gruyeresuisse

06/09/2016

Isabelle Ménéan : un œil en plus

 

Ménéan.jpgIsabelle Ménéan, Galerie « Le Salon Vert », Genève du 17 septembre au 29 octobre, L’artiste a exposé cette année à la galerie Forma et un livre d’artiste sur son travail est publié aux éditions Ripopée.


Dans les aquarelles, monotypes et peintures d’Isabelle Ménéan le monde se réduit à quelques éléments souvent mystérieux et presque allégoriques. Un monde « avant l’heure » où l’amour est souvent suggéré de manière habile et fusionnelle. La jeune artiste n’est pas de celle qui crée « à haute voix ». Elle préfère le murmure que distillent ses œuvres subtiles et secrètes. L’artiste recolle des séquences, des morceaux de vie par effet de métaphore puisque selon certains sémiologues « la métamorphose cicatrise ».

Ménéan 2.jpgCelle-ci, à défaut de suture, permet pour le moins dans l’œuvre à exprimer ce qui ne peut être directement représenté ou communiqué. Isabelle Ménéau permet un regard particulier. Celui que Beckett définissait ainsi : "un regard qui n'est plus celui de quelqu'un, un tutoiement sans tu à tutoyer". L’artiste invente un contrat par lequel la poursuite de la forme ne serait qu'une recherche technique du temps perdu ou à retenir.

Ménéan 3.pngCe jeu est d'apparence bien naïf : il est tout le contraire. En rien subterfuge il reste la seule attitude "viable" pour essayer de recouvrer le temps ou de l’arrêter dans une sorte de fidélité à un rêve. Ce n’est pas pour autant le prétexte d’estimer que l’artiste cultive un sommeil paradoxal. Elle donne une forme au chaos pour le remiser avant que le regardeur doute de l’existence. L'imaginaire retrouve son plein pouvoir en suggérant un insaisissable en un monde à dimensions instables et insituables.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/09/2016

Béance oculaire de Judith Albert : du paysage au portrait

 

Albert.pngJudith Albert, Rehmann Museum du 11 juin au 20 novembre2016, « Face to face », Kunst(Zeug)Haus, Rapperswil, du 21 aout au 6 novembre2016.

 

Albert 3.pngPar ses vidéos et photographies Judith Albert prouve combien le paysage et le portrait n’existent que s’ils retournent la vue, interrogent le regard. De l'œil à celui-ci s'instruit un glissement : il fissure énigmatiquement les certitudes acquises de la contemplation fétichiste ou de la possession carnassière des images. Judith Albert sait que la « morale » esthétique reste la sélection d'un mode de point de vue par association et oscillation entre le « filmique » (Barthes) et le pictural, la fixité et le mouvement.

Albert 2.pngRevisitant l’histoire de l’art de ces genres, l’artiste ouvre le royaume du réel à une fantasmagorie plus ou moins « réaliste ». Se trouvent impliqués plusieurs approches qui renvoient à la Vanité inscrite dans le paysage comme dans le portrait. On croit « entendre » parfois la voix de la nature mais de fait le paysage (comme le portrait) devient le confident des opérations les plus secrètes par concentration et ouverture du champ non sans le poids de la mélancolie. Albert 4.gifLe regard envisage "la choséité" de l’image en l’inscrivant entre ici et ailleurs. Celle-ci oriente vers on ne sait quel abîme et vers quelle faille sinon le désir de la vie malgré tout. Elle est là sous les paupières. L’artiste prouve que tout créateur « du » paysage ou du portrait n’est jamais celui de « de » paysage ou de portrait. Judith Albert le retourne entre extase et détresse : retournement sans retour en quelque sorte.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/09/2016

Freya Esders : les inconnues en situation

Esders3.pngInfluencée par « Paris Texas », la photographe australienne Freya Esders affirme un paradoxe : celui d’accorder une forme au monde sans croire que le monde a un sens. L’image affirme que c’est précisément parce qu’il n’en a aucun qu’il aura une forme. Dès lors l’image crée divers types d’abîmes à la recherche d’harmonies paradoxales autant par les angles de vision que les poses. Le corps jaillit en ce qui tient de contorsions.

esders2.pngFreya Esders est à le recherche moins d’une identité psychologique que de l’existence féminine. Les présences sont allusives. La présence devient une narration et une fiction sans pour autant que l’artiste joue d’une quelconque métaphore. La femme n’est jamais donnée comme acquise. Tout joue d’un équilibre reconstruit par chaque prise où le modèle reste une inconnue en situation au sein de prises incongrues. Esders1.pngChaque portrait génère un mystère et une solitude. Le théâtre photographique corrosif, joyeux, sensuel permet d'aimer les images entre apparition et dérobade.

Jean-Paul Gavard-Perret

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