gruyeresuisse

05/03/2016

Les cosmos de Claire Guanella

 

Guanella.jpgClaire Guanella, « Montagnes de vagues, vagues de montagnes », Galerie Marianne Brand, Genève et Epep, Carouge, 27 février - 19 mars 2016.

 

Claire Guanella propose une vision particulière : elle quitte de l'ordre du simple point de vue pour glisser vers une mise en rêve du paysage et du rébus qui l'habite. L'œil se cherche en lui comme on disait autrefois que l'âme se cherche dans les miroirs. Il y a là concentration mais aussi ouverture du champ. La peinture dans sa richesse et finesse plastique fait fonction de labyrinthe oculaire. Elle est fenêtre à la fois du dehors et du dedans. Au brillant factice de l'illusion fait place la rêverie « intelligente ».

 

Guanella 4.jpgClaire Guanella transforme chaque œuvre un cosmos constitué de formes et de couleurs. Elle prouve ce qu’Oscar Wilde écrivait « l’art invente la nature » dans un parcours initiatique entre les vagues des montagnes. Il provoque un ravissement au sein d’une confusion organisée : fluidité et pétrification s’y confondent et se co-fondent. La peinture crée le lieu où le visible transfiguré se trouve livré au vertige en une forme de contrat virtuel là où Claire Guanella cultive le paradoxe. Franchir le seuil de chacune de ses « images » ne revient pas à trouver ce qu'on attend car un tel travail ne risque pas de rameuter du pareil, du même. Le regard devient comme l’espace : agent d’unité. Une unité dont la perception libère mais n’est jamais acquise 

Jean-Paul Gavard-Perret

24/02/2016

Un printemps suisse pour Marnie

 

Marnie 3.jpgMarnie Weber, « Once Upon a Time in Forevermore », Mamco, Genève, Printemps 2016.

 

La plasticienne américaine Marnie Weber est issue de la scène musicale underground californienne entre autre avec le groupe punk rock « The Party Boys » puis "The Spirit Girls », collectif féminin et féministe. Pluridisciplinaire l'artiste crée photomontages et sculptures à l'univers onirique décalé empli de contes de fées pervertis et pervers. Marnie Weber puise son inspiration  dans la contre-culture, le néo-gothisme, le  surréalisme comme dans le western, le spiritualisme. Tout ce monde doit beaucoup au cinéma Bis hollywoodien et à la culture populaire made in USA. L'excès de zèle gothique noir doit être compris comme une plongée aussi ironique qu’éperdue dans la métaphore angoissante mais aussi cathartique de notre monde.

Marnie 2.pngEn surgissent un bestiaire fantastique et une peuplade de créatures féminines au visage masqué et à la dégaine farfelue. L’exposition du Mamco met particulièrement l'accent sur les collages, sculptures, costumes, vidéos de l’artiste. Le malaise y est une constante au sein des jeux d’oppositions entre l’enfance et l’âge adulte, le féminin et le masculin, l’humain et la bête, la vie et la mort. La porosité des pratiques est au service d’un monde parallèle  dont les lois sont dictées par les délires de l’inconscient. Marnie.jpgLe décor réalisé pour Genève (inspiré de « Sing Me a Western Song » (2007) est celui d’un western dont les édifices sont réduits à des façades de fête foraine. Aux cow-boys sont substitués des clowns, des animaux, des poupées ventriloques et des épouvantails dignes d’une soirée d’Halloween et d’un univers de « freaks ». Le mystère naît d’un « Bricol-bat » hors de ses gonds : s’y promener est vivifiant.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/02/2016

Albertine s’amuse

 

 

Albertine 2.jpgAlbertine, « Grand dessin Cochon », Galerie Humus, Lausanne, du 27 février au 12 mars 2016. "Faim de Corps" (avec Germano Zullo), Humus, « Le Salon de Madame Auguste » (avec Germano Zullo), Dumerchez et Humus éditions.

 

 

Alberine.jpgLes dessins d’Albertine sont comme les léopards : ils ne se déplacent pas sans leurs taches de naissance. Ce sont aussi des isthmes à partir desquels peuvent reprendre de nouvelles histoires voire des romans de garces. Leur noir est la lumière brodée. Le dessin devient l’écriture qui méprise la forme. C’est une manière de jeter l’encre. Et la laisser couler pour ne pas perdre pied tandis que les femmes quittent leurs maisons closes et les sirènes leurs océans.

 

Les dessins racontent avec l’humour pour seule nature. Parfois l’âme semble en surgir dans un faux trait. Mais à l’arrivée il y a toujours une anguille sous roche. Quant aux sirènes elles changent de guêpière en pleine nage. Demeure le loufoque que Belzébuth pourrait signer. Au royaume d’éros la farce se poursuit. Tout ce que l’artiste dessine devient une note en marge d'un texte totalement effacé. Nous pouvons plus ou moins, d'après le sens des graphismes, imaginer ce texte. Mais reste toujours un doute : les sens possibles sont multiples là où les femmes passent d’un état simple à un état exalté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret