gruyeresuisse

02/07/2014

Alexandra Maurer artiste du mouvement et de la confrontation

 

 

 

 

Maurer.jpgIl pleut dans les images d’Alexandra Maurer des chorégraphies étranges où la rapidité et la vocifération sont modulées  en caresses attentives, fraternelles. L’image se fait confidente des cruautés mais évite  le jeu de l’intimité : cela porterait à une exhibition dont l’artiste se garde. Ses images sont des seuils. Ceux d'instants sans limite dans ce qu’ils rameutent de conflits, de souffrance.

 

Entre peinture, vidéo, installation l’ « objet » principal » de l’œuvre d’Alexandra Maurer reste la danse. Non la danse filmée et simplement scénarisée mais à la fois désacralisée et pourtant sublimée dans des séries de répétitions. Elles entraînent le mouvement vers un épuisement programmé dont certaines prises et plans sont réalisées ensuite en peinture. Manière par la vidéo de l'interroger en tirant du mouvement un « tremblé » qui se fond dans l’abstraction. Parfois ces peintures sont réintroduites  en un cycle vidéographique où elles sont confrontées à d’autres images.

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La notion d’opposition agissante est essentielle dans l’œuvre de l’artiste. Qu’il s’agisse de la confrontation entre les médiums, de l’artiste et des danseurs, l’être et la politique, le social ou la nature. Ces trois dernières luttes sont d’ailleurs métaphorisées dans l’œuvre selon des vidéos au rythme lent et fascinant. Les corps palpitent, s’inclinent, descendent, deviennent des agents de l’invisible. Le mystère est à ce prix.

L’artiste organise son discours visuel pour accorder à la fascination « réaliste » tout le temps nécessaire. Cela permet d’entrer dans une clarté intérieure et rare que métamorphose la peinture. Avec chaque médium la plasticienne scénarise ceux qui sont acteurs de leur vie et dont, des yeux, tombe parfois un pétale d’ombre. La peinture comme la vidéo  arrivent peu à peu, à leur heure pour le saisir. Le temps est accordé : la créatrice sait l’offrir. A chacun d’y trouver sa lumière devant bien des abymes murmurants au sein de gestes frémissants et tâtonnants. Cette clarté mène la vie du noir de nuit aux premières lueurs du jour. Une fois de plus l’instant est sans limite. Il pleut des fils dorés. C’est la part d’ombre ou de mystère de l’œuvre d’Alexandra Maurer.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

30/06/2014

Les hauts-fonds d’Agnès Ferla

 

 

 

 

Ferla 2.jpgLa méthode d’Agnès Ferla est empirique. Elle peut se le permettre car elle a derrière elle malgré son jeune âge  un important background. Choisissant le support-matière qui lui convient à un instant donné elle se met au travail « à l’instinct » mais sans cesser de questionner le travail sitôt commencé barrant à vue dans le feu de l’action.  Elle exerce son regard à se modifier à tout instant pour s’aligner sur ce qui est fait. L’artiste reste adepte de la vitesse afin que le geste vole  sans s’alourdir du conditionnement culturel qui peut exercer sur lui comme l’action d’un aimant. La créatrice se jette à l’eau comme une nageuse qui une fois dans le bain avisera. L’imprévu, le désordre, le contretemps peuvent donc être des facteurs du travail le but n’étant pas d’obtenir une image conçue par avance mais d’obtenir une image qui emporte vers des terres inconnues.

 

 

 

Ferla portrait.jpgAgnès Ferla attrape les formes par surprise. Mais le travail commencé à l’instinct se double d’un second temps.  Vient ensuite le temps de la réflexion du jugement et au besoin de la destruction. Si une œuvre réalisée ne lance pas à nouveau l’esprit et l’émotion de l’artiste en mouvement la Lausannoise l’élimine sachant néanmoins faire preuve de patience dans cette seconde phase de son travail - l’esprit critique n’est pas toujours aussi perspicace qu’il n’y paraît un jour précis. C’est pourquoi il est parfois urgent d’attendre. Reste que les œuvres conservées fascinent.  Elles sont choisies sans auto- condescendance. Les toiles « autorisées » par Agnès Ferla sont toutes ouvertes à diverses champs et sont donc susceptibles d’être développées par le regard de celle ou celui qui s’y attache. S’y révèlent des turbulences de bien des profondeurs.

 

 


 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Agnès Ferla : œuvre dans le cadre de la Triennale d’Art du Valais 2014, le Manoir de la Ville de Martigny, juillet-aout 2014.

 

 

 

26/06/2014

Barbara Cardinal : lapin levé garde ses oreilles

 

 

 

CARDINAL 2.jpgBarbara Cardinal, "Until The Wild Feeling Leave" expo solo, Galerie d'art contemporain Christopher Gerber, Lausanne.

 

Barbara Cardinal cultive un art électrique à base de courts jus (à l'orange à mère). Cela a un nom : c'est l'existence. Chaque image  couvre la pensée de gerçures. Parfois ses personnages féminins laissent leur liquette au clou et exhibent leurs seins : avis aux mateurs que médusent ces mets d'us et coutume. Vagin vagine, voisin voisine. Bleu Giotto sur les jambons mal cuits. Gobant le vide, broutant de broc le bric; dans la trop brusque prospérité du vice l’artiste fit le vide 

 

CARDINAL.pngLoin des affairistes qui vulgarisent l’art Barbara Cardinal reste une originale : elle se moque des emballages et des ivresses de l’ego. Elle sait que le secret est indicible : il ne se définit pas et reste  inappropriable, incompréhensible, mais émerge dans l'œuvre en face émergée d'un iceberg selon des dissemblances déraisonnables et des révélations sans vraisemblance. Là où l'"à-part" prend place la pensée ne peut se dire : elle se dessine. On dira que c'est de la peinture qu'une poule contre un mur a picoré. Restent des trous, des loques à la Pollock. L'art en exil  nage comme huile dans la rage. Il est d'une certaine manière sadique puisqu'il ne provoque que du passage. Dessous il y a la bête. La sainte dessus chante dans le supplice de ce qu'on appelle l'humain. Elle est la mère armée dont la poésie visuelle accorde une profondeur océane aux abysses humains et animaux.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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