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14/11/2017

Maya Bösch : les fantômes et leurs ombres

Bosch bon 2.jpgMaya Bösch, « Explosion of Mémories », Centre de la Photographie de Genève, 16 novembre au 3 décembre 2017.

 

Maya Bösch continue à se distinguer par le caractère exploratoire des formes qu’elle conçoit ou promeut depuis qu’elle a fondé la Compagnie « Sturmfrei » à Genève. Elle travaille désormais autant comme curatrice, chef d’orchestration que créatrice. « Explosion of Mémories » le prouve.

Bosch Bon.jpgÀ l’origine du projet ; sa découverte de Gibellina (village rural sicilien détruit par un tremblement de terre en 1968) et d’un enfant de ce « pays » : le producteur italien Nicolo Stabile. Le sujet du projet est l’investissement d’un nouveau type de lieu de mémoire. Maya Bösch s’intéresse - au-delà de la nature de la mémoire - à la manière dont elle déchire le temps selon des processus physiques qui la font naître « à travers deux instants, deux images, deux sons, deux émotions, dans la fente mentale comme une apparition ».

 

Bosch bon 3.jpg«Explosion of Memories» réunit le premier film de la créatrice et une série d’installations sonores, visuelles, et plastiques (photographies de Christian Lutz prises lors du tournage du film à Gibellina en 2016 par exemple) afin d’évoquer la quête de « l’impossible réconciliation entre l’espace aliénant du présent et celui, rêvé, explosé de la mémoire » Il s’agit d’errer parmi les ruines, de ressentir sa tragédie. Les artistes réunis créent un système de localisation et de délocalisation en variations de focales, distances, déplacements, variations là où le sens à accorder aux images est interrogé afin de savoir si de telles images ouvrent les porte du rêve, de la destruction, de l’utopie ou de la fin des temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sheila Metzner : focales et lignes de fuites

Metzner.jpg

 

 

Sheila Metzner sait que la nudité éloigne en rendant insaisissable ce qu’elle jette au regard. Au lieu de s’y enfermer et pour la suggérer, elle lui trouve corps dans l’ailleurs. Pas très loin néanmoins. Une alcôve, une sculpture en métal la remplace. Mais le corps reste souvent à bout portant. A bout presque touchant.

 

 

 

Metzner 2.jpgTout est la fois tangible et retenu à travers un art parfois minimal, parfois baroque pétri d’élégance, de raffinement, de sensualité et de romantisme. L’hyper femme est retenue dans sa buée, dans le grisé et la volonté de décadrer le repérage. C’est parfois l’envol d’une sonate ou son cascando. L’apesanteur est extrême. Il ne faut toucher à rien. L’éparpillement est presque fantomal.

 

 

 

 

Metzner 3.jpgReste une suite de moment intacts et intouchables. Peu à peu le regard ose - lentement - se faufiler. Quelques notes s’égrènent encore, visitant l’espace. Voici l’entrée dans un monde dont la profondeur tient à la suggestion là où tout égare, allège. Est évoquée dans les aventures de la forme, une matérialité sensuelle : la narration fait la part belle à l’émotion suggérée avec pudeur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sheila Metzner, « From Life », Stanley Wise Gallery, New York, du 19 octobre 2017 au 20 janvier 2018.

11:38 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

10/11/2017

Succès damnés - Marie Laure Dagoit

Dagoit 3.jpgDans un maillage de diverses approches Marie-Laure Dagoit fait succéder des déclinaisons intempestives, ludiques et jouissives d’éros. La louve n’y est pas forcément romaine… Et ses seins nourriciers deviennent le prétexte à des strip-teases parodiques. L’esprit du spectateur/liseur serpente entre dérision et tentation. A cela une raison majeure : l’auteure et éditrice se propulse vers un éros énergumène où en Méduse elle se joue de bien des Licornes ou ce qui en tient lieu.

 

 

Dagoit 2.jpgVamps et caïds subissent un métissage culturel. Entre portrait et quasi document « social », les préjugés en prennent pour leur grade au profit des singularités. Les lois des genres effacent leurs marelles, des légendes roulent leurs chimères dans les aiguillages de l'insomnie. Et au besoin Marie-Laure Dagoit saisit les modes urbaines, singularise une subculture métisse et baroque.

 

 

 

Dagoit.jpgSe faufile un certain sens du faux portrait, du jeu. Les bures des grands couturiers sont en charpie et les ascèses ébréchées. Entre souffle et soufre et dans les voiles d'un ciel pourpre, se franchissent l’espace des chimères. Ce que ne peut capter la photo ou l’image, l’écriture de Marie-Laure Dagoit le propose. Tout semble vu d’en bas ou en contre-plongée là où la femme se dit allongée sur le grand espace de bataille.

 

 

 

 

Dagoit 4.jpgLa créatrice offre un regard, mais autre chose qu’un regard. Car l’auteure sait qu’on ne raconte pas le regard, les mots sont impuissants, ils n’y peuvent rien, les mots, ils voudraient pourtant bien faire mais cela leur échappe définitivement. Ici, par les mots, le regard est un rapport plus fort que celui avec les choses vues. Un rapport intime dans l’ordre du désordre. Un rapport qui ordonne. « Défais mes liens ». Mais pas vraiment, car Marie-Laure Dagoit affectionne poses et chausse-trappes. Là où le textile glisse, il reste impénétrable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie-Laure Dagoit, « La lumière devant moi », Marie-Laure Dagoit et Rohan Graeffly, « Mes doigts sont gourds », Marie-Laure Dagoit et Isabelle Cochereau « Le soleil a seulemenn brûlé », Marie Laure Dagoit, « L’érotisme des autres », et « coffret en anglais » Editions litterature mineure, Rouen, 2017, Tous 8 E. sauf les 2 dernier 25 E.

(Image 2 : Isabelle Cochereau)