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17/05/2014

L’ABC (Art et Barbe-Cue) de la tentation selon les Sidler sisters

 

 

 

Slider 2.jpg Celia et Nathalie Sidler, « Art et Alimentation », Musée Jurassien des Arts de Moutier, du 24 mai au 30 aout 2014

 

 

 

L'imagination et l'imaginaire des Bâloises Celia et Natalie Sidler passent principalement par performances et installations. Leur gourmandise n’empêche pas une vision critique du marché et de la production qui président au souci d’attendrir et d’assouvir le plaisir. Les deux sœurs sont donc perfides. Préférant l’ordre au chaos (même si des amas de branches de « goûts ou dégoûts » peuvent faire pencher ver le second), elles multiplient des pièges. Et ce même si tout semble rentrer dans le moule. A l’image de celui confectionné pour une plaque de beurre par les artistes. Il devient le symbole d’une identité fondée sur l’alpage et de l’économie standardisée (clin d’œil critique à Nestlé et autres conglomérats).

 

 

 

Slider 3.jpgLes plasticiennes proposent et inventent des points de vue ironiques et intempestifs. Ce qui prépare un feu de pique-nique fait penser que l'incendie. Il est fort à parier qu’il ne sera pas forcément maîtrisé sous la cendre. Néanmoins la combustion reste en attente dans un espace intensément proche traité sans l’esbroufe trop souvent présente dans le domaine de l’installation. Profondeurs des surfaces, gestation de la matière, puissance de la couleur alimentent des propositions cadrées géométriquement où s’éprouve une germination spatiale. Le regard coule sur les surfaces qui peuvent annoncer une intimité matérielle alléchante. L’âme craint d’être avalée par le ventre et les yeux mais qu’importe. L’être en sortira vivant car ce qui est donné comme un Eden est troublé par d’étranges causes premières ou dernières fomentées par deux iconoclastes discrètes.  Serons-nous un jour au bout des indices qu'elles nous tendent ?

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

08/05/2014

Andrea Wolfensberger : sur les dalles du jour

 

 

 

Wofensberger 1.jpgAndrea Wolfensberger, Galerie Gisèle Linder.

 

 

 

Couronnes de matière, et cornes d’abondances

 

Disques et panaches enchâssés

 

Annoncent l’aurore, l’installent dans la durée.

 

D’immenses corps inconnus tournent

 

Ne varient jamais de trajectoires ou d’orbites

 

En regardant le ciel que personne ne maîtrise.

 

Les ombres qu’ils portent sont des astres sculptés.

 

A travers eux Andrea Wolfensberger ouvre un spectacle silencieux

 

De courses lentes se traînent

 

On y erre, on y reste

 

Wolfensberger 2.jpgLa main caresse les carapaces

 

Découvre cette chair qui offrent toujours un autre côté.

 

Nul ne peut vraiment connaître de telles sculptures

 

Ni arracher leur armure, leur défroque

 

Restent leurs auréoles dont la lumière est source d’opacité

 

De telles planètes s’arquent pour s’offrir au monde céleste

 

Elles attendent la pluie ou espèrent

 

Pour cacher leur obscénité

 

Qu’un nuage se couche sur elles.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/05/2014

Elisabeth Frering : ours va et l'intimité des sirènes

 

 

 

Frering 3.pngElisabeth Frering, Galerie Bertrand Gillig.

 

 

 

 

 

Elisabeth Fréring crée un univers d’un érotisme particulier : la suggestion plus que l’évidence laisse ouverte la question de la rencontre. Un certain inachevé (mais toujours impeccable) exalte en même temps qu’il se révèle dérisoire comme s’il fallait toujours au voyeur la faim et l’inassouvissement. L’image tangue entre le plaisir et le mystère suggérés par la présence d’animaux, de formes phalliques et matricielles où la fourrure devient facilement toison. Ours-mickey, lapine rose créent un exhibitionnisme confondant : une forme de crudité se conjugue avec le tendre dans les maculations légères et subtiles qui ponctuent les dessins. Ceux-ci deviennent des narrations d’un conte enfantin érotique où se  parle le langage du désir avec son attirance et sa peur.

 

 

 

Frering.jpgLe regard se plaît à se perdre dans un univers suggestif ouvert et refusé. Il porte doublement le signe de l’offrande et de l’interdit le tout néanmoins sous le sceau d’un plaisir ludique. Car Elisabeth Frering s’amuse, va presque au point où l’image pourrait éclater de rire. Mais l’artiste s’arrête avant car il ne convient pas que le jeu ne cesse. Le désordre est calculé : l’image exclut l’explicite. Chaque scène en est le prélude ou la métaphore. Et le rose y reste toujours plus épais que l’ombre. La plus vieille des histoires trouve donc une narration plastique originale. Elle avance ailée sur la surface pour que fleurisse le tendre et s’ourle l’inattendu de présences intempestives et profondément poétiques dans leur genre. Toute une mécanique dresse un doigt rose qui fait l’amour aux yeux.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret