gruyeresuisse

26/05/2014

Stéphanie Gygax : images et sons

 



 

Gygax Bon.jpgStéphanie Gygax est une voyageuse que n'attend personne mais sans pour autant faire de ses images des miroirs narcissiques. Bien au contraire : saisissant l’espace dans une simplicité mais où la notion de mise en scène n’est pas négligée elle fait couler des myriades d'images plus complexes qu’il n’y paraît. Pour une de ses séries-installation fondées sur les voitures  « The sounds of a car », la musique est invitée en aparté tandis que sur l’écran les « cènes » font référence à l’appel de départ, de liberté. L’automobile devient une capsule d’espace dans un montage où les fils électriques et la source de lumière deviennent des  éléments indissociable de la monstration.

 

 

 

gygax 2.jpgLa musique garde une place essentielle que l’artiste définit ainsi : « Fugaces et invisibles, les objets sonores semblent par définition se soustraire au procédé d’enregistrement photographique » mais auquel les objets photographiés deviennent parfois la métaphore. Un tel travail insiste sur l'essentiel : le vide qui anime les mythes du temps au nom d’un manque impossible à combler. La photographie devient un relevé jamais mélancolique ou nostalgique. Chaque cliché s’apparente à une épreuve critique, à une contre-fiction du réel qu'on croit habiter et connaître.  Sa créatrice rappelle que l'image est un processus dynamique qu’elle ne cesse de démultiplier avec entre autre le son. Il n’est pas seulement  une  ponctuation de déhiscence mais, devenant fond de l’image, il en souligne une écume sensible et mentale afin que puisse se déchiffrer par la bande la magie d’apparence et d’apparentement.

 

 

 

Gygax.jpgSi Stéphanie Gygax demeure une photographe du quotidien. Elle ne cherche pas pour autant un effet de réalité. L’apparente banalité des sujets est métamorphosée par une vision en séquences dont les éléments « n’appuient » pas sur des temps forts. La plasticienne remet en cause à la formule "lecture de l'image". L'expression génère selon elle un contresens. Lire revient à nommer donc à reporter l'image en un champ qui n'est pas le sien. Et si l’artiste désamorce, dénaturalise l’image c’est par un autre biais : il s’agit moins de « désimager » l'image que d’approfondir son processus d’exhibition et de perception.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 Les travaux de l'artiste sont visibles actuellement au Standard Deluxe 

de Lausanne.


 


 

 

 

25/05/2014

Cecile Hug : de l’agrément au gréement

 

 

HUG bON 2.jpgCécile Hug, « L’entre jambe », texte de Marie-Laure Dagoit, éditions Derrière la salle de bains, Rouen, 2014.

 

 

 

 

 

Cécile Hug prend à la lettre le quatrain d’Andelu :

 

« Cache ta cloche

 

le muguet arrive.

 

Le clochard ne dort jamais loin

 

De ton intimité promise ».

 

Par collages, photographies, montages l’artiste coud, à l’endroit à l’envers, la poche d’ombre qui permet de cacher l’intimité du genre. Mais plutôt que de la biffer sine die Cecile Hug l’agrémente de végétations qui en deviennent les gréements de fortune. D’où l’apparition d’une exhibition troquée. Elle ne cesse de se détruire en tant que spectacle mimétique ou érotique. S’il appelle au rideau il ne s’agit plus d’y grimper : seule des insectes rampants ou des remparts feuillus ont droit de cuissage. Et si l’artiste laisse poindre çà et là une transparence elle ne permet plus de prendre l’entre-jambe pour une spéculation libidinale. Le creux n’implique pas le moindre incendie d’un pompier pyromane ou d’un hussard objectif.

Hug 2.jpg

L’espoir d’un vide à combler n’est jamais promis mais retiré. Sinon par ce que l’artiste fait germer et qui n’a rien à voir avec un simple exercice mécanique de la chair.  Comprendre l’entrejambe ne revient plus à en devenir son hôte. Ôtant le visible, le dessous (chic ou non) devient un manteau de visions hérétiques. Au naturisme des genres il impose une nature cosmique. Le végétal grimpant sur le textile évoque tout autant une ascèse et un oubli que la présence d’une matière hybride. Elle devient la sur-vivance emphatique de ce que le voile cache avec humour et poésie.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

24/05/2014

Roswhita Hecke : l’étrange "objet" du désir

 

 

 

 lady shiva 3.jpgRoswhita Hecke, « Irène », nouvelle édition , Editions Patrick Frey, Zurich, 2014.

 

 

 

 

 

Les Editions Patrick Frey proposent une nouvelle version du livre culte de Roswitha Hecke la « vie amoureuse » (1978) sur  l'artiste-muse et prostituée suisse Irène « Lady Shiva ». Cette nouvelle édition révisée présente notamment des photographies inédites de celle qui rencontra son modèle grâce à Werner Schroeter. Irène était alors la star occulte et sulfureuse de la bohème zurichoise où elle travailla comme prostituée de luxe jusqu'à sa tragique mort accidentelle.

 

 

 

lady shiva 2.pngRoswitha Hecke l’avait suivie un mois à Zurich mais aussi à Rome où Lady Shiva célébrait toujours son anniversaire. Le portrait est sublime : L’icône y est montrée dans un mixte d’érotisme et d’élégance mais aussi de naturel et de simplicité. La photographe la définit ainsi : « Irène voulait être jolie, être une femme, être libre. Elle était directe et capricieuse comme une enfant. Elle aimait le flirt plus que le mariage. La tension plus que l'harmonie. L'envie plus que la satisfaction. Et la distance plus que le contact. Elle a vécu sa vie de cette manière, advienne que pourra. ».

 

 

 

Saisissant gestes quotidiens et poses de la femme, la photographe prouve que la sensualité ne provient pas de la seule nudité.  Les photos font naviguer entre un état de vision et un état d’évanescence. Elles témoignent d’une vie spéculaire et fantomatique. Preuve que la réalité pour Irène ne pouvait être qu'une hypothèse vague là où le noir et le blanc de « sa » photographe créent une intensité. L'image conduit lentement au secret par le travail de ses  surfaces qu’elle apprivoise afin de les transformer en intimités.  Tout est de l’ordre de la caresse et du frôlement. L’immobilité appelle le vent avec l’illusion que dans tout ce qui se défera rien ne s’abîmera de l’immortalité d’une âme pour beaucoup damnée.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret