gruyeresuisse

29/01/2016

Karoline Schreiber : Anus en rien horribilis

 

Schreiber.jpgKaroline Schreiber , « Quelques trous du cul et un aspirateur automatique », Centre Culturel Suisse, Paris, 26 février - 3 avril 2016., « Ich bin doch kein Automat! », Stadtgalerie, Berne 25 février – 26 mars 2016.

 

 

Schreiber 2.jpgA travers ses dessins Karoline Schreiber travaille selon un processus intuitif qu’elle intitule « dessin automatique » en écho à l’écriture du même nom chère aux Surréalistes. Depuis 10 ans elle propose des performances dessinées. A Paris elle expose sa série de « figuration » d’anus inconnus. Le sujet est a priori des plus scabreux. Néanmoins ces dessins ne recèlent rien de grivois ou d’inconvenant. Existe une réminiscence - inconsciente ou non - de l '« Anus solaire » de Bataille comme aux œuvres dernières d’Artaud. Le trou-dit, comme il l’écrit dans ses « Cahiers du retour à Paris », « fait objectivement dans tout l’infini au lieu d’une forme immédiatement limitée ».

Schreiber 3.jpgConsidérant le corps par son envers, l’artiste sort l’image de la conscience. Elle la broie sans considération pour ce qu’elle vaut, d’où elle vient et pourquoi soudain elle se situe là. Contre un art éthéré des soit disant esprits elle situe le souffle à rebours des habitudes et des conceptualisations. Par cette « post-production » elle extrait l’art de la psychologie, de l’égo, de l’âme, du cerveau. Elle le ramène par un travail « à l’estomac » du côté de la physiologie. Le trou devient un totem paradoxal. L’artiste se délecte du fait qu’il soit regardé comme nature première de l’identité humaine. Comme le disait encore Artaud « l’homme est ramené à sa merde » mais néanmoins de manière drôle et « ex-scatologique ». A l’agression visuelle et sans renoncer à son propos, Karoline Schreiber montre stricto-sensu un fondement : par ses fouillis de traits la lumière en surgit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

27/01/2016

Marion Kalter : Ultimate Care - (à côté de la frontière)

 

 

 

Kalter.jpgC’est en devenant photographe que Marion Kalter s’est senti femme à part entière. Vivant sa jeunesse au moment du women-lib, la mort de sa mère l’a laissée indépendante. Après un passage dans le Berry elle s’est retrouvée au sein d’une université américaine pour femmes où la poétesse Emily Dickinson était allée pour n’être plus freinée par les hommes. La jeune autrichienne éprouve très vite le besoin de rencontrer des créatrices qui savaient garder leur charme et leur séduction pour comprendre leur statut. Elle s’intéresse aux questions du célibat et de la maternité pour son travail universitaire et interviewe Gisèle Freund, Annette Messager, Mimi Parent, Meret Oppenheim, Vieira da Silva, Chantal Akerman, Ruth Francken entre autres. Elle en profite pour les photographier en commençant par Anaïs Nin, symbole de la liberté sexuelle et littéraire.

Kalter 2.jpgMais pour Marion Kalter la question du féminisme n’est plus ce qu’elle était trente ans plus tôt. Elle s’intéresse aujourd’hui aux problèmes raciaux, de pauvreté, d’écologie. Il ne s’agit plus d’isoler les femmes dans des critères spécifiques mais de situer l’être humain sur une planète surpeuplée à l’heure des changements technologiques communicationnels. L’œuvre compte, en dehors de ses portraits d’artistes, de très nombreuses photos de représentations de spectacles. Elle se compose aussi des images d'abstraction et de vie quotidienne. A l’inverse d’une Susan Sontag qui estime que « photographier c’est s’approprier l’objet photographié », Marion Kalter communique par son regard l’émotion ou l’idée que cet « objet » incarne.

Kalter 3.jpgMiroir de l’esprit et de l’émotion les photos de l’Autrichienne retiennent les couches géologiques des états d’âme des créateurs entre autres musiciens et chorégraphes. Par la solidité de ses cadrages serrés, l’usage de la couleur les photographies de l’artiste sont dégagées d’un mauvais usage de sa rhétorique lorsqu’elle reste au service ce l’ornemental. Cherchant toujours à tirer quelque chose de ce que la société se dit à elle-même à travers ses représentations de la femme, des artistes comme des simples mortels Marion Kalter repère des effets de récurrence inattendue. Elle ne photographie jamais selon des préceptes "hamiltoniens" et leurs bains de vapeurs. L’être prend une autre densité. Les hantises non seulement de l'artiste mais de la société y apparaissent. Sans cela ses clichés n'auraient qu'une importance anecdotique. Ce qui est loin d’être le cas.

J-Paul Gavard-Perret.

 

 

Marion Kalter, “Hestory”, Fotohof, Salzbourg (Autriche), 5 février - 26 mars 2016.

 

24/01/2016

Les emprises d’Oda Jaune

 

Jaune.jpgD’origine bulgare l’artiste Oda Jaune a choisi un nom d’emprunt significatif. « Oda » en vieil allemand veut dire « précieux ». Quant à « Jaune » la référence est claire. La couleur est attachée au soleil, à la lumière, au positif. Elle reste un symbole pour celle qui demeure fascinée par Cézanne, Picasso, Matisse. Epouse du peintre allemand néo-expressionniste Jörg Immendorf (1945-2007) dont elle fut l’élève l’artiste refusa souvent de donner des titres à ses œuvres pour une raison majeure : « laisser une liberté du regard au public ». Désormais elle ose des nominations franches pour ses huiles à l’atmosphère onirique et organiques influencée par le surréalisme.

 

Jaune 2.jpgLes objets aux contours de plus en plus identifiables évoquent des « paysages » étranges et poétiques où la douceur est de plus en plus fréquente. L’artiste prouve une absence d’inhibition ou de préjugés et demande à ceux qui regardent le même abandon. Elle extériorise une pensée, une émotion, un sentiment que chacun cache en lui, elle prouve aussi qu’il existe des éléments vitaux dont on ne sait pas à quoi ils ressemblent mais auxquels elle donne corps. Oda Jaune fomente une forme de dynamique visible entre formes organiques et formes culturelles. Elle joue d’un certain baroque, d’une forme de maniérisme. Souvenirs, lectures, images aperçues sur Internet lui permettent de trouver son « inspiration ». Toutefois la « cause » n’est pas l’essentiel comme l’écrit l’artiste « Ce n’est pas important d’où viennent les motifs, mais plutôt ce qu’ils deviennent. ». On attend une exposition en Suisse de l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Oda Jaune, « Blue Skies », Galerie Daniel Templon, Paris, du 9 janvier au 20 février 2016.

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