gruyeresuisse

13/07/2019

Etti Abergel : révisions des images

Abergel bon.pngEtti Abergel, "Decodage", Galerie Mezzanin, Genève, du 13 septembre au 11 novembre 2019

Toute l'oeuvre de Etti Abergel navigue entre solitude et appartenance, déracinement et ré-enracinement. L'artiste crée des images mythiques mais tout autant "réalistes" (dans une révision de l'art abstractif et conceptuel). Le tout à la jonction de deux mondes - d'un côté, celui de sa propre solitude et, de l'autre, de la communauté d'appartenance nouvelle. Afin d'y parvenir, elle trouve un nouveau langage indépendant nourri de ses expériences, de ses études, de sa mémoire intime et collective et de ses mythes - judaïques en l'occurrence.

Abergel.pngPar ce qu'elle a vécu et appris l'artiste invente un langage visuel subjectif et transgressif. Il s'agit de reprendre diverses approches afin de rectifier le réel tel qu'il est par une vision expérimentale. Celle-ci  ne manque jamais de grâce, de majesté, de force même lorsque le réel tel qu'il est semble pris à la gorge.

 

Aberegel 2.pngA travers des sédiments de différents niveaux (textes, images, objets, etc.) Etti Abergel ouvre une narration personnelle mais à caractère général. Tout est construit afin de créer une monstration plurivoque qui se veut une lutte contre divers traumatismes là où les différentes déconstructions deviennent la voie d'une création où le mythe est renouvelé en érections intempestives.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/07/2019

Fur Aphrodite : contre toute attente - voire plus.

Aphrodite.jpgEn Arles Fur Aphrodite expose quelques unes de ses photomatons "Toutes les femmes de ta vie", les "Puzzle-Marquise De Sage" où les pièces représentant le sexe de l'artiste sont manquantes et ont été réduites en papier mâché pour faire un suppositoire livré dans le coffret (avec sa notice...), la photographie "l'Oeil" de sa Série Marquise et quelques un de ses tickets à gratter "Le Minou De l'Artiste".

Aphrodite 2.jpgTout bien sûr sent le soufre (enfin c'est une façon de parler). L'artiste ose un radicalisme à divers miroitements, jeux spectraux mais aussi des de faces à faces où le marbre de l'identité n'est pas brisé : il est déplacé là où "ça" respire et où la morale hypocrite est concassée. L'artiste devient son propre avatar afin de brouiller les partitions admises entre épissures, diffractions et rapts.

Aphrodite 3.jpgCe travail reste un des rares à être irrécupérables (un peu comme - mais avec d'autres montrages - que celui de Deborah De Robertis). Existent des trous entre les notes des harmonies classiques. Il s'agit de toucher la pulpe afin de faire surgir de la chair "brute" en divers types de vibrations. Elles modifient l'érotisme ou la pornographie. L'artiste se l'approprie : il n'est plus celui ou celle des autres mais le sien. Elle en joue dans un art poétique où le "ça" n'est en rien une simple vue de l'esprit mais un réalisme neuf et pulsé - et pour certain(e) dissonant. L'artiste devient l'oiseau qui sautille sur des notes d'un dedans que les images creusent. Elles  montent de la basse à l'aigu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Fur Aphrodite, Exposition, Galerie L'Impromptu, Arles, du 13 au 20 juillet 2019.

 

09/07/2019

Dominique Wildermann : l'un(e) dans l'autre

Wilderman.jpgLa photographe Dominique Wildermann par ses mises en scène de ses planches Polaroid de type "portrait-passeport" conserve sans le vouloir une place dans la constellation surréaliste. Une place excentrique. Dans ses photographies elle reste la réalisatrice de pratiques artistiques et corporelles qui tiennent à la fois d’une forme de désublimation (mais qui ne rejette pas le concept de beauté) et d’actionnisme.

SWilderman 2.jpges clichés et leurs cérémonies possèdent une fragilité exceptionnelle et semblent le fait d’une improvisation qui continue de vibrer. La charge d’intensité érotique rappelle que toute rencontre reste un moment éphémère. Elle ramène au sentiment de la fugacité du temps et comporte un avant de mort. Plus ou moins proche ou lointain suivant les modèles.

 

 

Wilderman 3.jpgLa créatrice invite à une fouille symbolique, savante et ératique. De tréfonds obscurs surgit le statut ambigu du genre dans une société avide de cloisonnements, de morales et de pérennité. Contrainte à une nudité, le corps propage une inflorescence qui la prolonge et l’isole. Le doute se mue en certitude. L'inverse est vrai aussi. C'est comme une stance surréaliste qui habillerait de pudiques fioritures un sentiment trop humain et un désir complexe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dominique Wildermann "Identité(s), La Boucherie, Arles, juillet 2019.