gruyeresuisse

11/02/2019

Sophie Proença : d'entre les lignes

Proença bon.jpgComment savoir ce que c'est ? Et que c'est là ? Ne reste que le silence. Mais Sophie Prença y met du corps dans l'abandon programmé, l'absence feinte de toute maîtrise car tout de fait est créé pour creuser un abîme par effet de miroir. Il s'agit d'entrer dans la nuit de l'être. Cela ressemble à un sémaphore en un cycle de lune.

Proença bonbon.jpgLes formes utérines et phalliques changent de genre. Le dessin reste cette technique sans technique puisqu'elle est première, celle qui "s'apprend" de facto avant l'écriture. Sophie Proença la reprend pour embuer les figures du dehors. Elle en consume le vernis jusqu’à la transparence noire par des effets de dedans. En noire sœur l'encre traverse l'absence pour nous retrouver, et pour nous faire renaître comme si nous étions morts avant.

 

 

Proenca.jpgL'artiste découpe une nouvelle altérité. Les enchevêtrements programmés ne sont plus le brouillon de tout ce qui reste à « écrire » mais son bouillon. "L'âme à tiers" (Lacan) y prend corps - délicatement obscène en cette révélation. Le plaisir et l’angoisse (qui lui est liée) émergent inconsciemment, trouvent des repères. L’encre devient par excellence la taiseuse montreuse, l’intruse qui sait que les mots ne résolvent rien. Sophie Proença propose leur envers et en scanne la pénombre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Voir le blog de l'artiste.

 

10/02/2019

Francesca Pompei : théâtre de l'oubli

Pompei 1.jpgLa photographe Francesca Pompei possède un nom idéal pour habiter le lieu qu'elle investit (de quoi ravir Lacan...). Elle y capte sans le moindre ajout de lumière, ni aucun artifice la magie d'un lieu suspendu à - dit-elle - "un possible spectacle, à l’effervescence des coulisses et l’attente des spectateurs".

Pompei 2.jpgCe lieu n'a rien de neutre. Situé dans le camp militaire de Wünsdorf, à 25 km à l'est de Berlin il fut un quartier général de l’Allemagne Hitlerienne avant de devenir le plus grand avant-poste soviétique en pays étranger. Évacué après la chute du mur il est abandonné. En perdure parmi les vestiges le théâtre qui fascine la photographe.

Pompei 3.jpgDe l'orgueil des différents vainqueurs et locataires du lieu l'artiste tire un charme délétère. Là où l'ambition des maîtres provoqua la ruine des peuples se dégage un inventaire de modèles périmés par le temps mais d'où certaines fictions - par la mise en scène des images et des spectacle - renaissent . En quête d'une forme de réintégration ou de réappropriation l'artiste se perd dans un tel "puits" de l'Histoire pour lui redonner une grâce. Trace-t-elle la voie vers des pas qui reprendront demain ? Pas sûr mais il s'agit de parcourir le lieu qui fut le bord d'un double abîme là où se recrée un théâtre dans le théâtre.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/02/2019

Abe Frajndlich : obsessions

AbeFrajndlich 3.jpgLa vie photographique d'Abe Frajndlich a selon lui débuté "sérieusement" en 1970 avec une obsession incessante pour ses sujets. "Au début, je vivais avec une danseuse / mime appelée Rosebud Conway, je ne pouvais pas m’arrêter de faire des photos d’elle et j’ai finalement réalisé un livre intitulé Figments en 1975" écrit-il. Il fut été édité et mis en page par Minor White avec lequel il prend un tournant amoureux et qui devient sa nouvelle obsession photographique.

AbeFrajndlich.jpgPuis sa focalisation se tourne vers un autre objet : la ville de Cleveland en Ohio dont elle tire le livre "Cleveland Infrared". Néanmoins perdure en filigrane la passion pour à la fois les portaits de créateurs (Bukowki, Ginsberg, etc.) et le nu féminin déjà illustré en 1999 par "Eros Eterna". Pour un tel artiste et comme la peinture ,la photographie est céleste par la vue, humaine au sens du toucher.

AbeFrajndlich 2.jpgRencontrant Minami Azu dans une station de métro à New York il a un nouveau coup de foudre et ne cesse de la photographier dans le monde entier (Tokyo, New York, Venise, Rome, Cleveland, etc.). Le photographe présente ici l'atelier qu'il a animé avec ses étudiants sur cette "obsession personnelle" envers la maîtresse du Butoh. Dès qu'il ne la voit pas, il pense à son dos car aucun autre ne lui ressemble. Mais son effet de pan ne ramène pas au sol mais  à un point de vue céleste.

Jean-Paul Gavard-Perret