gruyeresuisse

25/05/2014

Cecile Hug : de l’agrément au gréement

 

 

HUG bON 2.jpgCécile Hug, « L’entre jambe », texte de Marie-Laure Dagoit, éditions Derrière la salle de bains, Rouen, 2014.

 

 

 

 

 

Cécile Hug prend à la lettre le quatrain d’Andelu :

 

« Cache ta cloche

 

le muguet arrive.

 

Le clochard ne dort jamais loin

 

De ton intimité promise ».

 

Par collages, photographies, montages l’artiste coud, à l’endroit à l’envers, la poche d’ombre qui permet de cacher l’intimité du genre. Mais plutôt que de la biffer sine die Cecile Hug l’agrémente de végétations qui en deviennent les gréements de fortune. D’où l’apparition d’une exhibition troquée. Elle ne cesse de se détruire en tant que spectacle mimétique ou érotique. S’il appelle au rideau il ne s’agit plus d’y grimper : seule des insectes rampants ou des remparts feuillus ont droit de cuissage. Et si l’artiste laisse poindre çà et là une transparence elle ne permet plus de prendre l’entre-jambe pour une spéculation libidinale. Le creux n’implique pas le moindre incendie d’un pompier pyromane ou d’un hussard objectif.

Hug 2.jpg

L’espoir d’un vide à combler n’est jamais promis mais retiré. Sinon par ce que l’artiste fait germer et qui n’a rien à voir avec un simple exercice mécanique de la chair.  Comprendre l’entrejambe ne revient plus à en devenir son hôte. Ôtant le visible, le dessous (chic ou non) devient un manteau de visions hérétiques. Au naturisme des genres il impose une nature cosmique. Le végétal grimpant sur le textile évoque tout autant une ascèse et un oubli que la présence d’une matière hybride. Elle devient la sur-vivance emphatique de ce que le voile cache avec humour et poésie.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

24/05/2014

Roswhita Hecke : l’étrange "objet" du désir

 

 

 

 lady shiva 3.jpgRoswhita Hecke, « Irène », nouvelle édition , Editions Patrick Frey, Zurich, 2014.

 

 

 

 

 

Les Editions Patrick Frey proposent une nouvelle version du livre culte de Roswitha Hecke la « vie amoureuse » (1978) sur  l'artiste-muse et prostituée suisse Irène « Lady Shiva ». Cette nouvelle édition révisée présente notamment des photographies inédites de celle qui rencontra son modèle grâce à Werner Schroeter. Irène était alors la star occulte et sulfureuse de la bohème zurichoise où elle travailla comme prostituée de luxe jusqu'à sa tragique mort accidentelle.

 

 

 

lady shiva 2.pngRoswitha Hecke l’avait suivie un mois à Zurich mais aussi à Rome où Lady Shiva célébrait toujours son anniversaire. Le portrait est sublime : L’icône y est montrée dans un mixte d’érotisme et d’élégance mais aussi de naturel et de simplicité. La photographe la définit ainsi : « Irène voulait être jolie, être une femme, être libre. Elle était directe et capricieuse comme une enfant. Elle aimait le flirt plus que le mariage. La tension plus que l'harmonie. L'envie plus que la satisfaction. Et la distance plus que le contact. Elle a vécu sa vie de cette manière, advienne que pourra. ».

 

 

 

Saisissant gestes quotidiens et poses de la femme, la photographe prouve que la sensualité ne provient pas de la seule nudité.  Les photos font naviguer entre un état de vision et un état d’évanescence. Elles témoignent d’une vie spéculaire et fantomatique. Preuve que la réalité pour Irène ne pouvait être qu'une hypothèse vague là où le noir et le blanc de « sa » photographe créent une intensité. L'image conduit lentement au secret par le travail de ses  surfaces qu’elle apprivoise afin de les transformer en intimités.  Tout est de l’ordre de la caresse et du frôlement. L’immobilité appelle le vent avec l’illusion que dans tout ce qui se défera rien ne s’abîmera de l’immortalité d’une âme pour beaucoup damnée.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

23/05/2014

Les paradis terrestres de Myriam Boccara

 

 

 

 Boccara oui.pngMyriam Boccara, « La tendresse des collines », Galerie LigneTreize, Carouge, 17 mai – 26 juin 2014.

 

 

 

A six ans Myriam Boccara rêvait de se marier au « nom » de la robe de dentelle qu’elle confectionnait pour une marionnette. Depuis ce temps fidèle à cette composition de figure l’artiste décompose le géométrisme fixe pour lui donner plus de légèreté. La surface plate du support devient  épaisseur diaphane et temps soulevé. Chaque œuvre ressemble à  un aquarium d’air, à un étirement dans l’espace là où se crée la débandade des horizons afin de montrer des confins. S’y s’amorce la fragilité d’une danse. Tout bascule, s’échappe, s’envole. Néanmoins chaque œuvre tient parfaitement en équilibre dans  les suspens et les glissements de niveaux.

 

 

 

Boccara 3.jpgMyriam Boccara parvient à ne rien figer par la forme « fixe » de la peinture et quel qu’en soit la technique. Le monde devient pénétrable, fertile, hospitalier. Mais surtout poétique. Le figuratif dans sa (relative) stylisation géométrique reste charnel en diable. Une volupté se déploie mais avec sobriété. Les couleurs avivent l’esprit dans une atmosphère qui ignore le déchet et la ruine. Le précipité du monde ne se fait plus par sédimentations poisseuses mais en divers types d’assomptions. Plutôt que de trancher, le dessin qui charpente les œuvres retire toute rugosité revêche. L’émotion délicate est là pour accorder nouvelle douceur du monde sans la moindre mièvrerie. La peinture permet donc de franchir le seuil où se brise l’obscur. L’Eden est à portée de mains en un moins du monde qui fait son intégralité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret