gruyeresuisse

31/08/2014

Catherine Bolle : levées de lumière

 

 

 

Bolle.jpgCaherine Bolle, « Spectrales », Galerie Graf et Scheible, 5 septembre-18 octobre 2014, Bâle

 

L’image est dans l’œuvre de la Lausannoise Catherine Bolle comme la viande saisie l’argile chaude. Elle demeure sans bouger, elle tressaille dans l’immobilité. Tout est clos et pourtant tout éclate selon diverses techniques. Il y a des estuaires, des bras de mer, des monticules  terrestre, l’ensemble en quête de passages selon d’immenses embrasures. L’artiste n’indique jamais clairement les directions : parce que sa peinture lui échappe, parce qu’elle la conduit où rien ne se pense. Tout avance selon un voyage intérieur qui descelle les pliures ou les conserve lorsque cela est indispensable. Une telle œuvre réveille, elle engage en ouvrant des portes et sans donner ce leçons.  Nous « entendons » à travers les « spectrales » une multiplicité de « voix ». Et qu’importe si nous restons sourds. L’œuvre n’attend pas, elle scrute l’indiscernable en ses « recollections », ses pénétrations de la peinture par elle-même. Elle laisse toujours chez l'artiste passer la lumière. Taches rouges, enchevêtrements de bleu, filets de blancs nourrissent  l’image de ressemblances indéchiffrables entre terreur et extase. De fait le monde est là en illuminations intempestives. Par le dessin ou le tracé l’imprévu règne en maître en plan fixe comme en tohu-bohu. Une fois de plus Catherine Bolle s’impose dans ces œuvres inédites comme une artiste majeure capable. Elle est capable de dire la nuit et le jour du monde, le passage du déchet à l’éclat là où dans l’immobile et la furie tout se montre par bribes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

29/08/2014

Aux grands mots les grands remèdes - Brigitte Crittin

 

 

 

Crittin.jpgBrigitte Crittin  déplace les mots de leur fresque commune pour un faire des vocables matières selon divers courants. Le support disparait comme des trous dans une haie et pour franchir son seuil. Le langage quitte ses muselières ; il se chuchote nez en l’air dans des  frémissements de franges là où l’art devient (en papier découpé, plastique, pellicule radiographique) le corps fuyant de leur mystère. Retirés de leur coque soit ils surgissent tel un feu sous la cendre soit ils clignotent entrainant leur sens dans une sarabande arrachée à leur « manteau troué » (Annick de Souzenelle). Veilleuse de nuit du monde la native de Sion devenue Genevoise rend compte par ce biais et bien d’autres des malaises de l’époque et des affres des êtres.

 

 

 

Crittin 2.jpgElle joue de diverses découpes pour donner de l’être une vision hybride, poétique et caustique. Il semble prêt à prendre le large en devenant une sorte de monstre drôle et un rien érotique. En ces contes aux cheminées coiffées de fées les femmes ont parfois des échancrures corsaires. Bas plus ou moins déchirées les nymphes d’un nouveau genre offre des lunes de miel mi-figue, mi-raisin. Elles sont celles qui, flambant 9, vitupèrent lubriques tant elles ont de ressorts  telles que l’artiste les créent. A la belle étoile qui se lève, de deux choses lunes : soit elles ont la tête dure de pianistes à clavier mécanique, soit elles sont de des négresses blanches dont les doigts deviennent perchoirs pour drôle d'oiseaux. Dans tous les cas leur cœur semble pieds nus jusqu'au cou. Ce sont des idoles qui ne se font pas prier. Sinon à genoux et mains déliées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/08/2014

Joanna Ingarden-Mouly : la tentation du visible

 

 

 

Ingarden 2.jpgCapter une image c'est à la fois ne plus sortir de soi et ne plus y être En montrant comment cela se fomente, Johanna Ingarden-Mouly avance face à un « corps », une réalité qu'elle invente. Ce « réel » jusque là en déshérence devient celui de plaisir où se perdre. Les glissements de la représentation que fomente l’artiste ne détruisent pas la magie de l'art mais permettent de le retrouver. Une telle transgression ouvre peinture et photographie plus qu'elle ne lui offre un démenti. L’œuvre reste le lieu du mouvement, le lieu où les choses mutent. C'est un des enjeux forts de l’artiste. Elle se confronte à l'ébranlement et au dépassement brutal de ses limites plus par tentation de vie, attraction terrestre que spéculation métaphysique. Contre le sommeil de l'être englué dans les apparences  la Lausannoise réveille en révélant le rapport caché que les signes visuels entretiennent  avec le réel.

 

 

 

Ingarden.jpgSes images ne sont pas faites pour commémorer ni pour rapatrier vers un éden artistique même si la beauté demeure essentielle puisqu’elle ouvre le monde à une profondeur particulière. Joanna Ingarden-Mouly ne réduit jamais ses créations à de petits traités d’archéologie du fugace. Elle sait aussi écarter la tentation du raffiné pour le raffiné en préférant l'épure d'un langage où s’ébrouent les multiples avatars encore non mis à nu de nos désirs , de leur revers et la nostalgie qu’ils nourrissent.  De plus, l'artiste a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable celle qui nous fait face dans le réel comme dans l’illusoire. Elle ne craint jamais que la matière lui manque. La plasticienne fait paradoxalement de la terre  sa force de gravité. C'est sans doute pourquoi ses œuvres creusent par lambeaux et ruines. Ils permettent d’  « exploser » l’âme par les corps afin de rétablir à tous les sens du terme un charme et une harmonie.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

09:16 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)