gruyeresuisse

25/10/2014

Si proche, si loin : potron-minet d’Anne Golaz

 

 

 

Golaz 2.pngAdepte de la décontextualisation la Lausannoise Anne Golaz feint une archéologie du savoir selon des scénographies minimalistes ou de subtiles mises en abîmes par effet de lumières théâtrales. Elle met ainsi à mal une culture asphyxiante et totalitaire. Scènes de chasse, de ferme, etc.  transmuent la pauvreté en luxe et le luxe en misère par ses déconstructions de pinacothèque. L’œuvre témoigne d’une crise de la société et de sa représentation mais selon un mode ludique. Néanmoins reste en filigrane l’histoire que nos ancêtres ont vécue et que l’on retient dans le tréfonds de notre être. Celle-ci adhère encore à une certaine actualité.

 

Golaz.jpgDans un style bondissant, ensauvagé sous l’effet de coordination et de décoordination Anne Golaz fait sauter des serrures. Surgissent des lames de fond ironisées à travers paysages, portraits, objets (parfois érotisés comme son saut à l’appendice conséquent). Le réel prolifère selon une ornementation paradoxale et décalée. Ce qui paraît dérisoire et décimé au fil de l’histoire reçoit soudain une onction particulière. Chaque pièce y réclame sa part de potron-minet comme prélude à un midi de la résurrection  du monde et de l’être. Le tout dans un humour qui fait voler en éclat tout protocole académique. Le badaud face à de telles images peut être plié en quatre. Mais ce serait de sa part la preuve d’une myopie préjudiciable.  Les pots pourris et les scénographies  de l’artiste tourneboulent à l’envi, font rejaillir le passé en retombées d’incartades et autres entorses à l’ordre établi d’hier et d’aujourd’hui.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

23/10/2014

Les alignements perplexes de Sonia Kacem

KACEM BON.jpgSonia Kacem (Prix Culturel Manor 2014), Loulou, « la Séquence automne-hiver 2014-2015 », Mamco, Genève du 29 octobre 2014 au 18 janvier 2015.

 

 

kacem 2.jpgLes célébrations plastiques de Sonia Kacem donnent le jour à des rituels poétiques totalement décalés. En son imaginaire transposée par un savoir d'adulte; l’artiste crée un amalgame ou un corridor avec les éléments qui lui tombent sous la main (bottes, sable, etc.) le tout avec la curiosité et l'audace de l'innocence enfantine. L’artiste ne cesse de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur. Sa lecture du réel est aussi directe que déréglée : pas de pitié pour les taupes qui n’ont de la beauté qu’une représentation idéaliste et orthonormée. Une force démystificatrice fonctionne parfaitement en une profondeur de vue où différents alignements très ou peu structurés défilent.


 

 

kacem.jpgL’art devient une veine dont il faut suivre un axe dont la perspective fait piquer du nez aux repères. L'idée bourgeoise de l’art est oblitérée. L’artiste la remplace par ses cabrioles qui font apparaître un dialogue miraculeux ou étrange avec le quotidien. Un tel travail permet sans doute plus de se réaliser que de s'enrichir. Et l’artiste ne se trompe pas de but  bien que les deux ensembles soient possibles : on le souhaite à l’artiste. De ses pêches miraculeuses elle retire des œuvres bien plus léchées qu’il n’y paraît. Ne croyant pas à l'irrévocable, l’artiste rend ce qui est considéré laid comme magnifique. Celle - dont courage et la patience sont des qualités cardinales indispensable à sa vie - pratique une liberté qui n'entrave jamais celle d'autrui. L’artiste propose, au regardeur de disposer mais surtout de faire l’effort de comprendre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

21/10/2014

Les « princesses » de Carol Bailly

 

 

Carol.jpg

 

Carol Bailly pousse l’ordre dans le désordre, isole l’isolement, relie l’immobile à la pulsation, affole à la raison. Elle fait se rassembler ce qui  est pas avec ce qui n’est pas, la candeur à la gravité, le corps et sa chimère, la pudeur à la sensualité. La couleur devient coccinelle sur ses doigts : l’artiste la recueille pour que rampe le regard jusqu’à elle en proposant des histoires totalement oubliées ou encore jamais inventées. Ses princesses ont parfois une étoile dans la tête mais parfois une araignée. Un loup y semble même masqué dans un bois de frênes. L’enfer devient le Vanessa Paradis (titre d’une de ses œuvres) pavé des bonnes inventions de l’artiste. Elle jette son huile sur le feu sacré de la peinture. Son action – ici intempestive – répond par la négative à l’injonction du réel. Certains chats se font chauds lapins. Un tel art «brut » empêche de succomber dans la nuit absolue et la dépression organisée. Restent l’émanation et l’aspiration  poétiques portées dans une vitalité juvénile – ce qui n’empêche pas une certaine gravité. Et si les seins d’abeilles sont trop honnêtes pour se retrouver au lit ils peuvent faire de maris honnêtes des marionnettes et du sage, ridé comme un vieux complice, un oiseau sans tête.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret