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25/11/2014

La Discrète: entretien avec l’artiste lausannoise Sylvie Mermoud

 

 

 

mermoud 3.jpgSylvie Mermoud reste à la recherche d’images rémanentes et obsessionnelles qui rappellent la robe de la mélancolie de Dürer, ses plis dans ses jeux de dévoilement. L’artiste entre complexité et légèreté  fonde une traversée. Arrimée à ses propres ombres et ses lumières elle renverse le jeu classique de la représentation. Toujours aussi discrète elle pénètre l’intime moins par effet de nudité que de voile. Chacune de ses œuvres instaure une communion à la fois lyrique et austère avec son sujet. La canicule des émotions demeure calfeutrée au sein de nimbes  et par la pudeur de ses narrations.

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? La lumière, parfois  le besoin de sortir d’un cauchemar et surtout l’envie que la journée à venir soit belle.

 

 

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Certains se sont réalisés, être artiste : arriver à me plonger dans mon monde intérieur et toujours avoir envie d’exprimer des émotions, à matérialiser un processus de vie. 

 

 

 

A quoi avez-vous renoncé ? A vivre de mon art, à une certaine notoriété.

 

 

 

D’où venez-vous ? D’un village situé dans le bassin lémanique, de parents pour qui l’art est quelque chose d’inutile et de superficiel, au mieux un passe-temps.

 

 

 

Qu'avez-vous reçu en dot ? Une envie de me battre, de la persévérance.

 

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Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Une disponibilité pour ma famille.

 

 

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Un repas partagé.

 

 

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Peut-être un  besoin de faire supérieur au besoin de montrer.

 

 

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Une gravure de Rembrandt.

 

 

 

Et votre première lecture ? « Ainsi parla Zarathoustra » de F. Nietsche.

 

 

 

Quelles musiques écoutez-vous ? Schubert, Mahler, Arvo Pärt, Pergolèse, et aussi du jazz, puis  Radiohead, Anthony and the Jonhson, Sophie Hunger etc..

 

 

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? « Crime et châtiment » de Dostoïevski.

 

 

 

Quel film vous fait pleurer ? Il y a très longtemps, je me souviens que « Love Story » m’avait fait pleurer. ( Un grand cliché…)

 

 

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une personne en évolution, en devenir, portant les marques du temps et espérant toujours progresser.

 

 

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? J’écris très peu et n’ai pas cette frustration.

 

 

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Dublin.

 

 

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Rembrandt, Turner, Anish Kapoor, Louise Bourgeois.

 

 

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une année sabbatique.

 

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Que défendez-vous ? L’unicité et la richesse de chaque vie, l’universalité et le lien entre différents  mondes.

 

 

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Une générosité ultime, un surpassement de soi désintéressé.

 

 

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" C’est une incitation à se dévoiler,

 

 

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Etes-vous cohérente par rapport à vous-même?

 

 

 

Interview réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret le 24 nnovembre 2014.

 

 

 

 

 

 

 

23/11/2014

Johanna Viprey : l’art et la marge

 

 

 

 

Viprey 2.jpgNée en France Johanna Viprey vit depuis longtemps à Genève. Ses performances et installations explorent les modalités de restitution des expériences liées au concept de subjectivité. Diplômée en sociologie elle a obtenu un master en Arts visuels à l’HEAD de Genève. Elle a participé à de nompbreux évènements sur la performance (“Enseigner comme des adolescents”) et à de nombreuses expositions collectives dans les esopaces publiques (Le Consortium, Dijon 2013; Forde, Genève 2012). Pour sa thèse de Master  L’artiste en chauffeur de taxi” Viprey a utilisé documents et images de Jeff Perkins. Ce travail a été repris sous le titre “Die Young or Stay Pretty”  à l’Institut Suisse de Milan, de Rome et à l’HEAD de Genève. L’artiste - muée en curatrice - a réalisé un projet en vue d’ouvrir des modèles alternatifs au système d’éducation en proxémie avec les instituts d’art suisses et italiens.

 

Cette recherche naquit de la rencontre avec celui que la créatrice nomme un “outsider professionnel” : Jeff Perkins. Autodidacte il fréquente des artistes tels que Yoko Ono, Sam Francis mais qui ne trouva jamais une “scène” pour son propre travail artitique. Il dut travailler pendant vingt ans comme chauffeur de taxi jaune et il enregistra pendant 10 ans les conversations qu’il tenait avec ses clients. “Je me demandais quelles raisons personnelles ont poussé Perkins à agir ainsi, à donner lieu à cet objet hors-norme, selon une telle durée, quel rapport il entretient avec celui-ci, avec la pensée Fluxus. Enfin, s’il s’agit pour lui d’allier l’art et la vie et si sa vie était liée à cet objet, à quoi ressemble la vie de Jeffrey Perkins en dehors de son taxi » avoue l’artiste. Ce sont donc ces mystères qui portèrent Johanna Viprey jusqu’à New-York afin de rencontrer Perkins et de s’interroger sur une question capitale : comment réapatrier dans le champ de l’art et ses circuits un travail qui ne lui était pas destiné ? “Die Young or Stay Pretty” s’est ensuite développé dans une série de rencontres, performances, expositions, débats pour répondre à la question du rôle de l’artiste dans le monde et dans la formation des individus. Ce travail s’interroge en outre sur la disctinction – pertinente ou non – entre artistes professionnels et dilettantes, sur la possibilité d’assimilation  des obsessions des excentriques, outsiders et autres marginaux de la part du système de l’art contemporain.

 

Viprey.pngLa question reste ouverte et illustre par cette béance la pertinence du  travail de Johanna Viprey.  L’être lui-même y devient autant un écran qu'une cible. Ce n'est pas la rage qui domine l’artiste mais la mise à distance de l’objet artistique en tant qu’icône. Elle espère encore et toutefois une naissance, un accomplissement de l’art dans ses marges. Celui-ci n'est pas pour elle et par essence carnassier. Mais ceux qui en tirent les ficelles doivent être évoqués. L’artiste ne se veut pas pour autant accusatrice. En montrant le crucifié et  le bourreau elle cherche à ce que le cercle ne se referme pas sur la disparition du sens de l’art. La créatrice ne cesse d’en appeler à un voir autrement, « outrement » voir loin du tapis des maîtres et afin que certains  funambules excentrés n’attendent plus leur tour. Ils n’ont pas à faire que subir et attendre face à des cages et cases officielles réduites parfois à des schémas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

20/11/2014

Idea Burnier : apostilles pour l’émotion

 

 

Burnier.jpgLes peintures d’Idea Burnier sont comme le léopard : elles ne se déplacent pas sans leurs taches de couleurs. Ce sont des iles volcaniques éruptives où peuvent s’inscrire des chorégraphies plus ou mois narratives.  Le bleu ou le rouge rayonnent dessinant d’étranges visions entre figuration et abstraction. Ce sont des apostilles pour l’émotion. Cloitrée dans leur coquille elle est soumise soudain à une carburation. Du coup le regardeur peut contempler le monde à travers de bien étranges fenêtres et leurs pans de couleurs. Une telle peinture apprend qu’il n’y a de sujet sauf si à travers la peinture  - qui comme ici se moque des séjours, des repères - la vie exulte.

 

 

 

Burnier 2.jpgIdea Burnier crée de la sorte des œuvres au souffle incendiaire sans chercher à mater les soulèvements de l'enfer ou du paradis. Il existe en elles la présence d’une femme qui donne à l’éphémère une écorce d’éternité: Des éclats de couleurs viennent  à la rencontre du regard de celle qui en sa peinture crée des friponneries jubilatoires. Elles accordent à la peinture des  mélanges de temps, de formes et de couleurs. Un lyrisme particulier en surgit. Son excès n’est limité que par le cadre de chaque toile. C’est une ivresse sans dieu, un soleil au creux du ventre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret