gruyeresuisse

26/06/2016

Dominique Marie Dejean : les émaux de la faim

 

AAAAD2.jpgL’érotisme habille plus qu’il ne déshabille. Mais pas de la « bonne » façon. Dominique Marie Dejean le sait : elle le cultive au sein de la sophistication et dans un humour que nécessite tout jeu surtout lorsqu’il est voluptueux et dangereux. La langue (plastique ou poétique) pointe entre les lèvres qui conservent la chaleur du foyer. Le corps sort de sa solitude même si parfois il est seul à l’image comme dans le cadre du texte.

AAAAD4.jpgDominique Marie Dejean rappelle de facto que certains mots ne s’écrivent pas vraiment et que les jardins des délices doivent rester invisibles - du moins en leur totalité. Les deux approches mettent en l’état d’écoute. Ils parlent à notre place car ils savent ce que nous ignorons et que nous sommes là réduits à l’état de voyeur donc de souris avec laquelle celle qui se nomme aussi Myss Do joue les chattes perverses.

AAAAD5.jpgTout son travail crée le court-circuit du mental. Mais en partie seulement : car les histoires de l’Eros passent par la tête. Les mots y deviennent images et les images mots sourds. Ils n’ajoutent rien mais ne retranchent pas plus de l’affolement que la créatrice propose. Ses nouvelles feignent de garder le secret du féminin intact mais afin que les certitudes d'un mâle réduit à l’état de bois flotté s’y lézardent.

Dominique Marie Dejean , « Emois et volupté », Les presses Littéraires, 12 E.
Voir : Site Myssdo.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/06/2016

A la recherche de l’identité : Rita Lino

 

Rita Lino 3.jpgRita Lino crée l'acquiescement insolite à son propre corps. A la fois il se dérobe ou jaillit (mais pas en totalité). L'artiste en apprivoise la profondeur par effet de surfaces. « Entartete » (« dégénérée" en allemand) propose la suite de tels « égarements » expérimentaux d’autoreprésentation au fil du temps. La sexualité est à la fois désinhibée et cachée. L’artiste entretient toujours un écart avec sa propre psyché. Elle y demeure seule et isolée sauf à de rares exceptions.

Rita Lino.jpgL’identité est révélée selon une forme de « cloaque » où elle n’apparaît que par lambeaux. Parfois elle affronte la caméra, parfois elle regarde ailleurs ou cache ses yeux et son visage. La nudité est rarement « nature ». Le corps ressemble à un masque pour ramener à l’idée que même nu et ce qu’il montre n’est qu’une apparence. L’artiste joue avec. Mais sans tricher. Et ose se montrer parfois comme une amoureuse dont la caméra sait plus sur elle, qu’elle-même se connaît.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rita Leno, « Entartete », Editions du LIC, 2015.

19/06/2016

Terrae incognitae : Graciela Iturbide



Iturbide 3.jpgLa mexicaine Graciela Iturbide eut comme professeur et mentor, Manuel Alvarez Bravo dont elle fut son assistante au début des années 1970, pendant ses nombreux voyages photographiques à travers le Mexique. Mais elle est influencée par les photographes surréalistes comme par Josef Koudelka, Henri Cartier-Bresson, et Sebastião Salgado. Elle se concentre sur les cultures de son pays où se mêlent l’extraordinaire dans l’ordinaire, la magie dans le réel et cherche à capter les « perdants » de la société qui entretiennent un rapport particulier avec le mystère et le monde animal.


Iturbide4.jpgL’artiste poursuit une réflexion autour du corps et de ses souffrances. Le tout avec sensibilité, gravité et parfois une once d’humour. Chaque image prouve que le réel est habité. L’artiste en restitue des « fils » souvent cachés. Ceux d’hallucinations programmées que la photographe tente de montrer et parfois de déchiffrer. Surgissent des danses immobiles d'une masse ineffable afin que l'œil soit ému par l'impact de mondes inconnus et premiers.


Jean-Paul Gavard-Perret


Graciela Iturbide, « Naturata » de 3 juin au 22 juillet 2016, Neal Guma Fine Art, Charlottesville, USA.