gruyeresuisse

14/01/2018

Jean Rault et le Japon

rault 3.jpgJean Rault saisit un Japon méconnu. Toute une “ mémoire mouvante ” résulte de ce travail de représentation kaléidoscopique. Il entre en collision avec l'esthétique main street ou "adulescente". Le monde est sombre mais en jaillit une magie particulière peu éloignée de la destruction comme du "burlesque".

rault 2.jpg« Portraits du monde flottant » rassemblent des créatures de la nuit saisies en des lieux luxueux et privés, des Sumos à l'entraînement près de Tokyo, des paraplégiques lors de courses en fauteuils roulants à Kyoto etc.. Perdure néanmoins une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l'atrophie, l'immobilisation.

rault.jpgC'est là sans doute la force insubmersible et subversive de l’œuvre de Rault. Son «rire » mord le monde. Il permet au regard de supporter les situations limites. Le dispositif choisi par l'artiste est lui-même « nu » mais les techniques sont sophistiquées : " je tiens à ce qu’elles soient transparentes, qu'elles s'effacent et atteignent le dépouillement, la sobriété" écrit l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/01/2018

Les affinités électives de Li Hui

Li hui 1.jpgLa photographe chinoise Li Hui crée un univers diaphane et doux. Tout reste de l'ordre de la suggestion et de l'effluve. L'érotisme est plus éthéré que léger. La porosité de l'indicible se feuillette parfois d'un jeu de strates. Le romantisme plane dans les poses et les lumières rasantes propres à donner une certaine image de rêve de l'amour pacifié et du corps lui-même apaisé, détendu.

Li Hui bon.jpgLa photographe cultive la perfection de l’intime en faisant sauter les verrous du regard mais juste ce qu’il faut. Le désir est suggéré sous forme d’état naissant au sein de cocons. La féminité reste une fleur vivante sous l’éclat de flammèches et d'auras. Elles croissent et se multiplient non sans humour ou délicatesse.

Li hui bon 2.jpgL’intime comme "l’extime" reste décalé. La « parure » est autant un frêle bouclier qu’une métaphore loin des idéologies du marivaudage. Insidieusement et à travers ses esquisses le pubis incarne l'unité perdue. S'"image" le lieu où tout recommence dans un floconnement vaporeux. Un envol parfois strie l'espace sans altérer le vivier des possibles. Un ordre inédit s'organise dans le jardin des délices et en divers blasons.

Jean-Paul Gavard-Perret

Li Hui, « No words from above », Huiuh editions, 72 p., 35 $

 

Ursula Palla : demain hier

Palla 3.jpgExposition Ursula Palla, “Talking to the moon”, Galerie Gisèle Linder, du 20 janvier au 10 mars 2018.

Ursula Palla crée des mondes et des personnages fascinants : ils séduisent par leur charme et leur innocence. Nous pénétrons dans un monde d’illusions ; mais désormais le rêve ne s’arrête là où l’angoisse fait insidieusement son nid. Il perdure. L’artiste construit des petits pans de douceurs et d’éden (« Talking to the moon ». Dans la vidéo Porcelaine, l’objectif est sensiblement le même : des mains errent pour façonner l’impossible : de la vaisselle s’empilée en une tour de Babel idéal mais qui finit là où une telle architecture finit…

Palla.pngLes œuvres finalement ne seront ni un leurre ni une jouissance mais juste la poussée dans l’inconscient. S’y inscrivent des gerbes divergentes de sens en une confrontation avec l’Autre là où non seulement le lieu mais le temps ont forcément leur mot à dire. Ils sont induits dans de telles narrations proches d’une acmé mais aussi d’un déchirement. L’œuvre par ses assiettes ou son éléphant aussi immobile que ceux d’une célèbre fontaine de Chambéry crée une étrange proximité et un éloignement. Proximité communicante - presque communiante et utopique.

Palla 2.jpgExiste toujours coupure et rétention. Et une alternative comme dans « sunflowers » où en référence aux tableaux de van Gogh, les fleurs se fanent ou s’épanouissent en fonction du temps. Et la technologie n’y peut rien. Preuve que la nature leur échappe. Même celle de l’image. Une telle œuvre nous entraîne jusqu’à ce que nous en devenions partie prenante tout en restant en expectative au moment l’image redevient langage et matière aussi jouissante que résistante.

Jean-Paul Gavard-Perret