forcément mortifère. Peu encline à l’effusion l’œuvre propose des gouffres mais affiche tout autant des féeries au sein du quotidien banal. S’élevant contre tout ce qui dans l'art  préside au désastre croissant de l'imaginaire la créatrice provoque des érections de lumière en passant de l'endroit où  tout se laisse voir (comme sur un écran)  vers un espace où tout se perd pour approcher une renaissance du réel incisée de nouvelles présences.  Une cristallisation,  une scintillation giclent par la force de la blancheur.  Il faut savoir contempler de telles œuvres comme un appel intense à une traversée du  temps et du  réel.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/01/2015

Dais clairs de Zoé

 

 

Zoé 3.jpgQuatrième intervention dans les vitrines des Mouettes. « Des femmes en forme », Zoé de Soumagnat et Esther Girard, Visible depuis l’extérieur jusqu’au 1er mars 2015, Collectif RATS
1800 – Vevey

 

 

 

 

 

Zoé de Soumagnat.jpgZoé de Soumagnat accompagne de bleu le bleu, le blanc de blanc en constituant  des mythes sans référence et des mimétismes qui ne renvoient à rien. L’acte n’est pourtant pas gratuit mais échappe à bien des déterminismes. Chaque image devient métaphore des métaphores. Dans son caractère « mineur »  elle crée ce que le directeur du Mamco Christian Bernard nomme lorsqu’il se mue en poète « de regains instants frisants sans autre suite ».  L’image garde la lourdeur infinitésimale d’un battement de jambe dans l’eau, le coup mat d’un oreiller sur la tête. La lumière à peine accompagnée de ciel fait que l’anxiété paradoxalement s’éloigne. La couleur de la transparence devient un alphabet iconographique présent pour brûler les paroles.  Preuve qu’un certain plaisir n’appartient qu’à ce qui échappe et dont Zoé de Soumagnat offre la libération loin de toute torpeur ou de gangue en ses fouilles et  frondaisons aquatiques ou non.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:02 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)