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06/05/2018

Aimée Hoving : maisons de l’être

Hoving 1.jpgAprès des études à l’ECAL de Lausanne. Aimée Hoving a le plus souvent travaillé avec son compagnon Aboush Abrar dans la mise en scène d’individus, de groupes ou de communautés auxquels le public ne peut accéder qu’à travers la photographie.

Hoving 2.jpgLeur monde préféré est la mode, dont la créativité fascine. Ce domaine leur permet d’explorer une forme de photographie sans frontières : ils y disposent, pour créer des images avec la même liberté que les stylistes : d’où leurs créations parfois extravagantes, sensuelles et drôles.

Hoving 3.jpgAimée Hoving poursuit en solo des photographies subtiles et drôles publiées dans le monde entier et visibles entre autres au Musée de l’Elysée à Lausanne. L’enrobage des vêtements ou des décors perd sa seule valeur utilitaire afin de créer un univers étrange qui rappelle - entre autres - celui d’Alice. Mais en d’autres pays des merveilles. Leurs assemblages intempestifs - eux-mêmes signes de la maison de l’être ou de l’envisager selon d’autres modalités - tentent de préserver l’intégrité des égéries ainsi scénarisées voire de l’artiste elle-même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Aimée Hoving, « Pictures of her », Galerie Joy de Rouvre, Genève, à partir du 17 mai 2018.

Luo Mingjun : croire entrevoir

Mingjun 3.jpgLuo Mingjun «En scène», Galerie Gisèle Linder, Bâle, 28 mai – 14 juillet 2018.

Pour sa nouvelle exposition à la galerie Gisèle Linder, Luo Mingjun revient au dessin. Elle renonce à la plume, l’encre et le crayon pour le fusain. L’avantage de cette matière est la malléabilité. Elle permet une grande mobilité de la main et un déplacement de l’énergie créatrice. Les œuvres deviennent plus grandes et leur taille montre combien l’artiste ose s’abandonner à une liberté nouvelle.

Mingjun bon.jpgElle n’obéit plus à un certain impératif de reproduction. Luo Mingjun ose jouer avec elle-même, son autobiographie selon de nouvelles arborescences comme pour le portrait de sa classe ou celle de sa famille avec Mao au milieu. Existent de l’humour, de la gravité. La noirceur du fusain permet en plus d’attirer une lumière particulière où jouent divers brouillages qui font de la clarté une substance équivoque.

Mingjun.jpgL’artiste joue avec subtilité et drôlerie d’un mélange de positif et de négatif. Existe une sorte de sérénité dans les neuf scénographies d’une famille chinoise au moment ou au fusain fait place l’aquarelle. Quelques peintures complètent l’ensemble dans ce qui tient d’une sorte de dissolution où se mêlent la vie et son interprétation afin d’atteindre cette "chose authentique" qu’Henry James demandait à l’art.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/05/2018

Trish Haulz : femmes sans influences (Fête du Slip 2018, Lausanne)


Humus.jpgTrish Haulz, ““Feminarum coetium musicorum” (The Sound of women)” La fête du Slip, Lausanne et Galerie Humus Lausanne du 10 au 26 mai 2018.

Plutôt que de caresser les images de communication des stars féminines de la musique pop fruits d’un marketing construit pour l’édification des fantasmes masculins auxquels des chanteuses se prêtent ou se sacrifient, l’artiste suisso-canadienne Trish Haulz offre une autre vision des musiciennes à travers un reportage sur une vingtaine d’instrumentistes de la région de Montréal.

Humus 2.jpgC’est une manière de reconnaître et revendiquer une scène féminine qui échappe aux idées reçues, aux stéréotypes et regards macho. L’artiste saisit la vie et les cadences de femmes libres qui se moquent des présentations portées sur elles par les medias. Exit les mantilles faussement pudiques où à l’inverse les effets sexy qui servent de parures aux visions manipulées et ouvertes par Madonna puis reprises par les Jennifer Lopez et consorts.

Humus 3.jpgIci il n’existe aucun jardin de soie, ni univers de légende La vie est là où les femmes ne sont pas des Lilith ou autres « objets » de désir. Elles font de la musique sans se préoccuper d’abreuver d’ambroisie des voyeurs ou d’exciter leur houle libidinale. Elles demeurent là pour jouer, enregistrer ou se produire en se moquant des apparats. Le tout avec l’intrépidité qui les pousse à quitter les déguisements de l’arsenal kitch. Ces femmes deviennent des fugueuse audacieuses qui s'enlacent aux déferlantes que leur musique crée entre consœurs.

Jean-Paul Gavard-Perret