gruyeresuisse

16/05/2016

Ina Sachsenheimer : l’abstraction poétique

 

 

AAAINA.jpgPlutôt que l’évidence, Ina Sachsenheimer préfère d’autres « figures » paradoxalement plus brutes denses, mouvantes, expressives. Surgit une « corporéité » tellurique et alchimique. L’œuvre se veut exaltation, elle est de l’ordre de la célébration mais demeure aussi en état de guet. Nous sommes dans la situation contradictoire d’avoir affaire à un monde et à son absence. Les éléments sont à la fois enfermés et ouverts selon des schèmes d’immanence, de dispersion et de concentration et aussi d’énergie constitutive de ce qui échappe au réalisme.

AAAINA 3.jpgNéanmoins chaque élément est inclus dans un ensemble propre à créer un contact sensoriel avec le regard. Cela permet l’épanouissement d’un phénomène de pollinisation spirituelle. La verticalité, l’horizontalité en passant par divers effets de labyrinthe créent le vertige attirant d’une possibilité « pure ». L’esprit est donc toujours présent pour l’apparition d’un paradoxal jardin des délices éloigné de toute trivialité physique. La puissance de l’âme que convoque l’abstraction constitue le rapport entre le visible et l’impalpable. Le premier devient la présence du second.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/05/2016

Bip ! Bip ! : Sputniko !

AAASP.jpgHiromi Ozaki (aka Sputniko !) est une artiste anglo-japonaise. Elle propose un travail critique en connexion avec les implications culturelles, sociales et éthiques des nouvelles technologies. Assistante en art et sciences des médias au M.I.T, elle développe  une réflexion autant sur les revendications féministes que sur la question du genre. Son approche lie un humour bon chic très british et celui plus déjanté et pop japonisant.


AAASP3.jpgExit les geishas : place aux Samouraïs au féminin que ne renierait pas (du moins à priori) Tarantino. Artiste multimédia elle pratique autant la vidéo, la photographie, la performance que la musique. Ses travaux projettent loin des réactions émotives. Des possibilités nouvelles de type « expressionnistes » s’inscrivent par la force des propositions.

 

AASP4.jpgLe mot d’ordre reste la liberté. Elle ouvre à de multiples interrogations sur l’espace, le temps et la civilisation mondialiste. Pas de certitude. Pas de symbole. L’art se mesure à ce qu’il est l’ébranlement de la pensée par les structures et leurs déstructurations au sein d’un résolument drôle, savant et inflexible qui donne autant de gifles que d’amour. Il apprend l’essentiel. A savoir que comme des brebis affamées les êtres ne broutent que leur ombre.

 


Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/05/2016

Silvia Velazquez : l’abstraction vitale

 

velezquez4.jpgSilvia Velazquez, "Life" Art-Flon, Lausanne, 27-28 mai 2016.

 

 

 

 

« l’absence aussi difficile à nier qu’à affirmer » (Borgès)

Velazquez2.jpgSilvia Velazquez exclut toute intimité surfaite de ses œuvres. Elle la dérobe ou l’enrobe dans une visibilité géométrique qui rappelle parfois des mandalas. Mais elle les arrime néanmoins à une vision plus matérialiste, architecturale.  Tout ce qui est débridé rentre dans des systèmes de perfection graphique. Face au leurre de l’évidence l’artiste propose ses images mentales où la seule rébellion demeure le secret. Et c’est ce qui rend plus puissant de tels « murs » d’images dont l’émotion n’est pas absente.

Velazquez 3.jpgTout fonctionne sur le primat des régimes et des dispositifs de visibilités sur les façons de voir et de percevoir. Le secret demeure dans l'ombre nécessaire sous la lumière créée de toute pièce et qui n'apparaît qu'en fonction de l’assemblage des formes et des lignes. Le "quant à soi" demeure la nécessité ou condition vitale de l’œuvre, son langage obligé. Il reste le ferment réactif contre les images connues et reconnues et les idées reçues. Aux volutes des rêves fait place une nécessité d'affirmer dans une rhétorique qui n’a rien de spéculaire : elle met en exergue néanmoins une expérience vitale majeure.

Velasquez.jpgCe qui est caché dans le réel reçoit par l’abstraction une plus value car c’est le moyen de se dégager de choses, de les laisser sur le bas côté afin que surgisse une intensité, un partage, un appel à une complémentarité totale en actualisant un possible excessif. Le mystère demeure fascinant par son impeccabilité plastique. Celui-ci est bien sûr celui que le titre de l'exposition affiche : la "vie" - sans laquelle l'art n'est rien.


Jean-Paul Gavard-Perret