gruyeresuisse

15/01/2015

Dais clairs de Zoé

 

 

Zoé 3.jpgQuatrième intervention dans les vitrines des Mouettes. « Des femmes en forme », Zoé de Soumagnat et Esther Girard, Visible depuis l’extérieur jusqu’au 1er mars 2015, Collectif RATS
1800 – Vevey

 

 

 

 

 

Zoé de Soumagnat.jpgZoé de Soumagnat accompagne de bleu le bleu, le blanc de blanc en constituant  des mythes sans référence et des mimétismes qui ne renvoient à rien. L’acte n’est pourtant pas gratuit mais échappe à bien des déterminismes. Chaque image devient métaphore des métaphores. Dans son caractère « mineur »  elle crée ce que le directeur du Mamco Christian Bernard nomme lorsqu’il se mue en poète « de regains instants frisants sans autre suite ».  L’image garde la lourdeur infinitésimale d’un battement de jambe dans l’eau, le coup mat d’un oreiller sur la tête. La lumière à peine accompagnée de ciel fait que l’anxiété paradoxalement s’éloigne. La couleur de la transparence devient un alphabet iconographique présent pour brûler les paroles.  Preuve qu’un certain plaisir n’appartient qu’à ce qui échappe et dont Zoé de Soumagnat offre la libération loin de toute torpeur ou de gangue en ses fouilles et  frondaisons aquatiques ou non.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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14/01/2015

Poésie plastique d’Anouchka Pérez

 

Pérez 2.jpg

 

Anouchka Pérez, « Hiver 2015 », La Place des Arts, Lausanne, du 22 janvier au 7 février 2015.

 

 

 

Une fois que le regard s’est posé sur les œuvres d’Anouchka Pérez il ne les quitte pas.  La pensée court, cherche un sens dans les intentions du défi plastique et « littéraire » de l’artiste.  Les mots prennent en notre imaginaire des prolongements car il se nourrissent de celui de l’artiste.  La sensualité remplace tout propos discursif. Elle se glisse dans des tableaux où support et surface ne font qu’une seule « étoile ».  Ils ne sont plus une dualité mais ramènent à l’ambiguïté essentielle de tout langage. Entre image et mot il y a donc moins contraste qu’hymen. Au principe du double se substitue  l’union intime par la matière et le choc émotif qu’elle crée. A partir des mots l’image devient captivante, suggestive et précise. Nulle littérature  en cela mais de la poésie pure par la conjonction des mediums et des langages. Doublant verticales, horizontales et obliques  les mots font masses plastiques selon une maçonnerie ou une menuiserie imparables. Comme l’écrivait André Pierre de Mandiargues lorsqu’il évoquait les mots dans la peinture, ceux d’Anouchka Pérez « salent » voire pimentent très fortement la notion même d’image pour la métamorphoser. Nous pouvons que plaindre ceux qui préfèrent manger fadasse.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13/01/2015

Le géométrisme lyrique de Fabienne Wyler

 

 Wyler.jpgFabienne Wyler, « Hiver 2015 », La place suisse des arts, Lausanne du 22 janvier au 7 février 2015.

Les œuvres de Fabienne Wyler créent divers types de mises en abyme et de trompes l’œil avec une rigueur pleine de faconde et d’astuce.  Chaque œuvre est attractive par sa perte d’attraction terrestre. Plutôt que de « tomber » les formes s’envolent vers un univers sinon de science-fiction du moins virtuel et aux hypothèses floues. Dans le flottement dégagé de toute polarisation la poésie des formes saisit le regard. Découpées les éléments en dentelles verticales échappent au support. Ils ne le recouvrent plus totalement. Le camaïeu des couleurs et la chorégraphie des volumes imposent un bouleversement. Le géométrisme perd toute rigidité au profit de l’ivresse. Convexe et concave deviennent des notions qui perdent leur sens. Wuttrich et surtout Escher ne sont pas loin. Fabienne Wyler est la plus digne des héritières de ce dernier. Contenant et contenu se mêlent et s’agencent en des tableaux-poèmes afin que « les grisons grivelés et les échinodermes » chers à Max Ernst dressent l’échine pour quêter les caresses de l’air en sa diaphanéité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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