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11/05/2017

Les réincarnations d’Iseult Labote


Iseut Labote 2.jpgIseult Labote, « EXODES – photographies », du 18 mai au 17 juin 2017, galerie Andata Ritorno,Genève

Dans sa série Exo Mattresses (2014-2015) Iseult Labote (Vanna Karamouanas) photographie des matelas. Ils deviennent les témoignages d’un exil et de sa dérive. Proche de la recherche d’Ed Ruscha sur le même matériau, la créatrice, à l’inverse de lui, ne voit pas en cet objet une consonance propre à la rêverie. Le matelas renvoie à une vie matérielle précaire, fragile. Il devient le lieu et le symbole d’un abandon et d’une mutation. Une identité s’y palpe. Celle d’un être absent mais qui peuple ce lieu désaffecté. Chaque matelas reste une présence intime en hommage non seulement à sa famille qui a fui l’Asie Mineure en 1922 après la Catastrophe de Smyrne mais aussi à tous les migrants.

Iseut Labolte.jpgL´abandon ne permet de demeurer que dans la douleur littérale. Peu à peu la recherche de la photographe s´établit entre ce qui fut et ce qui devient à travers ces images un abandon " contrôlé" pour ainsi dire. L’artiste laisse sortir doucement, de façon de plus en plus intense tout un torrent d´énergie qui brûle à l´intérieur d’elle. Elle travaille la douleur et l`amour, soudés comme des frères jumeaux. Cela donne une oeuvre de plus en plus condensée, énigmatique, là où les êtres se perdent au moment de les accoucher. C´est beau parce que l’artiste vit son œuvre comme une possibilité, la seule pour elle de transformation et d´alchimie . De la mort et la plaie surgissent ces matelas s´érigent comme des corps réincarnés. Cela place Iseult Labote sur une ligne tendue entre un déjà disparu et une attente incertaine.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/05/2017

Ulla Pedersen ou la peinture de jouvence

Ulla Perdersen 3.jpgUlla Pedersen prouve qu’en art le fond n'existe pas. Il ne prend sa « visibilité » qu'avec la forme qui le transcende et le circonscrit. De lui-même il est inexprimable. La forme devient le fond par sa charge de couleurs. L’artiste crée à travers elles l’émotion avec autant d’instinct que d’intelligence. De telles portions colorées deviennent des potions magiques. Elles dépassent le langage plastique en tant que seul outil de communication.

Les simples jeux des formes et couleurs créent des prégnances moins minimalistes que poétiques. A la recherche de l'art le plus simple - donc la plus difficile - Ulla Pedersen crée une force dynamisante. L’artiste ramène par l’abstraction moins vers la spiritualité qu’à un profond amour de la vie.

Ulla Pedersen 2.jpgPar sa « folie » enjouée et parfaitement contrôlée une telle peinture (souvent à l’acrylique pour la vivacité des coloris) désamorce l'angoisse et fait oublier tout sentiment de nostalgie. L’art provoque à l’inverse une jouissance à travers toute une série de structures des plus sophistiquées qui semblent la simplicité même. L’humour n’est pas absent. Il fait surface dans la façon que possède l’artiste pour embrasser le monde en un mouvement de déplacement et d’épure.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

05/05/2017

Gabrielle Jarzynski et Lucie Linder : épreuves de passage

La mue.pngGabrielle Jarzynski et Lucie Linder visent à la fois à rassembler et défaire un monde. Il ne s'agit pas pour autant d'un précis de décomposition. La chaîne visuelle est obtenue par une atomisation du lieu au sein du continuum de la marche d’une femme à travers la performance, la danse, la photographie et la vidéo. Les créatrices savent qu’il existe une zone dans l'esprit humain qui ne peut être atteint que par l’image et le son afin d’exprimer l’innommable. D’où ce jeu de mouvements. Il joue entre l’horizontalité et la verticalité dans un mouvement qui déplace les masses et les lignes entre énergie et épuisement.

Le schéma vital de la marche demeure comme acte de résistance perceptible et peut-être inexplicable même si parfois la femme semble rattachée à l’homme par un ruban ombilical. Mais le plus souvent elle s’élève, libre, dans une chorégraphie qui devient la chose la plus simple et la plus mystérieuse qui soit. La femme est « promise » en une forme d'objectivité plutôt que d'émotion même si celle des créatrices ouvrent à des trajets sur divers espaces où le son parle encore un certain silence au fond du personnage.

La Mue 2.jpg« La mue » met en « marche » l’Imaginaire là où la seule recherche féconde est une excavation et une convergence. La vie et l’art deviennent ininterrompues, concomitantes. Non pour une promenade mais une errance. Une attente, une espérance aussi, proches l'une de l'autre, proche de celui que la femme peut-être cherche ou attend en faisant preuve au sein d’une douceur qui fascine.

La Mue 3.pngImages et sons soulèvent le voile de l’existence là où la silhouette semble soutenir une étrange danse nuptiale : un pas en avant y équivaut à un pas en arrière. Dans ce corpus morcelé et lacunaire ce pas devient la trace d’une errance du corps qui oppose sa densité au glissement du temps. La silhouette paraît, reparaît jusqu'à ce point de non retour où la femme atteindra celle ou celui qu’elle cherche ou celle qu’elle devient pour être.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gabrielle Jarzynski et Lucie Linder « La Mue », Installation sonore (Gabrielle Jarzynski & Remi Lavialle) et visuelle.

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