gruyeresuisse

07/06/2014

Anne Rochat et les corps conducteurs

 

 

 

Rochat.jpgLe corps est au centre de l’œuvre de la Lausannoise Anne Rochat. Dans sa performance « Pull the Strings » elle en oppose deux « versions » : celui de l’artiste tourne frénétiquement. L’autre reste statique. Des néons suspendus au dessus réagissent aux mouvements du premier en  créant une danse magnétique au moyen d’électro-aimants doublé d’un système électronique fixé sur ce corps en actionnant un champ électrique que l’artiste contrôle et module afin d’altérer l’énergie des néons. Le musicien Louis Schild les transforme en sons dans un double jeu de séparation, de  fusion, de vide et de plein, d’accord et de lutte entre le son et corps, de forces électriques et magnétiques, voire de vie et de mort.

 

 

 

Rochat 2.pngL’œuvre offre une originalité par les propriétés de ses figures et leurs inductions diverses. Elle constitue une somme d’explorations au sein d’un « champ de base »  du corps, de son statisme comme de ses errances programmées. Dans les recherches d’Anne Rochat les interstices entre les corps jouent sur des systèmes de correspondances ou plutôt de « transports ». Les corps « conducteurs » surmontent l’obstacle de la simple linéarité en des géométries variables. Elles remettent en question la relation des œuvres entre elles mais aussi le rapport entre l’espace et le regard.  Il n’y a pas là effet d’étalage mais de métaphores par les coïncidences qui se créent au sein de divers types de narrations propres à suggérer des vertiges à plusieurs niveaux.

 

 

 

Jean-Paul Gavrd-Perret

 

04/06/2014

Vidéos-ouvertures de Marion Tampon-Lajarriette

 

 

Tampon.jpgMarion Tampon-Lajarriette, « La passerelle », CRAC Alsace du 19 juin au 21 septembre, « The Clock Analogy », Fonderie Kugler du 6 au 22 juin

 

 

 

 

 

Marion Tampon-Lajarriette dans ses vidéos se fait  l'ordonnatrice d’un statisme qu’elle retient mais en insistant sur quelques indications, repères, points de naissances. Dans le noir et blanc ou la couleur surgit néanmoins une dynamique faite d’attentes. D’où l’interrogation que provoquent de telles vidéos : jusqu'où aller dans l’épure pour glisser du clos à l'ouvert?  A travers chacune d’elle l’artiste invente une forme serrée qui insère des films apparemment disparates dans une continuité moins de “ sujet ” que de plusieurs naissances qui contiennent des abandons.

 

 

 

Tampon 2.jpgIl existe toujours dans de telles vidéos une vocation à la synthèse mais avec la marque de la lucidité qui ne se satisfait pas d’elle-même. Elle sait inventer une poésie par la force plastique des images. Tout s’y passe comme à l’extrême d’un soupir visuel par effet de douceur qui fascine et de simplicité. Là où l’image semble sur le point de disparaître elle sort du chaos. Surgit en incidence  l’arrière pays des songes et voix lactée des mémoires : l’être s’y promet son espace puisque l’artiste offre au « temps à l’état pur »  (Proust). Le bleu ouvre  le ciel  blanc afin qu’il escalade lui-même les faiblesses du vent. L’image et son atmosphère ne forment qu’un seul souterrain invisible : Il annonce la soudure de l’ailleurs et de l’ici, du provisoire et  de l’absolu.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

26/05/2014

Stéphanie Gygax : images et sons

 



 

Gygax Bon.jpgStéphanie Gygax est une voyageuse que n'attend personne mais sans pour autant faire de ses images des miroirs narcissiques. Bien au contraire : saisissant l’espace dans une simplicité mais où la notion de mise en scène n’est pas négligée elle fait couler des myriades d'images plus complexes qu’il n’y paraît. Pour une de ses séries-installation fondées sur les voitures  « The sounds of a car », la musique est invitée en aparté tandis que sur l’écran les « cènes » font référence à l’appel de départ, de liberté. L’automobile devient une capsule d’espace dans un montage où les fils électriques et la source de lumière deviennent des  éléments indissociable de la monstration.

 

 

 

gygax 2.jpgLa musique garde une place essentielle que l’artiste définit ainsi : « Fugaces et invisibles, les objets sonores semblent par définition se soustraire au procédé d’enregistrement photographique » mais auquel les objets photographiés deviennent parfois la métaphore. Un tel travail insiste sur l'essentiel : le vide qui anime les mythes du temps au nom d’un manque impossible à combler. La photographie devient un relevé jamais mélancolique ou nostalgique. Chaque cliché s’apparente à une épreuve critique, à une contre-fiction du réel qu'on croit habiter et connaître.  Sa créatrice rappelle que l'image est un processus dynamique qu’elle ne cesse de démultiplier avec entre autre le son. Il n’est pas seulement  une  ponctuation de déhiscence mais, devenant fond de l’image, il en souligne une écume sensible et mentale afin que puisse se déchiffrer par la bande la magie d’apparence et d’apparentement.

 

 

 

Gygax.jpgSi Stéphanie Gygax demeure une photographe du quotidien. Elle ne cherche pas pour autant un effet de réalité. L’apparente banalité des sujets est métamorphosée par une vision en séquences dont les éléments « n’appuient » pas sur des temps forts. La plasticienne remet en cause à la formule "lecture de l'image". L'expression génère selon elle un contresens. Lire revient à nommer donc à reporter l'image en un champ qui n'est pas le sien. Et si l’artiste désamorce, dénaturalise l’image c’est par un autre biais : il s’agit moins de « désimager » l'image que d’approfondir son processus d’exhibition et de perception.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 Les travaux de l'artiste sont visibles actuellement au Standard Deluxe 

de Lausanne.