gruyeresuisse

10/11/2016

Merry Alpen : les dessous de Wall-Street

 

Alpern 4.jpgPendant l’hiver 1993-1994 la photographe Merry Alpern a photographié - à partir d’une fenêtre de l’appartement de Wall Street d’un de ses amis - des tractations secrètes. Regardant à travers deux fenêtres d’un sex-club elle saisit traders et autres hommes d’affaires échangeant avec des femmes en string noir des centaines de dollars eu égard à leurs « attentions » (sexe et drogue).

 

 

 

 

 

Alpern.jpgUtilisant un téléobjectif la photographe capte les femmes dans leur travail et les hommes dans leur plaisir. A ce titre, et en 1995 elle fut - au même titre qu’Andres Serrano et Barbara De Genevieve - censurée pour de telles prises par le National Council de la NEA. Depuis même si beaucoup de regardeurs sont gênés par des images frisant le voyeurisme, le travail d'Alpern est visible dans de nombreux musées. S’y montre le dessous des cartes. La nudité n’y est pas traitée pour elle-même mais pour ce qu’elle « dit ». Par sa présence une effraction a lieu. La nudité est moins une exhibition érotico-plastique façon strip-tease que la figure de la figure d’une société.

Alpern 2.jpgL’interdit social est dévoilé afin d’atteindre ce qu’il existe de plus profond dans l’accomplissement social de l’homme unidimensionnel : le manque ou l’animalité. Derrière les marbres et les apparats de Wall Street, le système est - plus que la femme elle-même - mis à nu afin que se perçoivent sa frustration, ses suffisances et ses subterfuges compensatoires.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Merry Alpern : "Dirty Windows", Editions Scalo, New York.

09/11/2016

Les confrontations de Miriam Cahn


Cahn.jpgMiriam Cahn, « Paintings and works on paper from 1977 to 2016 », Bondeau et Cie, Genève, jusqu'au 17 décembre 2016

 

 

 

 

 

 

Cahn 2.jpgLes portraits de la Bâloise Miriam Cahn créent l’exigence d’un dialogue qui n’était pas prévu par l’entremise d’une restauration essentielle. Celui d’un portrait qui s ‘affichant interroge et se livre au dialogue. L’artiste devient passeuse en évitant les narrations d’anecdotes en s’immergeant dans ses œuvres « comme pour une performance ». Elle crée des visages à l’étrange connivence entre le corporel et spirituel, le réel et le possible. Jaillissent des revenants et "devenants" en des couleurs claires et intenses qui donnent au portrait un côté naïf et atmosphérique : on ne tombera pas pourtant dans la gouaille d’Arletty -Atmosphère, Atmosphère - qui ne conviendrait pas du tout.

Cahn 3.jpgLe visage ou le corps sert de rhétorique agissante, érectile. S’y captent des forces par le langage même de la peinture qui pousse à une étrange jonction. Elle rappelle ce qu’écrivait Blanchot : « Toujours je reviens pour autant que vous trouvez en vous l’aptitude à demeurer au plus loin ». Jetant sur le support papier son corps et de ses émotions, Miriam Cahn donne à l’être toute sa puissance. Il y paraît néanmoins fragile, désemparé dans une sorte d’équilibre précaire. Par delà le travail de la mémoire il possède parfois le parfum de fruits défendus entre douceur et violence.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/11/2016

Les décréations de Natalie Huth


Huth.jpgLes collages de Natalie Huth sont des merveilles d’intelligence critique et poétique. L’artiste s’empare d’images chinées pour créer son Nouveau Testament ironique et athée. Au besoin, la prophétesse n’exclut en rien les activités érotiques pour la bonne cause : c’est à dire la mauvaise. Tout reste allusif, pervers donc délicieux. Huth 3.jpgLe collage accorde aux scènes un caractère surréaliste toujours chargé de sens. Artistiquement Natalie Huth se montre digne du varan et prouve qu’à l’impossible elle est tenue. L’artiste s’amuse et rappelle Michaux : « rien de bien haut, mais tout ces galbes donne le vertige». L’humour sort le passé comme le présent des gouffres où tant de créateurs les enferment.

Huth 2.jpgLes recréations (parfois de photographies dédoublées ou quadruplées, parfois remisées telles quelles) sont bien plus que des récréations. Ce sont des indispositions aux cérémoniaux moins délétères que drôles ou suaves. S’y percent bien des remparts du passé pour faire jaillir des images qui creusent le regard comme la fumée les poumons. S’y respire un lointain proche pourtant. L’œuvre produit des brèches à travers l’espace et le temps. Huth 5.jpgEmane un plaisir inexpliqué par divers déplacements. Jaillissent parfois des lamentos de tourterelles. Le réel échappe à la gravitation car Natalie Huth emprisonne moins qu’elle ne délivre entre embrassement et syncope, symétries et perspectives. Tout se joue dans le champ de l’ambivalence. L’espace est poétique en son déroulement comme dans jeux de miroirs ou de bandes.

Jean-Paul Gavard-Perret