gruyeresuisse

16/11/2014

Entre affect et méditation : Laure Gonthier

 

 

 

 

Gontier.jpgLaure Gonthier, Paradise Lost, (avec Nathalie Wetzel), Galerie In Situ, 21, rue des Fossés, Morges, 23  novembre 2014 - 2 février 2015.

 

 

 

Laure Gonthier fait éprouver la moiteur des choses : elles semblent dans ses œuvres et au sein même de la fixité sortir de l’engourdissement dont nul ne sait s’il vient du corps, de la pensée ou d’un lieu d’image sourde. Demeure là comme une lumière intérieure et tout  semble soudain moins lourd. Le Lausannoise crée une coulée derrière les yeux. Le monde émerge en même temps qu’il perdure dans tout se qui demeure des clartés déchues. Loin des cercles interlopes du lieu Dantesque, l'image n'a plus besoin de flammes ou de feu. Elle se suffit à elle-même. Surgissent des forces pénétrantes sans ostentation. Avec délicatesse et tendresse Laure Gonthier couche l’halètement sur des berges fiévreuses. Demeure l’étrange hypnose de désirs qui ne se sont pas tus : le regardeur épouse le monde par l’argile que l’artiste façonne. Il garde ici sa couleur de souffre. C’est un délice pudique là où se mélange figuration et abstraction pour faire de chaque œuvre un pur objet de sensation  mais aussi de méditation sur l’indicible qui habituellement échappe.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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L’artiste et sa chaise : Miriam Cahn

 

 

cahn dessin 2.jpgMiriam Cahn, « Nous étions vieux », (edition trilingue), Sous emboîtage,  Edition du Centre Culturel Suisse de Paris, 2014.

 

On n’est jamais plus près de quelqu’un ou de quelque chose que de sa chaise. Pour Miriam Cahn celle sur laquelle est s’assoit afin de dessiner à la hâte une intériorité par fragments d’êtres, d’animaux ou de lieux. Le crayonnage fait masse noire et angoissée loin d’un simple effet de miroir et où les âges se mêlent  : « nous étions vieux plus vieux regardant les jeunes jeunes plus jeunes regarder les jeunes plus jeunes en tant que vieux plus vieux ». Ce que l’artiste écrit ces dessins l’illustrent de manière aussi indirecte que profonde. Ce que le regard perçoit est un état d’attente. Page après page, le « film » des esquisses s’il semble muet parle pourtant l’être et sa maison la plus intime. Et de sa chaise où le quotidien s'use entre enfer et paradis.

 

cahn dessin.jpgPas la peine d'en faire un fromage même s'il n’y a aucun souci que l’opéra bouffe.  Mais sachant que c’est en regardant l’ombre que le soleil se couche, l'artiste en retient la lumière afin que les marionnettes à fil que nous sommes soient tirées- un peu - vers le haut. Qu’importe s’il y a des morts plus achevées que d'autres : Miriam Cahn veille et par ses dessins sort de la vieillesse. En quelques traits elle change la donne, sort des cimetières (même si un chat noir est de triste augure). L'œuvre avance là où la nausée abonde. L'artiste rappelle qu'à tout  mur il faut des crépis. C''est pour cela qu'elle poursuit à rebours le chemin de la vie. Et si ses dessous l’inquiètent, son art naît encore dans une fièvre de cheval. Face aux échafauds d'âge elle se veut Méduse ou Mélusine à la transe lucide même lorsque les fins de "moi" semblent difficiles.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

15/11/2014

Julia Bruderer et les boucs à nier

 

 

 

Bruderer.jpg

 

Julia Bruderer sale la queue de bien des comètes ou les attife de hardes colorées  ou non  en des dessins aussi drôles que durs et poétiques. Jadis on aurait taxé la Zurichoise d’être une démone. Heureusement les temps ont changé. Et le mâle - du moins ce qu’il e reste -  accepte les créatrices qui donnent à voir l’obscénité de leur monde (s’il est mis en couleur). Ici les hommes ont des cornes mais elles ne ressemblent en rien au sexe statufié de Victor Noir au cimetière du Père Lachaise. Face au genre dit maître l’artiste multiplie des tresses qui singent la détresse. Pour les femmes dessinées tout ciel (même celui du ciel) est étranger. Il n’existe dans l’œuvre ni joli boudoir, ni lys dans les vallées alpines ou jurassiennes. Julia Bruderer a même arraché les baisers afin qu’ils n’emportent plus les lèvres. Les filles ont replié leurs cuisses sous elles et n’écoutent plus les grâces des sornettes du mâle faisant. Leur ventre est redevenu l’endroit le plus sûr de la terre. Il n’est plus chargé de tous tes péchés  d’Israël. Les femmes restent dans leur laine pour ne gémir que de leurs propres lamentos de tourterelle mais le plus silencieusement possible.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret