gruyeresuisse

09/10/2018

Aurélie Gravas : à l’épreuve du temps

Gravas.jpgAurélie Gravas, « Mad Girl Love Song », Galerie Heinzer-Rezler, Lausanne, 18 octobre au 24 novembre 2018.

Autour des fleurs d’Aurélie Gravas louvoie une forme de volupté. Le regard est caressé par ce que l’artiste déploie de manière légère et maîtrisée dans le vertige des courbes. Tout est en vibration entre terre et ciel. Il ne s'agit pas de fixer le réel mais de le déplacer en des détentes pour une pluralité d'émergence.

Se créent des murmures visuels. Ils ne sont pas seulement le fruit du vent mais de l’art lui-même. Les fleurs deviennent moins un thème pictural que des silhouettes vives et charnelles. Loin de la mélancolie se découvre des passages intimes qui s’enfoncent dans l’inconnu et des élévations propres à chatouiller le ciel. Face aux ténèbres s’ouvre la plus grande clarté. Il y a là du Matisse. Mais du Matisse repris et corrigé.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mathernité

Mathern.jpgMaîtresse femme et artiste Stéphanie-Lucie Mathern poursuit son travail iconoclaste fondé sur une dérision souvent impitoyable. Dans les jeux d'oppositions entre absolu et désenchantement l'artiste fait éclater les formes et les couleurs au moment où son invité cultive plutôt cinquante nuances de gris. A chacun sa manière à la fois d'évoquer une tristesse voire une détresse mais aussi de s'en moquer.

Mathern 2.jpgLes deux créateurs ouvrent des fondrières où la lumière noire s’évade plutôt que s’amenuiser. Ils ne cherchent pas forcément l’éclaircissement mais témoignent de la complexité de l’existence. Leur « Cosa » est aussi mentale qu’affective. Reste un plein de matière émotive qui secoue forcément en divers états vibratoires et un vertige. L'image tranche ce que les mots ont souvent du mal à séparer (sauf lorsque Stéphanie-Lucie Mathern) s'en empare.

Mathern 3.jpgAfin de suggérer le gachis, les deux artistes parfois accélèrent le temps, parfois le ralentissent. Ils restituent ce qui dans le mouvement est généralement imperceptible - un peu à la manière de ce qu'un Pol Bury proposait. Les deux créateurs ouvrent le chaos du monde mais de manière savamment agencée afin qu'il "parle". C'est là une des manières de structurer l'informe et le figurer de manière saisissante et ludique (comme le titre de l'exposition l'indique).

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphanie-Lucie Mathern, « Je me prostituerai pour la postérité » (avec Alex Sanson en invité), Galerie Bertrand Gillig, Strasbourg, octobre 2018.

08/10/2018

Etel Adnan et l'extase du monde

Adnan.jpgL'œuvre picturale d'Etel Adnan est exposée dans le monde entier. Classée parfois "néo cubiste" elle se situe loin du naturalisme comme du symbolisme. L'émotion n’est jamais de surface. La peinture n’a pour but que de faire jaillir des éléments qui font le lien avec tout le "hors champ". "L'art est une fenêtre ouverte sur un monde auquel lui seul a accès" écrit l’artiste. Ici il est fait de fleurs.

Leur représentation devient un chant d'amour plein de surprises et de vitalité. La nature s'y dévoile à nous par une peinture moins un état qu’énergie. Le tout dans une aspiration au respect la vie et non des idéologies célestes porteuses de nocturne. La seule "nuit" que l’artiste accepte est celle qui à travers l’obscur donne présence à la lumière du jour. C'est pourquoi ici l'imaginaire découpe des cercles riches de formes et couleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Etel Adnan, "Parler aux fleurs", Galerie Lelong & Co, du 22 novembre 2018 au 19 janvier 2019.