gruyeresuisse

29/06/2018

Blaise Reutersward le romantique

Reut 3.pngLoin de toute expulsion d’agressivité ou de libido, Blaise Reutersward propose des images en des espaces scéniques particuliers qui racontent des histoires énigmatiques. La femme y règne en maîtresse absolue face à divers types d’architectures. Le photographe invente un formalisme particulier héritée d’Allemagne et de Russie où jaillit un romantisme surréaliste.

BlaiseReutersward bon.jpgUn silence règne là où la femme se libère de ses entraves sans pour autant faire la part belle au voyeur. Il a le souffle coupé par de telles présences. Elles n’appartiennent pas à son monde : il ne peut que les rêver mais en toute lucidité sur le peu qu’il représente à leurs yeux. Une errance se poursuit inexorable : jamais il n'en connaîtra le point d'arrivée, l'échéance finale.

 

 

 

Reut.pngRéduisant l'impression de réalité, rejetant implicitement la notion de représentation, le photographe parvient à ce fameux "Troisième sens" que Barthes assigne au visuel et qui selon lui n'a encore jamais vraiment émergé, si ce n'est dans quelques plans d'Eisenstein. C’est ce « jamais » que Blaise Reutersward tente d’atteindre par son photogénie ou sa photogenèse au moment où le théâtre du monde désigne un autre lieu contraint d'émerger hors du signifié et du réel en rappelant que l’image commence là où cesse le langage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Natalia Goldin Lundh, “Blaise Reutersward”, Hatje Cantz, Berlin, 2018, 30 E.

28/06/2018

Viviane Sassen : phasmes et fastes

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Viviane Sassen ouvre la photographie par ses montages, démontages et parfois collages. Au réalisme fait place un surréalisme « paysager ». Un genou de femme devient totem chez celle qui traverse le monde non en reporter mais pour donner accès à une autre vision ou apparition.

 

 

 

Sassen 3.pngUne telle ouverture reste par essence paradoxale puisqu'au moment où la photographie découvre elle induit (et enduit) "une dissimulation". Mais c'est à travers elle que l’artiste hollandaise donne accès - par exemple avec l’ensemble « Hot Mirror » - à l'envers du monde, à ce qui en lui est la région de la dissemblance.

 

 

Sassen 2.jpgNéanmoins, en leurs écarts, de telles images nous regardent et touchent sans que nous en saisissions les tenants et les aboutissants. Cela tient du rêve plus que du cauchemar même si certains linceuls inquiètent. S’y tisse en secret l'ombre de l'ombre. Fidèle à de telles images nous pouvons parfois nous estimer coupables de fautes énormes que nous n'avons pas commises. Sans doute parce que la photographie - dans ses fragmentations et ses déplacements - nous laisse orphelin autrement an cachant des destins qui restent des énigmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/06/2018

Foutsing

Fouts.jpgNancy Fouts - Américaine d’origine britannique - reste dans le registre parfait des irréguliers belges de l’art type Jan Fabre. Elle ne cesse de proposer des photographies et des sculptures humoristiques voire désopilantes. Elle combine à la fois des situations et des matières disparates plus pour le plaisir d’amuser que d’offrir un contenu strictement politique ou anti-clérical.

 

 

 

Foots 3.jpgL’interprétation du monde passe par la fabulation comique de diverses imageries culturelles ou religieuses. Et au moment où la fake news devient vérité pourquoi ne pas croire aux plaisanteries de l’iconoclaste ?

Face à divers processus d’embrigadement et de manipulation de masse en milieu démocratique, Nancy Fouts sait combien une image vaut mille mots. Et elle ne s’en prive pas en ses processus de déprogrammation. Des images officielles il ne reste que leurs détournements. La médiasphère retient son souffle.

Jean-Paul Gavard-Perret