gruyeresuisse

26/07/2014

Manon Bellet la pyronaute

 

 

 


 

1_main-copie.jpgManon Bellet est une pyromane d’un genre particulier : parfois le soleil travaille pour elle sur des papiers thermiques, parfois elle stimule le feu pour  que subsiste ce « presque rien » de matière qui par la cendre travaillée jusque par l’air rappelle à l’être le peu qu’il est mais auquel l’art restitue malgré tout de « beaux restes ». Ils sont scénarisées par l’artiste dans un imaginaire particulier : celui de la soustraction, de l’effacement et de la quintessence dans lequel la matière aussi simple que sophistiquée contraint l’artiste à travailler avec un hasard dirigé. Entre énergies dissipées et agrégations ou révélations (en partie aléatoires) les différents dispositifs de la Baloise proposent des processus de « combustion » qui associent les obsessions classiques et les facteurs antinomiquesde vie et de mort dont les forces et les conséquences de leurs dynamiques respectives président à des créations sources d’un monde particulier qui ne sont donc pas seulement les faits de la reine Manon. L’ « action burning » du soleil et de l’artiste forme des épiphanies par un élargissement de la présence au moment même où elle se replie, noircit, se tord sous l’effet de la chaleur. Restent des volutes sourdes et mouvantes néanmoins gouvernées selon des modulations précises.

 

 

 

Manon.jpgDu noyau générateur d’énergie et de lumière du feu, aux nœuds et entrelacs de la matière qu’il tord une entropie a lieu  par alchimie volcanique. Dégradations, délitements, attaques - bref tous les stigmates de l’usure et de la disparition - prennent un autre sens.. Outil de pensée et outil de travail - l’ignition exhibe, dévoile les états successifs et fulgurants. Les brûlis et expositions sur papier thermiques (principes actifs) tissent entrelacs et trames. La perspective offerte devient un ensemble proche à la fois de l’éphémère et de la puissance. Traces sur papiers ou éléments « éclatés » libres de tout châssis  trouvent une puissance qui s’échappe autant du décor que du symbolique dans un chemin de lumière et de « suie ». La force créatrice du feu et sa poussière noire garde la même germination que la semence ou le pollen des fleurs. Mais elle possède aussi une valeur de finitude : Dès lors et sous forme de synthèse, la suie cendrée et les éclats de combustion deviennent les « materiae primae » qui absorbent la lumière sans la restituer vraiment. Manon Bellet évoque par cette stratégie de création l'obscurité des origines, la grande nuit abyssale. Mais elle incarne tout autant la terre fertile et le réceptacle immaculé qui contient les germes de la vie.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Manon Bellet : Galerie Maubert, septembre 2014, Collecting. Umgang mit Sammlungen, Kunsthaus Bâle du 7 aout - 7 septembre 2014, ,Bex & Arts Triennale, EMERGENCES 1er juin - 5 octobre 2014, Art Basel 2014 ( Gallery Gisèle Linder) Musée Jenisch L'onde d'une ombre, Soloshow, ( Part 2), Musée Jenisch Vevey, mars-juin 2014. Risography édition tirée de la série Imageries du hasard, créée spécialement pour l’exposition L'ombre d'une onde au Musée Jenisch  de Vevey par  Erik Kiesewetter, Constance, Nouvelle-Orléans:

 

 


24/07/2014

Catherine Liechti : vertiges des images

 

 

 

Liechti.jpgDans l’œuvre du Catherine Liechti s’émettent la volonté d'un achèvement impossible et la puissance de contrecarrer la disparition d’une existence profonde.  Générée par une peinture au lyrisme discret qui à la fois détruit les apparences (par l’aquarelle) et offre un certain effet miroir expressionniste par le sous verre une germination prolifère par l’accumulation d’images sourdes. Peu importe que l'artiste donne ou non à ces objets le sens d'une liaison, d'une assise. Il s’agit  surtout de créer par l’anodin un paradoxal changement de décor entre le cristal et la fumée, l'ordre et le désordre.

