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31/03/2014

Marie L : résurrection

 

 

 

 

Marie L 3.jpgMarie L, « Ni fleurs, ni couronnes », Editions Collection Mémoires, Paris, 2014.

 

 

Il n’y a plus accroc dans la soierie du corps que Marie L suggère dans une des cérémonies secrètes qui font la force de ses œuvres.  Jadis un ogre la tira par les pieds.  Malaxant sa terre pure il voulut  y planter sa tente. Devant sa grotte l’ogre paradait en habit d’officiant. Mais l’artiste ne croit plus à ses orgues à prières dont le latin résonnait comme des gazouillis d’oiseaux par temps d’orage et d’opprobre. De l’ogre elle ne redoute plus le tonnerre. Elle est enfin sortie de son propre théâtre masochiste où elle descendait sur la pointe des pieds chaque soir pour se photographier dans un local à poubelles en craignant que des voisins la surprennent. Elle ne pâtit plus de l’interdit en s’en imposant de plus terrible.

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Marie L s’était perdue. Du moins croyait-elle l’être. Désormais son corps et ses images renaissent.  Elle y avance masquée mais libre. Sortant de la souillure son vertige optique n’est plus jumeau de la nuit. L’image retrouve ses couleurs, la louve devient lionne. Elle monte l’escalier, son corps vogue lentement dans un clair-obscur volcanique. Le présent ne se déduit plus du passé. Une montée engendre un recueillement, une attente. L’ogre, le pervers narcissique et passif est vaincu.  La femme glisse muette loin de lui sans mots dire ni le maudire : il serait trop content.

 

 

 

 Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:48 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

27/03/2014

Katrin Freisager : les rideaux de la Méduse.

 

 

 

 

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Les "nus" féminins de Katrin Freisager sont troublants. Mais de manière particulière et au sein de cérémonies faussement paroxysmiques et froides. Le duvet pubien abandonne sa part de légende en devenant une vitrine opacifiée qui éclate en d'autres sortilèges que celui de la simple exhibition. La photographe protège le féminin de l'être. Il reste prêt à jaillir mais selon d'autres promesses que celles proposées par les photographes masculins. La nudité ne sert plus  la prospérité du fantasme car Katrin Freisager ne réduit pas le corps en objet : elle cherche à le montrer dans une objectivité qui prolonge l'écho le plus profond de ce qu'elle est elle-même.

 

 

 

 

 

 

 

Le transfert par le modèle permet de reconstruire une identité féminine. Elle joue sur un rendu simultané des facettes intimes et publiques. L'intimité ne se remodèle plus selon nature : elle s’enrichit  par superposition de strates et de textiles parfois incompatibles.  L'artiste invite à une fouille archéologique symbolique : s'y cherche l’image d’une autre femme que l'homme (entendons le mâle)  côtoie tous les jours mais qu'il ne suffit plus  ici de "rêver".

 

 

 

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Un regard différé est proposé afin d’interroger le statut ambigu de la féminité dans une société avide de cloisonnements et de pérennité.  L'artiste donne à voir le travail de sape salutaire de la vraie liberté. Celle qui fonde et qui brise, celle qui révélée tend à occuper tout l’espace loin des stances qui  habillent d'impudiques fioritures un  regard douteux. L'impudeur de Katrin Freisager  est autre : elle ne fait plus de la femme le trophée lumineux de l’orgueil masculin.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

 

 

25/03/2014

Sabine Tholen la carte et le territoire : Du même à l’altérité et retour

 

 

 

 

 

Tholen Bon.jpgSabine Tholen, « nous continuâmes à ramer sous les murs mêmes... »,  Halle Nord, Triennale  50 journées de la photographie, Genève.

 

Sabine  Tholen ne cesse de questionner le paysage, son récit, son histoire et sa reproduction. Avec « Nalé - un village suisse » elle s’intéressa à l’aide  d’une documentation photographique relative à ce “village-modèle” dans le Jura romand. Le village a été construit par l’armée suisse comme terrain d’entraînement au combat urbain. Les bâtiments restent vides et le village fantôme. Le caractère brut des immeubles, la largeur excessive des rues afin que  les chars puissent passer et la nature anecdotique des aménagements extérieurs donnent au visiteur l’impression de se promener dans une maquette à l’échelle 1. Ce relevé photographique et sa mise en forme par l’affiche, référencée à une identité graphique suisse, soulèvent une ambiguïté, entre un village typique presque de rêve et une cité fantôme. Sabine Tholen présenta dans un affichage de rues à Genève cette topologie légendée selon leur fonction dans les quatre langues officielles du pays. Dans un rapport mouvant à sa propre véracité, l’affiche fait écho à la stratégie militaire

 

Tholen.jpgL’œuvre devient ce que Wittgenstein nomma un « Tractatus » : à savoir un relevé modèle, une transposition parfaite du réel où l’image n’a plus pour but de proposer la ressemblance comme propriété fondamentale de la représentation. Une image qui représente un mur et une image qui ressemble à un mur deviennent deux procédures différentes. Elles peuvent se juxtaposer, se jouxter tout en restant indépendantes. L’artiste rappelle que toute image n’est qu’un relevé qu’elle soit en noir et blanc ou qu’elle soit une  image matricielle du type bitmap. Le spectateur ne sait où se situer dans des dispositifs complexes entre vide et plein, intérieur et extérieur, présence et absence. Dans la perte des repères et des contours demeurent des espaces qui sont autant d’ellipses et de laps. L’inconscient les franchissant, n’y voit parfois non l’altérité mais du même. Comme si tout franchissement était impossible. L’effet de réel est donc remis en cause par l’effet d’image. Cette dernière peut  atteindre un au-delà de ses limites habituelles comme la réalité elle-même traverse parfois les frontières du réel.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret