gruyeresuisse

13/11/2014

Les mutations farcesques d’Ursula Knobel

 

 

 

 

Knobel.jpgPuisant son imaginaire dans les matériaux du réel Ursula Knobel les remodèle à sa main, le plus souvent au moyen du médium le plus simple : le dessin. La célébration plastique devient néanmoins un rituel poétique totalement décalé. L’artiste ne cesse de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur en une approche à la fois naïve et conceptuelle, minimaliste et faussement désinvolte. L’artiste s’oppose à toutes les arrogances par ses déphasages. Le dessin se met à chanter pompette. Le pestilentiel du quotidien est transformé en fragrances « pistil en ciel » en des jardins dont nul ne peut  ressortir en détresse.  Le soleil y tape dur comme un boxeur. L’ère de la renonculacée n’y est jamais  retardée. La force démystificatrice fonctionne à plein régime, en toute simplicité et en une indignation discrète. L’ironie fait le reste. Et le fait bien. Au besoin Ursula Knobel forge le faux afin d'exalter l'artifice. Plus besoin de prendre la fuite, de se jeter dans le Rhin  pour quitter la Suisse. Mieux vaut attendre, devant chaque image proposée par l’artiste, qu’elle nous jette dehors comme le ferait un patron de bistro.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Julie Masson : soliloque des femmes

 

 

 

Masson.jpgJulie Masson fait que le spectateur s’enfonce avec son regard vers les femmes que l’artiste saisit. Mais l’oeil n’ira pas plus loin. Il vient s’échouer sur ce qui est donné à voir et non à toucher. Le "modèle" garde ses secrets,  mais des secrets qu’à sa manière le photographe nous révèle en partie en coupant le mot beauté pour éliminer de ce qui en italien se nomme « belleza » (ornementale) au profit de la « beltà » (qui vient  de l’intérieur). Ajoutons que chaque cliché possède sa raison d'être, son intention dans le jeu des ombres et de lumière. L'intimité révélée/cachée possède une dimension universelle. Surgit une  émotion « avènementielle ».  L’épreuve photographique crée soudain un espace de silence dégagé de tout élément anecdotique, diégétique pour la pure contemplation.

 

 

 

Masson 2.jpgOn l’aura compris Julie Masson ne fait ni dans le porno, ni dans l'érotisme. Elle cherche une vérité plastique du corps. Celui-ci ne se réduit ni à sa « viande » (Artaud) ni à son âme. Le visage et le corps gardent une charge d’inconnu. Il fait de ce travail une énigme discrète. Dans la chair de l’image, la femme rebondit en de longues vibrations de lumière. Chaque photographie semble une approche, une attente. Nous entrons dans le monde muet de l’injonction où la trace devient énergie sourdement incorporée par la puissance du regard.  Et si souvent la photographie dérobe la vie ou si la seconde dévore la première, Julie Masson place son œuvre dans l’interstice. Ses photographies ne contribuent pas à engendrer du fantasme mais elles ne distribuent pas non plus de la nostalgie.  S’il y a effectivement parfois dévoilement d’un voile ce n’est pas celui qu’on croit. C’est pourquoi un tel travail a tant à « raconter ». Mais au regardeur de trouver quoi en emportant avec lui ses propres bagages émotionnels et ses connaissances de l’art.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:15 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

11/11/2014

Quand le jour glisse : Catherine Gfeller

 

 

 

Gfeller 3.jpgCatherine Gfeller en 2014 : Au plus noir du jour, Scenes and Sequences, Carzaniga Gallery, Bâle, Identity, C Gallery, Neuchâtel, The City is passing through you, Wits Art Museum, Johannesburg, South Africa

 

 

 

Gfeller 2.jpgCatherine Gfeller possède le don d’accorder une poésie aux paysages et aux visages qui a priori n'en possèdent pas. Les immeubles, les rues, les personnages souvent découpés en "multipartitas" s’emparent de l’œil du spectateur. L’artiste demeure toujours sensible dans le portrait comme dans le  paysage à une structure architecturale qui porte le réel à des résonances d'harmonies imprévues où la fixité est toujours remise en cause. La créatrice donne au réel une beauté qui quoique « des rues » n’a rien de trivial : elle accorde une âme aux êtres et aux lieux qui semblent l’avoir perdue.

 

 

 

Gfeller.jpgL’immobilité inhérente à la photographie se transforme en moments dynamiques.  Pris en défaut de toute certitude, chaque cliché explore dans un écart vital et fragile, une présence complexe au sein de tels montages. La vie se réinvente jusque dans des lieux  et leur peau parfois balafré (comme c’est le cas à Beyrouth ou en Afrique du Sud). Ne reste parfois qu'une silhouette isolée. Fragilisée par la vie, mais envoûtante. Dans chaque photographie se « réimage » une histoire, un destin. Qu'y cherche le photographe sinon un cœur ? Se refusant au lyrisme elle permet d’en suivre un chemin qui en dépit de sa dureté invite à la rêverie dans le gris des fumées ou dans les cheveux fous d’une femme à la fenêtre de sa voiture en plein midi.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret