gruyeresuisse

23/02/2016

Albertine s’amuse

 

 

Albertine 2.jpgAlbertine, « Grand dessin Cochon », Galerie Humus, Lausanne, du 27 février au 12 mars 2016. "Faim de Corps" (avec Germano Zullo), Humus, « Le Salon de Madame Auguste » (avec Germano Zullo), Dumerchez et Humus éditions.

 

 

Alberine.jpgLes dessins d’Albertine sont comme les léopards : ils ne se déplacent pas sans leurs taches de naissance. Ce sont aussi des isthmes à partir desquels peuvent reprendre de nouvelles histoires voire des romans de garces. Leur noir est la lumière brodée. Le dessin devient l’écriture qui méprise la forme. C’est une manière de jeter l’encre. Et la laisser couler pour ne pas perdre pied tandis que les femmes quittent leurs maisons closes et les sirènes leurs océans.

 

Les dessins racontent avec l’humour pour seule nature. Parfois l’âme semble en surgir dans un faux trait. Mais à l’arrivée il y a toujours une anguille sous roche. Quant aux sirènes elles changent de guêpière en pleine nage. Demeure le loufoque que Belzébuth pourrait signer. Au royaume d’éros la farce se poursuit. Tout ce que l’artiste dessine devient une note en marge d'un texte totalement effacé. Nous pouvons plus ou moins, d'après le sens des graphismes, imaginer ce texte. Mais reste toujours un doute : les sens possibles sont multiples là où les femmes passent d’un état simple à un état exalté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

18/02/2016

Nadia Maria et la nuit sexuelle

 

 

nadia maria.jpgL’œuvre de Nadia Maria multiplie le réseau du mystère de l’être et une mythologie de l'incarnation féminine. Il ne s’agit plus et simplement «  de rappeler l'être aux choses spirituelles par le mystère de son corps » (Saint Thomas d’Aquin) : mais de distinguer ce qui est féminité et ce qui est Femme. La photographe introduit divers types de mutations par surimpressions dans lesquelles le chemin à parcourir est immense. Car imaginer n’est jamais restreindre  mais développer les enveloppes charnelles. L’artiste ne s’en prive pas. Surgissent en échos une fête païenne et un rituel aussi érotique qu’austère. La femme est déjà fée car sortie de sa chrysalide mais son efflorescence et l’éclat de sa magie sont parcourus de fantômes dont l’animal est parfois l’incarnation.

 

nadia maria 3.jpgDentelles, remous, fragrances sont au prise avec lui. Le royaume féminin est - à travers lui - habité d’ombres qui apprivoisent l’exaltante suavité s’emparant du corps à la vitesse du plaisir qui monte. Mais la rose de personne est cachée dans les plis. L’étoile de mer reste transparente comme l’est sa robe de dentelles. Demeure dans l'épreuve du désir une transgression qui n’a rien de basique dont la sylphide devient la " pierre vivante". nadia maria 2.pngNadia Maria crée une liturgie qui possède le pouvoir mystérieux de transformer le corps physique, vulgaire, en corps du mystère. L'érotisme s'élève contre tout effet de simplification. Un rien naturalisée la féminité apprend à se méfier de sa propre séduction. Le « réalisme » ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’origine et de la « nuit sexuelle » (Quignard) dont on ne saura jamais rien sinon ce que l’artiste en suggère en des « sanglots ardents » dont parlait Baudelaire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/02/2016

Cratères et affleurements d’Anaelle Clot

 

Clot 2.jpgAnaelle Clot, « Entre les fissures », galerie Kissthedesign, Lausanne. jusqu'au 24 mars.

 

Anaelle Clot réorganise le monde pour qu’en émerge des profondeurs au dessous de son écorce. Chaque ogive de la créatrice crée des songes au sein même de paysages, de personnages et animaux propres à fomenter une féerie d’un nouveau genre. La lumière jaillit par le jeu d’un dessin parfait. Tout se passe comme si l’artiste déchirait un rideau d’apparence afin  que jaillissent des courants, des mouvements, des grouillements en des narrations drôles, imprévues, poétiques, envoutantes.

 

Clot.jpgPar le quasi monochrome des abîmes s’allument, un bestiaire s’anime.  Des fables aussi. Restent des cratères d’éruption où germent des constellations. Le ver n’est plus forcément dans le fruit. Il est sur la tête et la rend bien pleine d’humour, de vie, de splendides et subtiles digressions ou transgressions. L’éternité d’histoires inédites se convulse ou se dépose doucement comme un oiseau afin que le dessin s’envole. Au passage il ronge le mystère, maraude une vie inconnue. C’est pourquoi les corbeaux se mêlent aux esprits célestes. Au besoin l’artiste les épingle sur diverses boîtes dont la crânienne. Mais on ne sort pas du monde : il se pénètre. C’est une réussite superbe.

Jean-Paul Gavard-Perret