gruyeresuisse

03/11/2017

Les pro-thèses d'Eva Stenram

Stenram.jpgL'artiste suédoise Eva Stenram ne cesse de détourner de vieilles photos de pin-up des magazines de charme des années 50 et 60. Elles posent dans des décors d'intérieurs "middle-class" ou devant rideaux et tentures. Elles sont cachées au trois quarts, parfois la plasticienne n'en montre qu'une jambe gainée d'un bas et d'un talon-haut. Le décor passe au premier plan selon une série de retouches astucieuses.

Stenram 3.jpgL’équilibre de chaque photographie est irritant puisqu’il s’érige au service d’uns "claudication"... Sa surface agace moins par les accidents qu'elle comporte que par la femme devenue absence, prothèse ou ambiguïté qui échappe au voyeur. L’Eros est « soufflé » au profit de sa comédie.

Stenram 2.jpgL’artiste s’empare des stéréotypes ave légèreté pour créer un espace où joue le manque. Le tout dans une virtuosité. Elle cultive la profondeur plutôt que la simple verve entre vertige et lucidité par l’acidité que chaque œuvre fomente. Eva Stenram indique le seuil d’un lieu où « l’objet » et le regard se perdent. La femme devient, la proche et la lointaine, la vulnérable et l’inaccessible. Sa présence perdure sans pour autant effacer les pensées de néant.

Jean-Paul Gavard-Perret


The Ravesrijn Gallery,Westerdoksdijk 603, Amsterdam

31/10/2017

Peter Knapp : ivresse cinétique et chorégraphique

Knapp.jpgEn 1966 Peter Knapp abandonne définitivement la peinture pour la photographie. Elle répond bien mieux à ses intensions. Mais son aventure avec le médium commence avec Hélène Lazareff dès 1959. La directrice de presse reprend le nouveau magazine « Femina ». Elle offre à l’artiste la direction artistique de ce qui devient « Elle ». Mais le Suisse reste familier d’autres publications ("Stern", "Sunday Times", "Vogue") où il publie aussi ses photo de mode avec succès avant d’aborder le cinéma et la télévision puis de revenir à la photographie en plasticien pour Peter Klasen, Andy Warhol et Robert Rauschenberg au sein de l'exposition «les peintres photographes» d'Arles.

Knapp 2.png

 

Soutenu par Pierre Restany, il est l'un des premiers artistes à exposer des photographies en couleurs et de grande taille dans les galeries. Son style se caractérise par une grande rigueur graphique dans l’esprit du Bauhaus hérité de ses études d’art à Zurich. Les formes à la fois se cristallisent et se dénouent pour donner une intensité picturale et vitale aux images. Knapp ne cesse de les défaire et de les recomposer.

 

 

Knapp 3.pngLa ligne et le géométrisme restent majeurs dans ses structures plastiques. Et il aime parler de son médium sous l’acception « Photo & Graphique ». Toujours à la recherche de la simplification il édulcore astucieusement le volume et la perspective. A la recherche du moindre ses photographies noir et blanc pour Courrèges comme ses scénographies colorées pour Montana demeurent des musts qu’une telle exposition remet à l’honneur. Knapp a ouvert bien des chemins là où les modèles semblent perdre pied et lâcher prise dan une féerie jubilatoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Knapp, "Quand la photographie de mode devient Art", Galerie Berthet-Aittouarès, 2 au 19 novembre 2017.

30/10/2017

Adrienne Arth: obscur objet du désir

Arth.jpgLes photographies d’Adrienne Arth ont la capacité à émerger de la masse : elles intriguent, déroutent. Elles peuvent sans doute déclencher une réaction presque instinctive de plaisir mais tout autant de recul - entendons réflexion. Elles appellent d’autres images (fixes ou non) qui nourrissent notre imaginaire, mais de loin. Et pour égarer le voyeur la photographe met son propre corps à contribution pour brouiller les cartes du tendre.

arth 2.jpgElle sait que le nu convoque des lieux communs. Mais Adrienne Arth reprend les images flottantes pour constituer d’autres « clichés » plus intelligents, perfides, là même où l’artiste peut se sentir elle-même « cliché’ parmi les autres dans le monde qui l’entoure. Sous l’aspect globalement lisse et séduisant de ses photographies aux poses presque (le presque est important) surjouées jaillissent souvent des détails, auxquels nous ne prenons pas garde mais qui transforment complètement notre perception de la photographie

Arth 3.jpgSi bien que l’appareil photo devient une arme - apparemment inoffensive - mais qui entretient des connivences avec l’arme à feu. Mais elle ne tue pas : elle fait l’inverse : elle opère des ouvertures. Et les métaphores du montage n’ont rien de sinistres : ce sont des « glissements progressifs du plaisir » vers des clins d’oeil. En des « comédies » optiques même si l’image fonctionne encore tel un jeu de miroirs ces montages photographiques révèlent les mécanismes à l’œuvre dans l’imaginaire souvent et inexorablement envisagés sur fond d’images toutes faites. En reflétant ainsi les a priori qui viennent fausser nos représentations au point de nous faire « prendre des vessies pour des lanternes », l’artiste apporte la preuve que nous ne percevons que ce que nous sommes intéressés à percevoir en raison de nos croyances et de nos exigences psychologiques. Son théâtre est un fantastique miroir aussi baroque que classique, simple que complexe en ses superpositions.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://adriennearth.com/
Exposition à Corridor Elephant, Paris, Novembre 2017.