 

 

 

Liechti portrait.jpgLe mot “ risque ” se glisse discrètement en de telles images. Elles deviennent le lieu naturel d’exploration du silence, de l’émotion, du recueillement. Chaque élément ou chaque ensemble propose une muraille d’énigmes volontairement soustraits au monde tel qu’il est. L’intime s’infuse sans le moindre voyeurisme ou exhibition. Contre la confusion des apparences l'artiste offre des structures  selon des approches qui  illustrent  la sensation d'étrangeté et d'approximation d’un certain vide bouddhiste. L’œuvre devient l'injonction esthétique la plus éloignée des arpèges de crooners plastiques qui  bradent et soldent la peinture. L'artiste en balaie la poussière par ses ellipses et laps. Son univers devient un partout et un nulle part. Peu à peu la vie exulte  au milieu des impossibles et au sein d'une sorte de vertige.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

23/07/2014

Celle qui aime Buvette et Verveine : interview de Myriam Ziehli

 

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Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Une chanson de Rihanna.

 

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Je vais vendre des fleurs au marché en automne. 

 

A quoi avez-vous renoncé ? Rien, au fric peut être.

 

D’où venez-vous ? Ma mère est allemande mon père suisse et je suis née à Morges. 

 

Qu'avez-vous reçu en dot ? de la part de qui ?

 

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Une carrière chez Nespresso.

 

Un petit plaisir - quotidien ou non ? En ce moment, un thé vert japonais, maojian impérial.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Aucun artiste ne se ressemble vraiment.

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Vers 11 ans, à l'école on a du recopié des tableaux pour une exposition il y avait les tournesols de Van Gogh et un portrait de Jawlensky. Ça a été une de mes premières expériences esthétiques. 

 

Et votre première lecture ? Je crois que c'était « Le médecin malgré lui » de Molière. 

 

Comment pourriez-vous définir votre travail sur le noir et ses lumières ? J'avais plusieurs idées en tête en même temps: d'abord cette histoire de fin du monde en décembre 2012. Et je me sentais très oppressée par toutes ces informations, le fait que l'on sache tout et rien en même temps. J'aime beaucoup l'idée de Brecht sur l'image et les hiéroglyphes (les images sont comme des hiéroglyphes, si l'on n’a pas le code, il est difficile de le lire.) Et finalement, je tente toujours d'expérimenter avec le papier ou le dispositif photographique. 

 

Donc toutes ces idées ensemble ont donné ce travail. L'effet concave, c'est pour donner envie de se rapprocher et pour tenter d'amplifier les réflexions de la lumière sur l'image. Il y a un effet presque de cendre, finalement une image de presse c'est comme une cendre.

 

 

 

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Quelles musiques écoutez-vous ? Il y a deux artistes solo de la Riviera que j'aime beaucoup: Buvette et Verveine. 

 

Quel est le livre que vous aimez relire ? Je n'ai jamais relu un livre, je ne suis pas une grande lectrice.

 

Quel film vous fait pleurer ? Dernièrement un film qui s'appelle « La Pirogue » de Moussa Toure.

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Moi-même.

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? Bruno Latour

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Andermatt 

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? Difficile à dire, je me rends compte à quel point on est obligé de tout le temps se référencer et en ce moment j'ai envie de l'exact opposé. J'ai plein d'artistes dont j'admire le travail mais j'ai de la peine à dire que je me sens proche d'eux. Ces temps, je suis en admiration devant le livre « Phénotype » de Jochen Lempert, un photographe allemand.

 

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Un cochon d'inde. 

 

Que défendez-vous ? La solidarité

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Je préfère Woody Allen. 

 

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Je suis une inconditionnelle, je crois que j'ai regardé tous ses films.

 

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? ça va ?

 

 

 

Réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, juillet 2014.