gruyeresuisse

11/05/2016

Nathalie Tacheau : Vénus et hors venus


Tacheau3.jpgLes « personnages » de Nathalie Tacheau nagent dans l’immobile, se vivent en fantômes emportés par les vagues des dessins. Ils sont autant de surprises. Le hors venus et les Vénus y vaquent loin de leurs repères, se trans-figurent, prennent un nouveau départ. Les spéculations sur la notion de figuration se perdent en conjectures au sein de grilles où, souvent, la bête ricane. Mais les animaux machines et les taches qui pensaient ne pas en sortir retrouvent la sortie.

Tacheau.jpgL’artiste varie les plaisirs à coup d’attentats imaginaires et de conspirations angéliques ou démoniaques sous le sceau de stratégies plastiques. S’y mêlent l’abstraction et la figuration. Tout est présent : mais dans une crise de solipsisme. Les présences quittent une partie de leur référence. Haut les taches pour la « déficeleuse » émérite. L’humain est admis par d’autres voies que celles du peu qu’il est.

Tacheau2.jpgExit la routine graphique : il s’agit de s’introduire dans la nébuleuse de songes mouvementés que l’artiste s’efforce de ranimer. Si bien que même le hors venus n’en revient pas : cela touche à notre plaisir comme à notre peur. Le mystère s’épaissit. L’image se libère de ses filets.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Nathalie Tacheau, Eponyme, LitteratureMineure, Rouen, 2016

10:09 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

08/05/2016

Maya Zeller ou l’amour des sommets : entretien avec l’artiste

 

 

Zeller 2.jpgMaya Zeller traverse le paysage artistique pour le modifier de l’intérieur, dans un détournement quasi-silencieux mais salvateur à coup de couleurs qui font jouer et déjouer la lumière. Avec une réflexion riche l’artiste rend à l’art ce qui lui appartient : de la légèreté, de l’émotion en grattant les couches de faux-semblants pour ridiculiser le côté emplâtré d’un worldart qui, à l’image d’un mur trop souvent repeint, a perdu toute sa simplicité et sa rugosité naturelle. Loin des carcans institutionnels l’oeuvre  est plus que séduisante. Elle illustre combien notre réalité est criblée de fuites. Maya Zeller en profite pour s’y immiscer et la détourner à travers ses pistes africaines.


zeller.jpgQu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Avoir une nouvelle journée devant soi avec la possibilité de créer.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Certains se sont transformés en réalité et d’autres sont devenus des rêves d’adulte.
A quoi avez-vous renoncé ? A vivre dans un environnement où la faune est omniprésent.
D’où venez-vous ? D’origine suisse, je viens de l’Afrique.
Qu'avez-vous reçu en dot ? Une affinité pour les grands espaces
Un petit plaisir - quotidien ou non ? Une ballade, presque quotidiennement.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Dans mes peintures j’emploie une grande gamme de couleurs différentes.
Quelle est la première image qui vous interpella ? Une reproduction taille réelle de Beuys qui marche : elle était collée au mur dans la maison où j’ai grandi.
Et votre première lecture ? « Les Aventures d’Alice au pays des merveilles » par Lewis Carroll.
Comment définiriez-vous votre approche de la couleur ? La couleur permet d’exprimer les émotions, la lumière et créer une forme sans utiliser une  ligne de contour.
Quelles musiques écoutez-vous ? Tout genre et pour peindre je préfère la musique classique que j’aime écouter en boucle.
Quel est le livre que vous aimez relire ? « Ecrits et propos sur l’art » de Henri Matisse.
Quel film vous fait pleurer ? « The Danish Girl ».
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Quel qu’un qui n’est pas encore arrivé à sa destination.
A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? A mon premier acheteur de tableau.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Les sommets des montagnes.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ? Les peintres Nicolas de Staël et Paul Gaugin et l’écrivain John Steinbeck.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une retrouvaille d’un ou d’une ami que je n’ai pas vu depuis longtemps.
Que défendez-vous ? Le respect de chaque personne.
Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Un amour sans prétention qu’on laisse faire.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" C’est génial, on n’est pas dans l’embarras quand on peut donner la réponse à une question pas encore posé.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Où est-ce que vous aimeriez voyager ?


Entretien et présentation par Jean-Paul Gavard-Perret 8 mai 2016

Maya Zeller vient d’exposer à la « Station Show », Lausanne.

 

07/05/2016

Clémentine Bossard : une artiste au poil

 

BOssard.jpg"100 HUE" par Clémentine Bossard et David Weishaar, FLAC Lausanne-Contemporain, LAC Vevey et Swissachtung.

 

 

 Bossard 2.jpgClémentine Bossard s’amuse avec les icônes et revisite le réel (légumes et fruits transformés par exemple en d’étranges natures mortes) à sa main et ose montrer comme détourner ce qui se laisse voir plutôt mal que bien. Bref elle n'en fait qu'à sa tête. Et c'est une femme du même nom. S'éloignant des (fausses) évidences elle offre des confidences optiques qui échappent à la médiocrité mais non à l'humour.

 

 

Bossard 3.jpgElle ose des évasions des corps et des choses. C’est un moyen d’affirmer sa différence avec le commun des photographes. Face à des visions à la portée de tous surgit ce qui flatte l'inattendu par bien des entorses à la norme : le culte de la différence permet d’ouvrir une forme d’inatteignable en latence. Entre son propre regard et celui de son appareil de prise de vue elle retrouve une présence qui se perd lorsqu’un créateur est derrière son viseur ou lorsque le spectateur est face à une image bidimensionnelle ou plat. Découle une suite d’entorses : le regard fait bien plus que s’y amuser.

Jean-Paul Gavard-Perret