gruyeresuisse

10/03/2015

La production de la perte – Emilie Ding

 

 

Ding.jpgEmilie Ding, Until the evening of the echo, Mamco, Genève, 18 février – 10 mai 2015.

 

Emilie Ding s'approprie matériaux, images et procédures de fabrication préexistantes en des compositions et un travail à la fois analytique et critique entre le dessin et la sculpture avec un goût prononcé  pour les structures massives issues du BTP (trames, contreventements et contreforts, métal, béton) et les principes de systématisation. Dans  un langage plastique minimaliste et d’une certaine monumentalité l’artiste diffuse une vision déstabilisante selon un processus de  « disapparition » tant l’univers tel qu'il nous est donné à voir  se met à  "inconsister". Ce travail reste de l’ordre d’un maniement calculé. Il fait surgir des images ordonnanncées mais dans lesquelles l’entrée en jeu d’un signifiant-maître est rejetée. L’œuvre cadre la béance par divers type de fausses pistes et de "biffures". Par ailleurs au Mamco (comme dans tous les lieux d'exposition choisis par la créatrice) les œuvres prennent la mesure du lieu où elles s’imposent.

 

Ding 2.jpgPerdure dans ce travail une « combustion » de la modernité et sa purification. Influencée directement ou indirectement par les figures titulaires reconsidérées en tant que « collègues » ( Rauschenberg,  Smithson, Psychic TV mais aussi Franz Schubert et les cubo-futuristes) la Fribourgeoise amalgame différents temps, courants, époques. La radicalité est impertinente, somptueusement froide en des raccourcis saisissants de l'évolution et de la permanence des formes et des structures.  L'artiste illustre la possible subversion à l'intérieur d'un système aussi bien huilé soit-il.  De telles œuvres, pour paraphraser Mallarmé, deviennent des "images ôtées à la langue". Elles se veulent moins des sublimations que des réflexions. Là où les images semblent se totaliser, se coller imaginairement entre elles Emilie Ding introduit un leurre essentiel. Il crée la marque d’un manque, du manque générique de la jouissance. On peut donc parler à propos de ce travail d'un "imaginaire de lumière" capable de créer les nouvelles conjonctions que le spectateur, (névrosé d'un nouveau genre ?)  peut reconstruire à son profit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

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03/03/2015

Eliane Gervasoni : toute nuit est lumière – Aperti 2015

 

 

Gervasoni 2.jpgEliane Gervasoni,  9e édition d'Aperti, Lausanne samedi 21 et dimanche 22 mars 2015.



 

Gervasoni portrait.pngDifférents changements sont perceptibles dans l’œuvre d’Eliane Gervasoni. « Travaillant avec des objets industriels liés à la construction, pièces métalliques, plaques d’aluminium ou autres objets sortis de leur contexte et fonction, je me suis éloignée progressivement des techniques de gravure traditionnelles à travers un processus expérimental » précise la créatrice. Elle s’inspire plus particulièrement dans ses approches les plus récentes des travaux littéraires de John Cage dans « Silence, lectures and writing ». Ses estampes et impressions sont le résultat d’éléments préalablement encrés composés  directement sur le plateau de sa presse. Ils sont  déclinés en séries qui représentent des sortes de « durations » d’un infini géométrique modulé selon les tensions des couleurs.

 

Gervasoni.jpgEliane Gervasoni  porte la création de l’estampe en des territoires de concentration plastique et de force rarement atteintes. La spatialisation rythmique dégagée de tout aspect superfétatoire et anecdotique crée une magie particulière à l’impeccabilité impressionnante. Deux lunes noires semblent « briller » en sa forme « naïve » prises dans les filets de l’illusion d’optique et les références qui la nourrissent forcément. L’émotion est distanciée des effets les plus grossiers grâce à une technique épurée et plus que parfaite.  Surgit une aube primitive à la racine d’images qui parlent en face à face de toute leur présence silencieuse capable d’agripper l’inconscient. D’où la nature princière de travaux moins austères qu’ils le paraissent. Surgissent la clarté d’un monde tu, la confondante voix des ombres et la transmutation de vie en vie là où toute nuit est lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

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Judith Deschamps ou le jeu du virtuel & du réel

 

 

 

 Deschamps 2.jpg« To-day was Judith Deschamps », du 8 mars au 4 avril 2015, Collectif Rats, Mouettes, Place de l’Ancien-Port 1, Vevey, Suisse.

 

 

 

De la photographie et la performance à la réalisation de films, Judith Deschamps démonte les codes de la culture et des images jusqu’à ce que le regardeur doute non seulement de ce qu’il voit mais de lui-même. Vivant autant à  Strasbourg qu’à Paris, à Santa Monica qu’à New-York, l’artiste mélange le virtuel et le réel. Si bien qu’il est difficile dans ses œuvres de savoir qui est qui, qui est quoi. Le réel et l’identité sont donc interrogés à travers divers médiums et médias où l’artiste met en scène son existence dans la suite de Warhol ou Sophie Calle mais selon ses propres principes.  Images et discours se font et se défont au profit de narrations intempestives drôles et graves.  

 

 

 

Deschamps.jpgLa critique proposée est moins sur l’art que les médias. Un univers hybride apparaît presque insidieusement. Tout semble rester à l'état de chimère mais c’est un moyen de recréer le monde et lui faire du bien.  Il ne cesse  d'entrer dans le regard afin de biffer le béant, le béat, le néant.   De pures fantasmagories, surgissent un miroir et notre psyché.  Toute l’œuvre reste une sorte de dérive. On se laisse aller à l’ivresse de sa pente et à son émoi particulier au moyen de « masques » qui conduisent derrière le réel. Judith Deschamps y rassemble des éléments hétérogènes.  Il est soudain légitime d’espérer voir  "comme dans un rêve" là où l'artiste entrouvre l’eau du monde pour ramener ce qui est enfermé dans ses profondeurs. L'œuvre est donc bien un miroir. Toutefois il ne renvoie pas notre visage mais le fond de notre inconscient.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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